La formation d’un nouveau gouvernement en Afrique du Sud après les récentes élections pourrait conduire à une nouvelle ère dans la relation troublée de Pretoria avec Jérusalem, a indiqué l’ambassadeur du pays à Tel Aviv la semaine dernière, évoquant la possibilité d’une prochaine visite de ministres sud-africains en Israël.

Si l’ambassadeur Sisa Ngombane exprime le vif désir d’améliorer les liens avec Israël, il défend la position généralement pro-palestinienne de son gouvernement, appelle à des négociations avec le Hamas et compare la situation en Cisjordanie avec celle de l’apartheid en Afrique du Sud, lorsqu’il voit des soldats israéliens « prêts à tirer » sur toute personne qui bouge.

Lors d’un entretien franc et de grande envergure, l’émissaire critique la Fédération sioniste sud-africaine qui dissuaderait les Juifs locaux de voter pour le parti au pouvoir, le Congrès national africain. Il fustige le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman pour avoir appelé les 70 000 Juifs du pays à s’installer en Israël pour échapper à un « pogrom » imminent incité par leur gouvernement.

« Les élections furent l’occasion de revoir tous les aspects des accomplissements de ces cinq dernières années », déclare Ngombane, se référant aux relations avec Israël.

Une première étape vers un réchauffement progressif des relations serait l’envoi d’un ministre pour une visite officielle dans l’Etat juif, pour « voir ce qui se passe en Israël et de l’autre côté [les territoires palestiniens] », selon Ngombane.

« L’Afrique du Sud défend que, parfois, il est préférable de parler aux gens, même ceux avec les lesquels nous ne tomberons pas d’accord sur tous les points… Pour nous, il est important de respecter un engagement, et de poursuivre les discussions en cours. »

Une franche discussion sur la façon dont Israël traite les Palestiniens – la principale raison pour laquelle les deux gouvernements sont en désaccord – prévaut à « se crier dessus des deux côtés de l’océan ».

Pretoria n’a aucun problème avec Israël en soi, affirme l’ambassadeur, mais est fermement opposée au traitement des Palestiniens de Jérusalem. Alors que le gouvernement sud-africain exhorte le Hamas à renoncer à la violence et à chercher des moyens de coexister avec Israël, Ngombane considère toujours cette organisation comme « un mouvement de libération nationale », plutôt que comme un groupe terroriste.

« Le Hamas est le produit de Palestiniens qui souhaitent une vie meilleure », affirme-t-il, ajoutant que, dans une zone d’apartheid d’Afrique du Sud, il s’est lui-même fait traiter de terroriste.

« Se faire traiter de terroriste ne fait pas de vous un terroriste », affirme-t-il, ajoutant que le Hamas doit « avancer », et se rendre compte que la résistance armée n’apportera pas la liberté. Au contraire, dit-il, le Hamas doit « s’asseoir et négocier ».

Jérusalem fait une « demande légitime » quand elle appelle le Hamas à renoncer à violence et à reconnaître l’Etat d’Israël, concède Ngombane. « Mais la question est de savoir comment vous traitez avec lui. Que faire pour les garder sous la manche et ne pas les traiter comme un élément voyou ? »

Des efforts doivent être entrepris pour intégrer le Hamas au sein de l’Autorité palestinienne, plutôt qu’il rejoigne le radicalisme, selon lui. « Nous disons au Hamas, vous n’obtiendrez la paix que si vous déposez vos armes et reconnaissez l’Etat d’Israël. »

Mais exiger que le Hamas « n’existe plus » est un « argument qui ne nous mène nulle part. »

Le Congrès national africain (ANC) a toujours été proche des Palestiniens, car la lutte palestinienne leur rappelle leur propre lutte contre l’apartheid.

Pendant l’entrevue, Ngombane, qui a rejoint le CNA en exil en 1980, affirme se souvenir de la politique d’apartheid quand il visite la Cisjordanie, et parle de « modèles très similaires de personnes qui ne peuvent pas vraiment faire ce qu’elles veulent ».

« Chaque fois que je vais [en Cisjordanie], je rencontre des filles et des garçons prêts à me tirer dessus », raconte-t-il, laissant entendre qu’il a peur de faire un faux mouvement au point de contrôle israélien. « C’est la vérité. Et nous avons vécu ainsi. »

A la question de savoir si le gouvernement sud-africain considère que son approche du conflit israélo-palestinien est équitable, Ngombane parle de « déséquilibre des pouvoirs » dans la région. L’armée israélienne est l’une des plus puissantes au monde et utilise « une force brutale » contre « des gens qui n’ont rien ».

Pourtant, le CNA se voit lui-même comme un ami d’Israël, insiste Ngombane. « Les amis disent la vérité. Vous ne pouvez être mon ami, si vous ne me dites pas si je fais quelque chose de mal. »

« Nous reconnaissons votre droit à l’existence, votre droit de vous défendre et de protéger vos citoyens… C’est ça l’amitié pour nous. Mais quand il y a des choses que nous jugeons néfastes, nous disons : ‘C’est mal, nous ne pouvons acquiescer’. »