Près de 70 ans après la chute du IIIe Reich, l’Allemagne se mobilise dimanche à Berlin contre l’antisémitisme, alors que les violences contre les juifs ont augmenté en Europe dans le sillage du conflit israélo-palestinien.

Organisé par le Conseil central des juifs en Allemagne, un grand rassemblement doit avoir lieu devant la Porte de Brandebourg, en plein coeur de Berlin, au cours duquel la chancelière Angela Merkel prononcera un discours, à quelques centaines de mètres du Mémorial de l’Holocauste.

Avec comme cri d’alarme : « Lève-toi ! Plus jamais de haine des juifs ! », le Conseil central espère réunir plusieurs dizaines de milliers de personnes, la veille d’une réunion annuelle du Congrès juif mondial (WJC) à Berlin.

Cet été des incidents antisémites ont eu lieu en Allemagne, lors de plusieurs manifestations contre l’opération militaire israélienne dans la bande de Gaza, essentiellement sous la forme de propos injurieux à l’encontre des juifs sans commune mesure avec les dérives violentes constatées en France.

Les slogans antisémites entendus dans les cortèges avaient été aussitôt condamnés par Mme Merkel, dans un pays toujours marqué par la Shoah et les crimes de la dictature nazie.

« L’Allemagne a fait sombrer le monde dans l’horreur avec le national-socialisme et des millions de personnes ont péri », soulignait la chancelière, âgée de 60 ans, quelques jours avant de commémorer mercredi au parlement allemand les 75 ans du début de la Seconde Guerre mondiale.

« Il en découle une responsabilité perpétuelle, que nous sommes tenus d’avoir, en tant qu’Allemands, vis-à-vis de notre histoire », ajoutait-elle.

Actuellement environ 200 000 juifs vivent en Allemagne, ce qui fait de cette communauté la troisième d’Europe, derrière la Grande-Bretagne et la France.

Une situation impensable après la chute du IIIème Reich : en 1950, seuls 15 000 juifs vivaient encore en Allemagne, contre 560 000 en 1933.

La renaissance de cette communauté remonte à la chute du Mur. Après 1989, l’Allemagne, en raison de sa responsabilité historique, offrit la possibilité aux juifs originaires des pays de l’ex-Union soviétique de venir s’installer chez elle.

« C’est la seule communauté en augmentation dans toute l’Europe », souligne Michael Thaidigsmann, porte-parole du Congrès juif mondial. Cette renaissance est d’ailleurs l’une des raisons qui a poussé le WJC à choisir Berlin lundi et mardi pour sa rencontre annuelle, a-t-il indiqué, précisant que le choix avait été fait, avant les évènements à Gaza et les dérapages antisémites de l’été en Europe.

« L’Allemagne est un acteur important en Europe et dans les relations avec Israël. Par le passé, l’idée de tenir une réunion importante du Congrès juif mondial en Allemagne était souvent controversée, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui », a également souligné M. Thaidigsmann, auprès de l’AFP.

Le président du WJC, Ronald Lauder, doit également tenir un discours dimanche lors du grand rassemblement Porte de Brandebourg. « L’Etat en Allemagne fera tout pour protéger » les juifs qui vivent ici, a promis Mme Merkel, espérant que les gens viendraient nombreux.

Selon le rabbin Daniel Alter, chargé de l’antisémitisme pour la communauté juive à Berlin, les sentiments anti-juifs ont considérablement progressé en Allemagne ces dernières années, même s’ils restent en retrait comparé à la Grèce, la Hongrie ou la France.

Vue sur une place à Sarcelles après les émeutes (Crédit : Cnaan Liphshiz)

Vue sur une place à Sarcelles après les émeutes (Crédit : Cnaan Liphshiz)

« Dès qu’il y a une escalade du conflit israélo-palestinien, on peut observer une haine des juifs qui se manifeste ouvertement dans les rues allemandes », a-t-il dit.

Il rapelle qu’un rapport présenté il y a quelques années au Bundestag avait estimé qu’un antisémitisme larvé touchait un quart de la population allemande. Un chiffre qui montait à 50 % dans la communauté musulmane (qui comptabilise 4 millions de personnes, la plupart originaires de Turquie).

« Pendant longtemps, l’antisémitisme était tabou en Allemagne, ce n’est plus le cas », a observé Alter, soulignant, à titre d’exemple que les lettres antisémites n’étaient souvent plus anonymes, comme par le passé.