WASHINGTON (JTA) — L’Anti-Defamation League (ADL) a exprimé son inquiétude suite à l’intervention d’un témoin lors d’une audience au Congrès américain consacrée à un projet de loi controversé sur les armes à feu. L’homme est l’auteur d’un livre qui affirme que le contrôle des armes a réduit les Juifs à l’impuissance durant l’Holocauste.

Stephen Halbrook, qui a écrit un livre intitulé Gun Control in the Third Reich, (soit « Le contrôle des armes à feu sous le troisième Reich » en français) en 2015, devait paraître mardi lors d’une réunion de la commission des Ressources naturelles de la Chambre des représentants, qui étudie actuellement une loi sur l’amélioration de l’usage sportif et récréatif des armes. Ce projet de loi assouplirait les contrôles sur le transports des armes à travers les frontières des états, un domaine que Halbrook connait bien en tant que célèbre avocat défendant le droit à posséder des armes à feu.

« Nous nous inquiétons depuis longtemps des comparaisons faciles établies entre la législation sur le contrôle des armes en Amérique et les politiques maintenues par l’Allemagne nazie durant l’Holocauste », a déclaré Jonathan Greenblatt, directeur national de l’ADL, dans un courriel adressé à JTA.

« Le débat national sur le contrôle des armes à feu est un problème clivant, avec des opinions fortes. Alors qu’il y a des opinions légitimes qui apparaissent des deux côtés, cette notion selon laquelle les Juifs auraient pu se sauver eux-mêmes des massacres nazis n’en fait pas partie. C’est historiquement mensonger et profondément offensant de faire intervenir l’Holocauste dans ce débat auquel il n’appartient tout simplement pas. »

Jonathan Greenblatt, président de l'ADL. (Crédit : autorisation)

Jonathan Greenblatt, président de l’ADL. (Crédit : autorisation)

Le livre écrit par Halbrook affirme qu’un élément déterminant des politiques de répression mises en place par les nazis a été le désarmement de leurs ennemis, une théorie approuvée l’année dernière par le candidat à la présidence d’alors et actuel secrétaire d’Etat au logement Ben Carson. Halbrook souligne dans son ouvrage que le contrôle des armes n’a pas été l’un des facteurs qui ont mené à l’Holocauste, mais qu’il l’a facilité.

Les historiens spécialistes de l’Allemagne nazie ont largement discrédité cette théorie, disant que les restrictions sur les armes, quelles qu’elles soient, que les nazies avaient infligé aux Juifs devaient être considérées comme entrant dans le cadre de mesures répressives imposées aux Juifs, et ne reflétaient pas une volonté des nazis de favoriser le contrôle des armes en soi. En fait, les nazis, en 1938, avaient assoupli le contrôle sur la propriété d’armements en faveur des Allemands non juifs.

D’autres se sont demandé comment les Juifs d’Allemagne, qui représentaient seulement 1 % de la population, auraient pu organiser une rébellion efficace contre le régime militaire des nazis.

JTA a été alerté de la présence de Halbrook devant la Commission par Americans for Responsible Solutions, une organisation prônant le contrôle des armes à feu fondée par Gabrielle Giffords, une femme juive, démocrate et ancienne membre du Congrès qui avait été grièvement blessée par un tireur armé en 2011 au cours d’une attaque meurtrière. Elle a depuis quitté les rangs du Congrès.

David Chipman, conseiller de l’organisation, est également apparu comme témoin devant la commission, s’exprimant contre une disposition du projet de loi qui assouplirait les restrictions sur les silencieux. Le sponsor du projet, le républicain de Caroline du sud Jeff Duncan, affirme que des silencieux protégeraient l’ouïe des chasseurs.