WASHINGTON – Le puissant lobby pro-israélien AIPAC a appelé la population à faire pression sur les membres du Congrès pour que ceux-ci s’élèvent contre la décision de l’ONU qui condamne les implantations, soumise au vote la semaine dernière au Conseil de Sécurité de l’ONU.

Un formulaire en ligne proposé par l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) demande aux individus de remercier leur représentant fédéral s’il s’est opposé, et si ce n’est pas le cas, à l’encourager à le faire.

L’AIPAC explique de la mesure des Nations unies « est une entrave au processus de paix ».

Avant le vote du 23 décembre, l’AIPAC avait fait circuler une liste des législateurs de Washington qui s’opposaient à la résolution. Une fois qu’elle a été votée, le groupe a déclaré être « profondément perturbé par l’échec de l’administration Obama à exercer son droit de veto pour empêcher une résolution destructrice, partiale et anti-Israël d’être promulguée par le Conseil de sécurité des Nations unies. »

Plus de 100 membres du Congrès ont publié des communiqués dans lesquels ils s’opposent à la résolution, selon une source proche de l’affaire

Ce formulaire, explique le porte-parole de l’AIPAC, Marshall Wittman, est « un moyen pour nos militants d’exhorter les membres du Congrès à signaler leur opposition à cette résolution destructive adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU. »

L'implantation israélienne de Maale Adumim, en Cisjordanie, le 25 février 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’implantation israélienne de Maale Adumim, en Cisjordanie, le 25 février 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La résolution 2334 stipule que l’activité implantatoire en Israël « n’a aucun fondement en droit et constitue une violation flagrante du droit international » et appelle à l’interruption de la construction dans toutes les régions annexées par Israël après la Guerre des Six jours de 1967.

Elle appelle aussi les États à « faire une distinction, dans leurs échanges en la matière, entre le territoire de l’État d’Israël et les territoires occupés depuis 1967 ». Israël craint que cette mesure suscitera une recrudescence du boycott et sanctions, et les politiques israéliens ont averti que cela « favoriserait la violence ».

Le texte a été approuvé à 14 voies contre 0, et les États-Unis se sont abstenus, ce qui a généré des condamnations furieuses de la part de Jérusalem contre les pays qui ont encouragé et soutenu cette résolution, et contre Washington pour avoir retenu son veto.

La résolution a également été condamnée par tout un panel d’organisations juives américaines, par des députés républicains, et même par certains membres du parti d’Obama, notamment le coordinateur du parti, Steny Hoyer.

Le formulaire, intitulé « Soutien d’une solution à 2 États : soutien des négociations directes, pas des solutions imposées », l’AIPAC accuse la résolution « d’entraver le processus paix en cherchant à imposer une solution aux Israéliens et aux Palestiniens, au lieu de soutenir un accord obtenu via des négociations bilatérales et directes. »

Parmi les critiques émises contre cette mesure, l’argument clé est qu’elle va laisser les Palestiniens croire qu’ils peuvent contourner les négociations et obtenir un État internationalement reconnu, sans que ses leaders ne mettent en œuvre les compromis douloureux mais nécessaires à la paix.

D’autres ont affirmé qu’en qualifiant les implantations d’illégales, Israël perdait l’un de ses principaux éléments de négociations, parce c’est désormais inscrit dans la résolution du Conseil de Sécurité qu’Israël n’a aucun droit sur la terre qu’il tente de récupérer.

L’AIPAC a lancé cette initiative jeudi, au lendemain de l’allocution du Secrétaire d’État John Kerry, qui a exposé sa « vision globale » pour la résolution du conflit.

Le Secrétaire d'Etat John Kerry expose sa vision de la paix entre Israéliens et Palestiniens le 28 décembre 2016 à l'Auditorium Dean Acheson du Département d'Etat de Washington, DC (Crédit : AFP PHOTO / PAUL J. RICHARDS)

Le Secrétaire d’Etat John Kerry expose sa vision de la paix entre Israéliens et Palestiniens le 28 décembre 2016 à l’Auditorium Dean Acheson du Département d’Etat de Washington, DC (Crédit : AFP PHOTO / PAUL J. RICHARDS)

Dans son discours, Kerry a taxé les implantations « d’obstacle fondamental » à la réalisation de deux États. Il a accusé le gouvernement israélien d’approuver des projets de construction dans des endroits « stratégiquement situés pour rendre impossible la création de deux États » et il a affirmé que « le statu quo conduit à l’existence d’un seul État ou une occupation éternelle ».

L’AIPAC a rapidement réagi et a déclaré que le discours de Kerry était « une tentative ratée de défendre l’indéfendable », c’est à dire, le refus de l’administration d’opposer son veto la semaine dernière.

L’AIPAC a également affirmé que le Secrétaire d’État a « accusé notre allié Israël, de manière démesurée et disproportionnée de l’échec de la progression du processus de paix, tout en fermant les yeux sur les nombreuses propositions de paix suggérées par Israël et sur le refus des Palestiniens à revenir à la table des négociations. »

« Toute contribution potentiellement positive pour ce discours a été écartée par le refus honteux de l’administration Obama à exercer son droit de veto contre la résolution destructrice et anti-Israël du Conseil de Sécurité de l’ONU », a-t-il ajouté.

« En s’abstenant, et donc en permettant à la résolution d’être adoptée, l’administration sortante a trahi un allié démocratique et abandonné une entente quarantenaire, elle a aussi rendu l’idée de paix encore plus lointaine, en sabotant les négociations directes, en réinterprétant la résolution 242 du Conseil de Sécurité, et en offrant au leadership palestinien récalcitrant une raison de plus pour ne pas faire de compromis et ne pas négocier. »

La Résolution 242 avait été adoptée par le corps international après la guerre de 1967 et « souligne l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre » mais indique que le retrait israélien de certaines régions annexées doit se faire sur la base de négociations.

Elle appelle au « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés au cours du récent conflit ».

L’absence des termes « les territoires » ou « tous les territoires » dans cette disposition prévoit que le retour aux frontières exactes n’était pas un prérequis à la paix, et légitime l’échange mutuel de terres, la base des négociations depuis les accords d’Oslo en 1993.