Un article du site Al-Monitor a maintenu jeudi que l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) s’opposerait au discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le Congrès sur la menace nucléaire iranienne et aurait exhorté le dirigeant israélien à reconsidérer son choix en raison de la pression qu’il placerait sur les relations américano-israéliennes.

Selon le chroniqueur Ben Caspit, l’un des chefs du lobby pro-israélien aurait déclaré que le groupe était « en état de choc » depuis que Netanyahu a annoncé qu’il allait prendre la parole au Congrès, en qualifiant ce discours de « Jour de l’Expiation de l’AIPAC » et « de point le plus bas que nous n’ayions jamais atteint ».

Après que Netanyahu ait accepté l’invitation de président de la Chambre John Boehner, en contournant la Maison Blanche, l’AIPAC a exposé les conséquences négatives que la décision produirait sur les relations diplomatiques.

Caspit écrit que « l’AIPAC a préparé un exposé détaillé qui a été remis à Netanyahu avec toutes les répercussions négatives qui pourraient résulter de l’invitation controversée du Congrès et de ses dommages cumulatifs ».

« L’un des chefs de l’AIPAC a dit le 25 février à huis clos, pour paraphraser : Toutes les choses contre lesquelles nous l’avons mis en garde contre, se concrétisent. Nous avons prévu l’effet domino qui a eu lieu, le boycott par de plus en plus de membres démocrates du Congrès, la détérioration significative dans les relations avec les législateurs démocrates, les débats sur le boycott par l’administration américaine de la convention de l’AIPAC (qui se tiendra également au début du mois de mars). Nous avions protesté, nous avions averti. Et qui n’a pas été impressionné ? Netanyahu. Il arrive », écrit-il.

Le prochain discours, auquel s’opposent ouvertement la Maison Blanche, certains législateurs démocrates et beaucoup au sein de la communauté juive des États-Unis, a mis en colère l’administration Obama et les élus américains, qui ont dénoncé l’invitation à parler devant le Congrès d’avoir ignoré le protocole diplomatique et d’être une tentative de Netanyahu de faire dérailler les négociations nucléaires avec l’Iran, la marque de la politique étrangère d’Obama.

Le discours de Netanyahu est controversé parce qu’il met Israël sur une trajectoire de collision avec l’administration Obama au moment où celle-ci négocie avec l’Iran sur son programme nucléaire – discussions qui dans leur forme actuelle pourraient conduire, selon Netanyahu, à un accord qui constitue potentiellement un risque existentiel pour Israël.

C’est la raison pour laquelle le Premier ministre a l’intention de faire valoir le 3 mars devant le Congrès que la communauté internationale devrait accroître sa pression sur l’Iran, plutôt que d’assouplir les sanctions.

Le discours sera aussi prononcé à seulement deux semaines avant les élections israéliennes, et des critiques ont fusé en Israël et aux Etats-Unis reprochant à Netanyahu d’utiliser le discours au profit de son parti, le Likud.

Selon l’article, Les dirigeants de l’AIPAC étaient divisés sur la manière de réagir à la décision de Netanyahu de prendre la parole devant le Congrès.

« Certains pensaient qu’ils devraient directement implorer Netanyahu d’annuler son discours, de lui proposer des alternatives. Une telle approche, cependant, aurait été contraire à l’ADN même de l’AIPAC, puisque l’AIPAC est le lobby de Netanyahu et non l’inverse.

D’autre part, presque tous les dirigeants de l’organisation étaient conscients et convaincus de l’immensité des dégâts que les actions de Netanyahu apporteraient aux relations israélo-américaines à moyen et long terme. Il était difficile pour eux de garder le silence » a-t-il écrit.

Caspit estime que Netanyahu présentera probablement lors de son allocution « de nouvelles informations, de toute évidence fondées sur les services de renseignement » sur le programme nucléaire iranien.

Le discours a été critiqué par la Conseillère à la sécurité nationale des États-Unis, Susan Rice, qui a dit dans une interview cette semaine que la manière dont le discours de Netanyahu avait été organisé – et l’insistance du Premier ministre pour le prononcer – était devenue une question partisane qui a été « destructrice pour le tissu des relations » entre Israël et les Etats-Unis.

Le Secrétaire d’État John Kerry a appelé mercredi Netanyahu à reconsidérer la question, évoquant un soutien du Premier ministre israélien à la guerre américaine en Irak (Netanyahu était un simple citoyen à l’époque, et Kerry avait dans le passé soutenu la guerre). Cette allusion a attiré des critiques, notamment des groupes juifs aux Etats-Unis, y compris de l’Anti-Defamation League.

Malgré les tensions, l’AIPAC a annoncé jeudi que l’administration Obama avait confirmé que Rice et l’ambassadrice aux Nations Unies Samantha Power prendront la parole à sa conférence politique annuelle, qui commencera dimanche.

De même et malgré ce qui a été caractérisé par certains comme un clivage partisan croissant sur les questions liées à Israël, la conférence de l’AIPAC accueillera les membres les plus éminents des deux partis du Sénat et de la Chambre des Représentants qui y prendront la parole.

Les responsables de l’AIPAC ont déclaré jeudi que bien que le calendrier définitif n’ait pas été publié, ils s’attendent à ce que plus de la moitié du Sénat et les deux tiers de la Chambre des représentants participent à la conférence.

Les organisateurs ont déclaré que la conférence de cette année se joue pour la première fois à guichets fermés.

Les plus de 16 000 participants en font la plus grande conférence de l’histoire de l’AIPAC.

Après son discours, le Premier ministre israélien rencontrera les chefs des groupes républicain et démocrate du Sénat, Mitch McConnell et Harry Reid, a indiqué, Mitch McConnell, selon Reuters.