La sévérité de la peine infligée mardi à l’ancien Premier ministre Ehud Olmert dans l’affaire Holyland peut surprendre.

Emprisonnement pendant six ans, amende d’1 million de shekels (près de 300 000 dollars), déclaration formelle de «turpitude morale» qui l’empêche de revenir à la fonction publique pour les années à venir, et surtout la tâche indélébile d’une disgrâce pour un homme qui a tenu le poste le plus puissant du pays.

Tout cela se trouve dans la sentence rendue par le juge de Tel Aviv David Rozen mardi dans l’une des peines les plus lourdes jamais données par un tribunal israélien à un fonctionnaire de l’Etat.

Et Olmert n’est pas seul. Les peines de prison allant de trois à sept ans ont été infligées à six autres personnes condamnées dans l’affaire. En termes judiciaires, c’est une condamnation sans précédent pour les accusés.

Le plus marquant, c’est que lors de la condamnation, le président du tribunal, qui occupe l’un des postes les plus respectés dans le système judiciaire d’Israël, a axé tout son réquisitoire non pas sur les détails des crimes, mais sur leurs conséquences sociétales.

« Le crime de corruption pollue et corrompt la notion de service public dans son essence » a écrit Rozen dans son rapport de 64 pages. «Ce crime, par sa nature-même, ronge et finit par ruiner notre fonction publique et nos institutions… ».

L’homélie passionnée de Rozen sur les dangers de la corruption se poursuit sans relâche sur plusieurs pages : « Celui qui prend un pot de vin est comparable à un traître, à celui qui détourne et trahit la confiance qu’on lui donne, confiance sans laquelle le service public ne peut être maintenu ».

Le message est incontournable, et il est essentiel pour comprendre le raisonnement derrière les sanctions sans précédent énoncées dans les pages suivantes.

Les crimes financiers pour lesquels Olmert a été reconnu coupable sont particulièrement difficiles à détecter, et encore plus difficiles à prouver. Cette affaire qui met fin au pire des cas de corruption jamais jugé en Israël, a été découvert – nous le savons maintenant – par un heureux hasard.

Un des hommes d’affaires impliqués, Samuel Dachner, pour des raisons finalement connues de lui seul, a décidé de témoigner et, de sa propre initiative, a permis de faire s’écrouler l’ensemble de l’édifice.

Pour les procureurs de l’État chargés de l’affaire et le juge, c’était cet aspect du scandale Holyland qui constituait son aspect le plus important. Extérieurement, la poursuite réussie d’un ancien Premier ministre semble être un succès spectaculaire de l’application de la loi israélienne, un témoignage unique du courage et de l’égalitarisme qui sous-tend le système judiciaire du pays.

Mais ceux qui sont proches de l’affaire ont appris une autre leçon : que la corruption est extrêmement difficile à déraciner par les moyens limités de l’application de la loi.

Rien que pour les dix dernières années, un ministre des Finances est allé en prison pour vol ainsi qu’un Président pour viol. Un autre ministre, qui après avoir purgé sa peine de prison pour corruption passive, Aryeh Deri, se trouve de nouveau à la tête d’une faction importante à la Knesset.

La semaine dernière, le maire de Bat Yam, une grande ville, Shlomo Lahiani, a accepté une négociation de plaidoyer dans son procès pour corruption. Il sera peut-être emprisonné dans les prochains mois.

Tous ces cas ne suggèrent-ils pas que l’on s’attaque avec succès à la corruption publique?

Malgré tout, 79% des Israéliens estiment que les partis politiques représentent ce qu’il y a de plus corrompu en Israël, et plus de la moitié pensent que la corruption publique est en augmentation. Clairement, le public israélien se situe du côté des juges.