L’Anti-Defamation League (ADL) a promis de combattre « sans relâche » le décret du président américain Donald Trump d’interdiction d’entrée sur le territoire américain des réfugiés syriens et de citoyens de sept pays musulmans, une décision qualifiée de « cruelle » et de contraire aux valeurs américaines et juives.

Dans un décret signé vendredi, Trump a suspendu l’arrivée des réfugiés pendant au moins 120 jours et a imposé de nouveaux contrôles sur les voyageurs en provenance d’Iran, d’Irak, de Libye, de Somalie, de Syrie et du Yémen pour les trois prochains mois.

Depuis, les voyageurs en provenance de ces pays n’ont pas pu monter dans les avions à destination des Etats-Unis, entraînant des manifestations et de arrestations dans les aéroports.

« Oui, nous avons besoin d’un contrôle strict, mais notre système actuel est suffisant pour protéger l’Amérique », a déclaré Jonathan A. Greenblatt, directeur exécutif de l’ADL, dans un communiqué publié samedi.

Le président d'ADL Jonathan Greenblatt prenant la parole lors de la conférence Never is Now  à  New York City,le 17 novembre  2016. (Crédit : ADL)

Le président d’ADL Jonathan Greenblatt prenant la parole lors de la conférence Never is Now à New York City,le 17 novembre 2016. (Crédit : ADL)

« Ces réfugiés fuient la terreur et une violence inimaginable. Leur fermer la porte n’a non seulement pas beaucoup de sens, mais c’est cruel et contraire aux valeurs de notre pays, une nation fondée par des réfugiés fuyant des persécutions religieuses et renforcé par des vagues d’immigrants. Plus que la plupart des autres communautés, notre communauté sait ce qui se passe lorsque les portes vers la liberté sont fermées. C’est pourquoi l’ADL combattra sans relâche cette politique dans les semaines et les mois à venir », a-t-il déclaré.

« L’histoire se souviendra de ce décret comme d’un moment triste dans l’histoire américaine, le moment où un président a tourné le dos à des personnes fuyant pour survivre », précisait Greenblatt dans le communiqué.

L’AJC a soutenu samedi le droit de Trump d’imposer des restrictions plus strictes, mais a critiqué les directives trop générales.

« Le président Trump, bien sûr, a le droit d’affirmer le droit souverain des Etats-Unis d’assurer l’intégrité des frontières américaines et l’application efficace de lois du pays sur l’immigration et l’asile », expliquait l’organisation.

« Nous pensons aussi que le président a raison de s’assurer que les réfugiés fuyant la guerre, la persécution et les désastres naturels, et cherchant l’entrée aux Etats-Unis, soient très minutieusement contrôlés afin de nous garantir le plus possible qu’ils ne posent pas de menace à la sécurité de nos citoyens », disait-on.

Manifestation à l'aéroport international de San Francisco, le 28 janvier 2017. (Crédit : Stephen Lam/Getty Images/AFP)

Manifestation à l’aéroport international de San Francisco, le 28 janvier 2017. (Crédit : Stephen Lam/Getty Images/AFP)

« La suspension générale des visas et de l’admission des réfugiés suggèreraient [qu’ils sont] coupables par associations, en ciblant principalement les musulmans fuyant les violences et l’oppression, a-t-il déclaré. L’AJC considère de telles actions, contraires aux perceptions internationales d’une Amérique compatissante et renforçant les stéréotypes anti-musulmans, comme injustes et injustifiées », a déclaré l’association juive.

Annoncé pour la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, le décret de Trump a immédiatement suspendu un programme qui avait permis d’accueillir aux Etats-Unis environ 85 000 personnes déplacées à cause de la guerre, l’oppression politique, la famine ou des préjugés politiques.

Trump a bloqué indéfiniment toutes les personnes fuyant la Syrie, où la guerre civile a déplacé des millions de personnes, et a imposé une interdiction de 90 jours d’entrée aux Etats-Unis de citoyens de pays à majorité musulmane.

Trump a également publié vendredi un communiqué pour la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, dans lequel il promettait de combattre les forces du mal, et a appelé à « promouvoir l’amour et la tolérance à travers le monde », mais n’a pas mentionné les Juifs ni l’antisémitisme.

Le président américain Donald Trump signant son premier décret exécutif dans le Bureau ovale, le 23 janvier 2017. (Crédit : Ron Sachs/Pool/Getty Images)

Le président américain Donald Trump signant son premier décret exécutif dans le Bureau ovale, le 23 janvier 2017. (Crédit : Ron Sachs/Pool/Getty Images)

L’absence de toute mention spécifique des Juifs ou de l’antisémitisme a été soulignée et critiquée par l’ADL, qui a qualifié cela de « déconcertant et troublant ».

Mais le président du Congrès juif mondial Ron Lauder a fustigé samedi Greenblatt pour ses remarques.

« Cela ne fait pas honneur aux millions de juifs assassinés pendant l’Holocauste de jouer en politique avec leur mémoire », a déclaré Lauder.

« Toute lecture juste [du communiqué] montrera qu’il commémore de manière appropriée la souffrance et l’héroïsme qui ont marqué ce chapitre sombre de l’Histoire moderne, a-t-il déclaré. Il y a suffisamment d’antisémitisme et de menaces réels affrontés par les juifs aujourd’hui. Notre communauté ne gagne rien si nous atteignons un niveau où les outrages fabriqués réduisent la sensibilité générale aux vrais dangers que nous affrontons. »