Personne aime l’accord iranien, du moins pas parmi les équipes de planification stratégiques des gouvernements occidentaux. Pourtant, le débat, du moins celui qui ne traite pas des questions techniques des inspections, des stocks, de l’efficacité enrichissement et ainsi de suite, ne porte pas vraiment sur la raison pour laquelle l’accord est un bon accord, mais sur ses alternatives.

Les détracteurs maintiennent qu’un meilleur accord était possible. Le compromis actuel, notent-ils, laisse l’Iran en possession d’une infrastructure nucléaire à « échelle industrielle » qui peut être intensifiée trop vite, si Téhéran choisissait de le faire.

Il place également des limites floues sur les inspections – des soupçons d’activités secrètes doivent être soulevées avec les Iraniens, et des inspections surprises sont tout à fait impossible – cela fournira à Téhéran, qui a passé des années à cacher des installations aux inspecteurs de l’ONU, tout l’espace pour continuer à travailler derrière des portes closes.

Non seulement les critiques ne croient pas que le régime de Khamenei se conformera à l’accord, mais ils doutent de la possibilité que les sanctions soient restaurées si l’Iran ne parvenait pas à respecter sa part du marché.

« Le retour à la normale » des sanctions, comme la Maison Blanche l’appelle, n’a rien d’un retour. Même si vous pouvez concocter la coalition nécessaire pour imposer de nouveau des sanctions, leurs conséquences néfastes prennent un temps très long. Plus l’économie iranienne se renforcera dans cette période de levée de sanctions, plus il faudra de temps aux nouvelles sanctions pour produire une pression suffisante pour inciter les dirigeants à Téhéran à reconsidérer toute politique particulière.

Et certaines grandes puissances économiques désireuses de commercialiser avec un Iran réhabilité, comme la Chine et la Russie, pourraient ne pas soutenir un régime de sanctions renouvelé, peu importe les violations iraniennes, affaiblissant davantage le potentiel de toute nouvelle sanction.

Donc, pour les critiques, de la quasi-totalité du spectre politique israélien, la plupart des Républicains et de nombreux démocrates bellicistes américains, il ne suffit pas que l’Iran viole l’accord. La façon dont l’accord a été négocié et structuré neutralise la capacité de toute coalition américaine d’exiger un coût réel pour de futures violations iraniennes.

L’alternative des critiques à l’accord actuel est claire : moins de limites sur les inspections ; aucune clause d’extinction sur les limites de l’accord sur l’infrastructure nucléaire iranienne ; et un allégement des sanctions plus lent, plus décalé et dépendant des résultats, qui prendra en compte la difficulté de les restaurer à l’avenir.

C’est un argument fort, contre lequel les partisans de l’accord, qui aspirent à une résolution à l’impasse avec la République islamique, luttent sur un plan de pure politique.

Les partisans de l’accord émettent aussi un argument fort, un fait troublant que les critiques ne peuvent ignorer : le régime des sanctions mondiales et invalidant qui existait jusqu’à présent, ancré dans une demande datant de 13 ans de l’ONU que l’Iran suspende tout enrichissement sur son sol, a tout simplement échoué. Même sous la pression dévastatrice des sanctions actuelles, le programme nucléaire iranien est passé de moins de 200 centrifugeuses en 2003 à 19 000 aujourd’hui.

L’Iran ne clignera pas des yeux, disent les partisans de l’accord, et toute attaque militaire ne fait que repousser de quelques années l’expansion constante de l’infrastructure nucléaire.

Pour les Américains et les Européens, et plus encore les Russes et les Chinois, toute perspective d’une réponse militaire soutenue qui pourrait mettre fin au programme nucléaire iranien, de façon permanente, sanglante et politiquement désagréable, doit être pesée contre le souhait désespéré du monde de consolider et de calmer une région en décomposition et vouée à la radicalisation. Il n’y a aucune option militaire, et les sanctions, peu importe leur gravité, manifestement ne fonctionnent pas.

