Cela avait été largement suggéré, avant le discours historique controversé de Benjamin Netanyahu au Congrès mardi, que le Premier ministre devrait prononcer le discours de sa vie afin de justifier les dommages qu’il causerait aux relations existantes entre son gouvernement et l’administration Obama.

Aujourd’hui, Netanyahu a prononcé le discours de sa vie… et a causé des dommages dévastateurs, probablement irrévocables quant à sa relation avec le président Barack Obama.

Sur CNN, l’ancien fonctionnaire de l’administration Martin Indyk a qualifié le lien entre les deux dirigeants de « toxique ». Et c’était seulement quelques instants avant que Netanyahu ne commence son discours. Il est difficile d’imaginer le qualificatif le plus approprié pour décrire au mieux les impressions qui ont dû être ressenties dans le Bureau ovale une fois que le Premier ministre avait fini son allocution.

La prochaine entrevue entre les deux hommes sera fascinante à observer. S’il y en a une. Le président américain espère évidemment que le Premier ministre israélien ne se fera pas réélire aux prochaines élections.

Beaucoup d’Israéliens seront indécis et se demandent si, dans un moment de crise, ils peuvent imaginer Isaac Herzog tenir le Congrès américain en haleine comme l’a fait Netanyahu ce matin. La réponse sera non.

Bien que le ton soit resté diplomate – et en accord parfait avec la façon de Churchill, son mentor – « un changement, une certaine modération, » a-t-il entonné à propos de l’Iran de Hassan Rouhani – le discours de Netanyahu était essentiellement un assaut dévastateur contre Obama.

Il a commencé, consciencieusement, avec des expressions d’appréciation à l’égard du président, et pour tout ce qu’il a fait pour Israël.

Puis, pendant quasiment toute son allocutio, il a expliqué la profonde erreur de jugement de l’Iran – son idéologie, ses objectifs, et l’immense danger qu’il constitue pour Israël, la région, les Etats-Unis, et le monde – qui réside au cœur du « très mauvais » accord qui se profile dans les négociations entre le P5 + 1 et de l’Iran, menées sous l’égide des Etats-Unis.

Et donc, par extension, il a expliqué que cette profonde erreur de jugement de l’Iran était au cœur de la vision du monde et des politiques d’Obama.

Alors que les Israéliens s’opposent globalement à l’accord qu’ils voient prendre forme, et qu’ils ne font pas confiance à Obama lorsqu’il s’agit de stopper le chemin de l’Iran vers le nucléaire, il n’y avait au contraire pas de consensus en Israël à propos de la tactique qui visait à utiliser le Congrès à ce stade, surtout quand cette tactique est vue comme une manœuvre électorale, à deux semaines du jour des élections israéliennes.

Et Netanyahu est en effet un politicien très averti dont le seul regret concernait l’heure du discours. Il aurait en effet préféré voir le discours diffusé à 5 minutes d’intervalles en direct, au journal télévisé de 20h que tous les Israéliens regardent.

Néanmoins le discours de Netanyahu avait un objectif clair et pratique : faire du lobbying auprès du Congrès et du lobbying auprès du public américain pour faire pression sur le Congrès, et affirmer sa capacité maximale à contrecarrer les progrès de l’accord qu’Obama a concocté.

Alors que 50 ou 60 élus se sont absentés, la grande majorité des républicains et des démocrates étaient là pour sagement hocher la tête, applaudir et bondir de leurs sièges devant la description faite par Netanyahu de l’Iran, – celle d’un pays poussé par son idéologie religieuse et ses ambitions territoriales.

Et le fait essentiel est que le Premier ministre est convaincu, au fond de son cœur, que le régime islamiste de Téhéran est tourné vers la destruction d’Israël. L’ayatollah Khamenei « tweete qu’Israël doit être anéanti, » a décrié Netanyahu, répétant : « Il tweete ! Vous savez, en Iran, il n’y a pas vraiment d’Internet gratuit. Mais il tweete en anglais qu’Israël doit être détruit. »

Si un responsable anonyme de la Maison Blanche a déclaré après le discours que Netanyahu n’avait offert « aucune alternative concrète » à l’accord, et que son allocution était « une pure rhétorique sans aucune action », le Premier ministre a effectivement offert une alternative.

Il a exhorté le P5 + 1 à recalibrer, reconsidérer puis promouvoir un meilleur accord. Et « si l’Iran menace de s’éloigner de la table des négociations – et cela arrive souvent dans un bazar persan – il faut décrier leur bluff », a-t-il conseillé, lui, le sage et méfiant Moyen-oriental, qui donne des leçons à Obama et aux autres Occidentaux naïfs.

« Ils reviendront, parce qu’ils ont besoin de l’accord, beaucoup plus que nous. »

Dans un contexte où « l’ami de longue date, John Kerry » avait confirmé à Netanyahu que « l’Iran pourrait posséder légitimement » 190 000 centrifugeuses d’enrichissement d’uranium d’ici à l’expiration de l’accord ; où les termes qui se dessinent accorderaient à l’Iran un an ou moins avant de se doter de la bombe ; où l’Iran pourrait jouer à « cache-cache » avec les inspecteurs serait libre de poursuivre le développement de missiles grâce auxquels il pourrait livrer des armes nucléaires, alors oui, Netanyahu est plus que prêt à payer le prix de s’aliéner l’administration américaine actuelle.

Bien sûr. Car Obama sera parti dans deux ans. Mais aux yeux de Netanyahu, comme il l’a articulé à grand renfort de détails convaincants et passionnés mardi, si ce genre d’accord est finalisé, les ayatollahs nous menaceront tous, et seront en mesure de faire beaucoup plus que nous menacer, dans un avenir proche.