NEW YORK (JTA) — Avant l’adoption de la loi ‘Affordable Care Act’ (ACA) en 2010, le service juif d’aide aux familles de Detroit s’était organisé pour que les médecins du secteur offrent des soins gratuits aux Juifs qui ne bénéficiaient pas d’une assurance de santé.

L’agence de Detroit a mis un terme à ce programme après l’adoption de la loi sur les soins de santé, connue également sous le nom d’Obamacare, s’occupant davantage de faire inscrire les gens auprès des assurances de santé – que ce soit à travers Medicaid ou l’assurance d’état.

L’organisation, qui se concentre sur la délivrance de soins psychiatriques gratuits et l’octroi d’aides financières pour les familles juives défavorisées, a permis à environ 10 000 personnes de s’enregistrer auprès d’une assurance de santé via l’ACA.

Mais maintenant que la loi Obamacare devrait être abrogée, l’agence de Détroit pourrait bien devoir à nouveau solliciter les médecins.

Son directeur, Perry Ohren, redoute que plus de familles encore viennent chercher des aides financières d’urgence si elles devaient perdre leurs couvertures.

“Les gens vont être touchés négativement et ils auront davantage de frais à payer”, explique Ohren. « Nous avons une relation inversée avec l’économie. Lorsque les choses se délitent, nos affaires remontent ».

Alors que le Congrès semble agir en faveur d’une abrogation et d’un possible remplacement de la loi sur la santé, plus de 100 services juifs d’aide à la famille, dans tout le pays, se demandent ce qui arrivera une fois que la loi aura disparu.

Alors même que les directeurs de ces organisations mettent la pression sur le Congrès pour maintenir certaines protections garanties par la législation, d’autres anticipent un avenir où la philanthropie et le gouvernement d’Etat devront remplir les vides laissés par la suppression d’Obamacare.

En début de matinée, jeudi, les Républicains du Congrès ont voté une mesure budgétaire qui fera avancer cette abrogation. Nul ne sait ce qui reviendra remplacer cette loi, ainsi que le moment de l’adoption d’une éventuelle nouvelle législation de substitution.

Lors d’une conférence donnée le 11 janvier, le président élu Donald Trump a évoqué un plan d’abrogation et de remplacement de l’ACA sans donner plus de détails.

Les services juifs d’aide aux familles reçoivent également des remboursements de la part de Medicare et de Medicaid pour leurs services de conseil.

Selon les Fédérations juives d’Amérique du nord (JFNA), dont les affiliés locaux subventionnent en partie les services d’aide aux familles, les agences communales juives reçoivent un total de 6 milliards de dollars annuels de Medicaid, qui a été étendu sous les termes de l’ACA, ainsi que 1,5 milliard de dollars de la part de Medicare, programme qui a permis le renforcement de la couverture médicale des seniors.

“Les gens sont sur les nerfs d’une certaine manière, parce qu’il y a beaucoup d’éléments qui sont inconnus”, explique Reuben Rotman, directeur exécutif d’un service d’aide familial dans l’ouest du New Jersey. “Nous le ressentons aussi. Tout cela arrive très vite et c’est difficile de savoir comment calmer ces incertitudes – on ne sait même pas encore ce qu’il se passe vraiment”.

Même sous les termes de la loi existante, certains individus doivent s’appuyer sur le soutien de la communauté pour payer un montant élevé ou obtenir des traitements spéciaux.

Sheryl Grossman, 41 ans, est atteinte du syndrome de Bloom, une maladie génétique qui rend plus probable le développement d’un cancer. Grossman a déjà eu neuf cancers et compte sur le soutien de sa communauté de Baltimore pour payer les médicaments et les visites chez son médecin.

Elle bénéficie actuellement d’une assurance santé contractée auprès d’un ancien employeur, qui couvrira ses besoins médicaux jusqu’au mois d’août.

Si l’Obamacare devait avoir disparu au moment où il lui faudra une autre couverture de santé, elle redoute qu’un programme individuel ne soit trop onéreux pour elle, même avec l’aide de ses amis. Et sans nouveau programme, elle sera dans l’obligation de déménager dans un foyer de vie.

“S’il faut que je sorte et que je tente d’obtenir une police d’assurance santé individuelle, je ne pourrais jamais l’obtenir parce que j’ai une maladie génétique qui me prédispose au cancer”, explique-t-elle.

« Pour nous, les gens qui ont des maladies préexistantes, un grand nombre d’entre nous devra affronter un état de santé qui se détériore, si ce n’est pas la mort”.

L’abrogation viendrait également toucher les handicapés qui comptent sur les protections de la loi. Jessica Belasco, étudiante au Séminaire théologique juif conservateur, touchée par un trouble musculaire héréditaire, veut travailler aux côtés des Juifs en situation de handicap une fois qu’elle sera diplômée.

Elle comptait s’appuyer sur Obamacare pour lancer son activité.

“Ce que j’ai à offrir dans le monde juif, c’est quelque chose sur la base de l’entrepreneuriat et je n’ai pas la liberté de le faire”, déplore-t-elle. “Je voudrais entendre le monde juif s’indigner face à tout ça”.

La JFNA coordonne les actions des leaders juifs dans toute la nation pour mettre la pression sur les membres du Congrès. Objectif : maintenir les protections assurées par la loi, notamment l’inclusion dans les polices d’assurance de santé des individus touchés par des maladies pré-existantes, la garantie que les femmes ne devront pas payer de taux plus élevés que les hommes et l’interdiction des limites des prestations permanentes.

Une nouvelle organisation combinant les organisations-cadres des agences de service aux familles, le Réseau des agences juives de services sociaux, veut également prôner une loi de remplacement qui maintienne les soins en direction des américains défavorisés. Rotman a été nommé son tout premier président.

William Daroff, directeur du bureau de Washington de la JFNA, reconnaît qu’une abrogation va probablement survenir. Malgré la partialité extrême qui a caractérisé le débat sur les soins de santé, il espère que la JFNA pourra appuyer une loi de substitution soutenue par les membres des deux partis politiques.

Le JFNA est troublé par les propositions qui “transforment ces programmes en autres programmes qui viendront moins en aide aux populations vulnérables”, dit-il. « Alors nous travaillons avec tout le monde pour nous assurer que nous trouverons des solutions pragmatiques, bipartisanes, et de bon sens à ces problèmes qui semblent insolubles ».

Daroff estime que l’abrogation pourrait survenir d’ici quelques mois, et note que Trump semble favoriser l’adoption d’une législation de remplacement dans les meilleurs délais. Mais personne ne peut dire de façon certaine de quoi sera fait l’avenir.

“Vous ne pouvez pas démanteler un système qui assure la couverture de santé de millions de personnes en dix secondes” dit Rotman.