L’accord conclu à Vienne cette semaine paraît à ses partisans comme le seul moyen efficace à la disposition du monde pour geler l’expansion du programme nucléaire iranien, ce que plus d’une décennie de sanctions sévères et d’impasses amères n’ont pas réussi à faire.

Voilà l’essence du débat, la substance sous toutes les couches de la politicaillerie et du brouillard rhétorique belliqueux. Et c’est là, dans ces arguments relativement simples, que le paradoxe douloureux de l’accord devient clair.

Les critiques, conscients que le statu quo pré-accord a échoué à arrêter l’Iran, ne peuvent que se plaindre que les négociateurs occidentaux n’ont pas été assez exigeants à la table des négociations. Pourtant, si des sanctions douloureuses ont échoué, quel choix avaient-ils ?

Les partisans de l’accord, conscients que le régime de Téhéran peut encore trahir leur optimisme, expliquent que l’Occident n’avait tout simplement pas de meilleure option, reconnaissant donc implicitement que les critiques avaient raison de craindre que les puissances occidentales ont négocié à partir d’une position de faiblesse parce qu’elles ne voulaient pas quitter la table.

Alors, que vient-il juste de se passer ? Qu’est-ce qui a fait l’urgence d’accord si imparfait ? Et pourquoi les défenseurs croient néanmoins qu’il pourrait fonctionner ?

Il est difficile de croire que les responsables de l’administration Obama, qui ont imposé et même parfois initié certaines des sanctions, ne parviennent pas à saisir la vacuité de toute menace de leur « retour », ou ne comprennent pas que l’Iran (pour ne pas mentionner Israël, l’Arabie saoudite et à peu près tout le monde) ne croit pas vraiment en la capacité politique des États-Unis de lancer une attaque militaire.

L’Iran va respecter l’accord non pas en raison de ces menaces, mais parce que, comme le croient et l’espèrent les planificateurs américains, il ne veut pas réellement la bombe nucléaire.

L’Iran veut l’influence, la puissance et l’hégémonie dans les pays situés de l’autre côté de ses frontières en difficulté, dévastés par la guerre. Au seuil du nucléaire, à peu près où il se trouve aujourd’hui, il peut exercer la stature géopolitique d’une nation à capacité nucléaire, sans générer de réaction qu’il susciterait chez ses adversaires régionaux et les puissances mondiales s’il construisait une bombe réelle et la perchait au sommet d’un missile balistique intercontinental.

L’Iran, en d’autres termes, est rationnel, raisonnable, et donc maîtrisable au seuil – non pas parce que le monde a un effet de levier significatif, mais parce que la bombe elle-même est trop coûteuse à l’Iran pour en valoir la peine, le croient les architectes de l’accord.

Voilà le compromis, un compromis que le président iranien Hassan Rouhani, soutenu par son chef suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, semble être prêt à faire.

L’Iran obtient beaucoup en effet : des dizaines et, éventuellement, des centaines de milliards de dollars affluant dans son économie étouffée, pas de limites à son soutien au régime d’Assad dans la guerre civile en Syrie, aucun lien entre la question nucléaire et son armement et entraînement du Hezbollah au Liban, ou avec ses appels publics à la destruction d’Israël, aucun prix pour son soutien au Hamas et aux Houthis du Yémen, ou pour son intervention massive en Irak et ses efforts depuis une décennie de transformer ce voisin arabe en satellite à majorité chiite.

L’Iran veut diriger un « croissant chiite » plus large dans le monde arabe, pour renforcer sa position avec ses voisins de l’Est, exercer une influence dans les pays riches en énergie d’Asie centrale, et enfin bénéficier de la possibilité d’apporter ses réserves de pétrole sur le marché. Aucun de ces intérêts n’exige effectivement la bombe, si tous sont accompagnés du sentiment que l’Iran pourrait avoir la bombe.

En son cœur, voilà l’accord. Alors que Benjamin Netanyahu vocifère contre la cécité apparente de l’Amérique devant le régime iranien tyrannique, expansionniste et violent, la stratégie américaine semble être tout à fait consciente de tout cela. En effet, elle compte sur Khamenei pour convaincre qu’il peut échanger ses ambitions nucléaires – sans les abandonner totalement et pour toujours, comme le laisse entendre l’accord – contre un voyage à peu près gratuit sur les piliers restants de sa politique étrangère.

