Du point de vue de la sécurité d’Israël, l’accord-cadre conclu en Suisse jeudi avec l’Iran nécessitera trois principales démarches – les efforts dans les domaines de l’intelligence, de la diplomatie, et, peut-être, dans la place de l’État juif dans la région.

Ce dernier effort est sans doute le plus urgent. Israël est coincé entre le chou et la chèvre – ou plutôt près de son bunker – depuis que le printemps arabe s’est transformé en une guerre sectaire en mars 2011.

Dans un premier temps clandestinement puis plus ouvertement Israël a fourni un soutien médical aux rebelles syriens blessés le long de la frontière du Golan et distribué de la nourriture pour bébé et des vêtements chauds.

Récemment, un résident de la ville israélienne de Majdal Shams, un supporter d’Assad druze, a pris beaucoup de peine, principalement via Facebook, pour démontrer qu’Israël n’était pas simplement un ennemi implacable derrière une clôture en acier, mais aussi un agent actif dans la bataille de Jabhat al-Nusra contre Bashar el-Assad et les hommes de main du Hezbollah de l’Iran.

Sudki al-Makat, un ancien prisonnier sécuritaire qui a été à nouveau arrêté, a posté des vidéos, principalement filmé la nuit, des régions frontalières où, selon ses dires et sans fournir de preuves, les troupes israéliennes rencontrent des membres d’un groupe affilié à al-Qaïda.

Une source militaire de haut rang a confirmé en mars qu’il y a eu des débats au sein de l’état-major général des forces armées israéliennes concernant la position d’Israël et de quel côté il fallait envisager la bataille qui fait toujours rage en Syrie.

Mais cette source rajoute que l’opinion qui prévaut au sein de l’état-major est que les forces dirigées par le commandant iranien d’al-Qods Qassem Soleimani, hautement compétent et l’un des acteurs régionaux les plus influents, est un ennemi plus dangereux.

Qassem Soleimani (screen grab from a YouTube video)

Qassem Soleimani (screen grab from a YouTube video)

Les répercussions immédiates de l’accord entre les puissances mondiales avec l’Iran – et l’Iran va sûrement présenter cet accord comme une victoire glorieuse de leur revendication – ne seront pas un sprint pour fabriquer la bombe mais plutôt une position plus renforcée à travers la région.

Les forces soutenues par l’Iran contrôlent actuellement quatre capitales arabes : Damas, Beyrouth, Bagdad, et Sanaa. Incroyablement, alors même que ses chefs diplomatiques étaient assis autour de la table des négociations à Lausanne, l’Iran a aidé – certains préfère le terme déclenché – le renversement du gouvernement yéménite par les Houthis.

Les États-Unis se sont semble-t-il, retirés de la région pour mettre fin à l’écoulement du sang américain. Et à la place de sa présence colossale, il faudrait créer, ou peut-être tout simplement respecter, un meilleur équilibre des pouvoirs entre un Iran qui prend du pourvoir, un Israël considéré par certains comme ayant une vision anachronique et les pouvoirs sunnites en place.

Avec l’accord entre les mains, l’Iran prendra probablement des mesures plus remarquables. Israël, bien sûr, devra agir pour défendre ses intérêts immédiats, tels que la tentative iranienne de mettre en place un front Hezbollah le long de la partie nord du plateau du Golan, comme c’est arrivé en janvier. Mais il peut, au moins en secret, également augmenter l’aide qu’il fournit à ses alliés pendant que les frontières se fondent et l’équilibre des pouvoirs penchent plus vers Téhéran.

Diplomatiquement, le fossé manifeste avec l’administration Obama est troublant à trop d’égards pour les détailler ici. Mais la clé ici, du point de vue de la sécurité, est de comprendre qu’à une date ultérieure, elle pourrait autoriser une frappe militaire contre les installations nucléaires de l’Iran.

Aujourd’hui, cette option reste sur la table.

Israël ne peut pas agir maintenant au mépris de l’opinion du monde entier. Cette fenêtre s’est fermée comme le ministre de la Défense de l’époque Ehud Barak avait averti que cela serait le cas (quoique pour des raisons différentes) au début de l’année 2012.

Et même si beaucoup de responsables, y compris les deux dernières chefs d’état-major et les anciens chefs du Shin Bet et du Mossad, étaient contre une frappe aérienne à l’époque, le débat a toujours tourné autour de la question de timing, pas de besoin.

Israël est persuadé que le régime de Téhéran commencera, comme il l’a fait pendant les deux dernières décennies, à contourner l’accord lorsque cela semblera propice. Il sera probablement prudent et calibrera ses manœuvres.

Afin de contrecarrer une telle initiative, Israël doit des renseignements solides. Avec un accord dans la main et environ un an, supposément, entre l’Iran et la bombe, convaincre les puissances mondiales qu’une violation importante au point qu’elle exige une action sera une tâche herculéenne.

Cela vaut la peine de mentionner que pendant l’été 2007, le Premier ministre d’Israël aurait présenté dans le Bureau ovale des photos volées de l’ordinateur d’Ibrahim Othman, le dirigeant de la Commission syrienne de l’énergie atomique.

Les trentaines de photos en couleurs, indiquait le New Yorker en 2012, montre un réacteur de plutonium fabriqué par les Nord-Coréens près de la rivière de l’Euphrate.

Les commandos israéliens, se mettant en grand danger, avaient recueilli des échantillons de sol sur le site. Et malgré cela le président George Bush, un ardent défenseur d’Israël, n’a pas accepté de lancer une attaque militaire.

Il a, cependant, selon ses propres dires, laissé Israël faire ce qu’il lui semblait nécessaire.

A ce stade, le fait qu’Israël possède une option militaire crédible contre le programme nucléaire de l’Iran – et il est crucial qu’il en possède une – le Premier ministre pourrait vouloir peser soigneusement les efforts qu’il met pour pousser le Congrès à s’opposer à l’accord au cours des prochains mois.

Et combien il investit pour parvenir à un accord avec l’administration, aux côtés de l’accord sur le nucléaire, pour cimenter la capacité d’Israël à agir en cas de violations flagrantes.