L’Anti-Defamation League (ADL) a appelé le gouvernement turc vendredi à condamner les récentes affirmations de
« conspiration juive » dans la presse et par les politiciens turcs.

L’organisation « a exprimé sa profonde préoccupation face à ces
« théories du complot injustifiées et blessantes » exprimées par certains hommes politiques, dont le député Burhun Kuzu, et les médias turcs, comme le journal Yeni Akit, reliant à tort les Juifs au tragique accident minier de Soma.

Ces affirmations « n’ont pas leur place dans le discours turc », a déclaré Abraham H. Foxman, directeur national de l’ADL, ajoutant que « parler de ces théories du complot ne montre aucun respect pour les victimes et leurs familles et détourne l’attention de la procédure d’enquête. »

« Cela envoie également un message à la communauté juive de Turquie qui peut soulever la question de leur place dans la société ».

« Nous appelons le Premier ministre Erdogan à condamner publiquement l’effort de relier les Juifs à cette tragédie », a-t-il déclaré.

Plus tôt cette semaine, Hasan Karakaya, un chroniqueur pour le journal islamiste Yeni Akit, a accusé le Freedom House de bien classer Israël dans ses rapports sur la liberté de la presse parce que son président est juif et l’organisation est financée par Jérusalem.

Il a affirmé que la presse attaquait le Premier ministre sur l’accident minier de Soma parce que le beau-fils du propriétaire de la mine est juif.

Le 20 mai, un gros titre en première page dans le quotidien pro-gouvernemental turc Yeni Akit a critiqué le propriétaire de la société de la mine de charbon de Soma d’avoir un gendre juif, affirmant que c’est la raison pour laquelle Erdogan était attaqué par les médias « étrangers » pour cette tragédie.

Cette une a été suivie par un tweet, supprimé depuis, de Burhun Kuzu … qui a déclaré que le « lobby juif s’est jeté sur Erdogan à cause de la catastrophe de Soma. Mais le gendre du propriétaire de la mine est juif », a écrit l’ADL.

La semaine dernière, Erdogan a crié une insulte anti-Israélienne quand il a été pris d’assaut par des manifestants en colère sur le site de l’explosion mortelle de la mine, selon les médias locaux.

« Où vas-tu espèce de sperme d’Israël ? », a-t-on entendu Erdogan crier à un manifestant dans une séquence vidéo diffusée par le journal de l’opposition Sozcu, utilisant une expression considérée comme une malédiction en turc.

Un rapport de Freedom House ce mois-ci affirme que la Turquie a connu la plus forte baisse de la liberté de la presse en Europe.

Le chien de garde des droits des médias basé aux États-Unis a rétrogradé le statut de la Turquie de « partiellement libre » à « non libre » – mettant le pays qui espère entrer dans l’UE dans la même catégorie que la Libye, le Soudan du Sud, Ukraine et Zambie – après qu’elle ait mis un nombre record de journalistes derrière les barreaux.

Le gouvernement d’Erdogan a farouchement rejeté le rapport, accusant Freedom House d’avoir orchestré une campagne pour depeindre la Turquie comme un régime autoritaire qui muselle la presse.

« Les cas juridiques et les emprisonnements ont été très mauvais (en Turquie) depuis un certain nombre d’années. C’est la principale raison de la révision à la baisse : la détérioration des conditions en termes de liberté de la presse en 2013 ».

Le gouvernement turc, au pouvoir depuis 2002, est sous le feu des groupes de défense des droits et contre la répression les médias.

Freedom House a déclaré qu’avec au moins 40 journalistes derrière les barreaux au 1er décembre 2013, la Turquie est devenue le premier geôlier des journalistes au monde.

Erdogan a contesté les conclusions du rapport, affirmant que seuls 18 journalistes étaient en prison et en aucun cas en raison de leur travail.

L’homme fort turc a fait l’objet de vives critiques de la part des politiciens occidentaux et les groupes de défense des droits pour le lancement d’une répression de grande envergure sur Internet qui a vu l’interdiction de Twitter pendant deux semaines.

Le site de partage de vidéos YouTube a également été bloqué depuis fin mars, malgré deux décisions de justice demandant la levée de l’interdiction.

L’année dernière, la BBC a exprimé ses préoccupations au sujet de ce qu’elle a appelé une campagne lancée par les autorités turques pour
« intimider ses journalistes ».

Les journalistes ont également subi des pressions du public. Un correspondant pour le magazine allemand Der Spiegel cette semaine a été chassé hors de Turquie après avoir reçu des milliers de menaces de mort pour ​​un article.