Si les Américains ont raison, si l’Iran respecte l’accord qui troque son projet nucléaire pour une reconnaissance internationale de ses ambitions régionales, le problème pour Israël est clair.

L’accord, affirme Netanyahu, ouvre la voie à l’Iran vers la bombe. Netanyahu place toutes ses préoccupations dans l’optique du nucléaire : et si le Hezbollah ou Assad devenaient soudainement couverts par le parapluie nucléaire ? Quelle influence Israël peut-il exercer sur le débat international sur le Moyen-Orient si le monde en vient à croire – si les Américains ont juste dans leur calcul que les Iraniens feront tout leur possible pour faire croire le monde – que le problème nucléaire a été résolu, au moins pour la durée du gouvernement occidental actuel.

Les Saoudiens ont déjà émis des avertissements à peine voilés. « L’Iran devrait, avec la conclusion de cet accord, mettre ses ressources au service de son développement et de l’amélioration de la condition du peuple iranien, au lieu de provoquer des troubles qui généreraient certaines réactions des pays de la région », a déclaré un porte-parole du gouvernement de Ryad mardi.

Ces « réactions » ne sont pas un mystère. Au-delà des espoirs arabes pour une solution militaire israélienne, il y a le plan arabe, naissant mais en mouvement, de réintroduire le problème nucléaire dans la région.

Dans des notes et des rapports de presse, les Saoudiens, les Egyptiens et autres ont laissé entendre ces derniers mois qu’ils tirent une leçon claire de l’expérience iranienne : commencez à construire une arme nucléaire, et le monde vous donnera tout ce que vous voulez juste pour vous faire arrêter.

Les décideurs politiques d’Obama ont cité ce danger de prolifération comme argument pour l’accord nucléaire. Mais les mêmes Etats qui pourraient passer au nucléaire, selon Obama, sont ceux qui pensent que l’Iran ne respectera pas l’accord – et ils ne peuvent même pas accepter un Iran du « seuil » dominant leur région.

Aucun des adversaires régionaux de l’Iran ne croit que la communauté internationale peut vraiment imposer l’accord si l’Iran décide de rompre, et ainsi l’accord ressemble plus à une cession qu’à un compromis. En l’absence d’un cadre sécuritaire international digne de confiance et décisif, une nucléarisation indigène paraît sensible, voire nécessaire.

Plus tôt cette année, l’administration Obama a argumenté que les pourparlers sur le nucléaire ont commencé parce que l’Iran a accepté de renoncer à son projet d’armement nucléaire. Les critiques ont demandé des preuves que les ambitions iraniennes avaient changé, et ont accusé l’administration de vœux pieux dangereux quand elle n’a pu en fournir du tout.

La preuve est en effet rare, mais cela ne signifie pas que l’argument américain soit un simple vœu pieux. Il décrit ce que les négociateurs américains considéraient comme un compromis initial informel stratégique qui a rendu les deux dernières années et demie de négociations possibles en premier lieu : l’option nucléaire en échange de tout le reste.

L’accord de mardi « ne prétend pas être une stratégie globale en faveur de l’Iran », note une « déclaration publique sur la politique américaine envers l’Iran les négociations nucléaires », publiée le mois dernier par l’Institut de Washington de politique au Proche-Orient.

L’accord de mardi est une stratégie de non-prolifération nucléaire, manifestement imparfaite, mais fondée sur la prémisse raisonnable que toutes les autres options ont aussi d’importants inconvénients.

Mais même s’il fonctionne exactement comme ses architectes espèrent, l’accord de mardi pourrait ne pas pouvoir échapper à une ironie tragique à sa racine : en obtenant la sécurité nucléaire à tout prix, il fait de la capacité nucléaire une denrée géopolitique inestimable.

L’accord signé mardi a été rédigé en persan et en anglais. Le monde pourrait bientôt besoin de plus de versions, aussi éloquentes, mais cette fois en arabe.