L’immigration juive vers Israël depuis les pays d’Europe occidentale continue à augmenter dans un contexte d’antisémitisme croissant. Elle reste toutefois largement peu touchée par la situation sécuritaire au sein de l’état juif, selon une nouvelle étude.

Le JPR (Jewish Policy Research) basé à Londres a publié ses conclusions sur l’immigration juive en Israël, ou alyah, dans un rapport intitulé “les Juifs quittent-ils l’Europe ?”.

Le chercheur Daniel Staetsky y analyse les effets de facteurs variés – dont le chômage, la stabilité politique, l’antisémitisme et la sécurité – sur l’alyah depuis la Belgique, la France, l’Italie, l’Allemagne, la Suède et le Royaume Uni depuis l’établissement de l’Etat d’Israël.

Le rapport détermine que les trois premiers pays étudiés connaissent une hausse sans précédent de l’alyah, ce qui n’est pas le cas des trois derniers autres. La fréquence des incidents antisémites, dont les agressions violentes, a augmenté de manière dramatique dans les six pays depuis le début des années 2000, fait savoir l’étude.

L’alyah depuis la France – un pays ayant 500 000 Juifs et qui, depuis le commencement des années 2000, a offert approximativement 2 000 nouveaux-arrivants par an à Israël – a augmenté très fortement au cours de l’année 2013 et après, avec le départ de plus de 3 000 Juifs.

L’année suivante, ce sont presque 5 000 personnes qui ont décidé de faire leur alyah, suivies par 8 000 l’année dernière et encore 5 000. Une baisse à recadrer dans un temps plus long, qui confirmera si la tendance générale est à la hausse depuis le début des années 2000, avec un pic en 2015, ou si depuis 2016 la tendance est à la baisse.

L’alyah depuis le Royaume Uni reste toutefois stable. Le pays offre plusieurs milliers de nouveaux arrivants en Israël par an.

Au Royaume Uni comme en France, les incidents antisémites, estimés à plusieurs douzaines par an, se sont multipliés et atteignent plusieurs centaines de cas par an depuis les années 2000. Un grand nombre de ces agressions sont commis par des extrémistes musulmans ou arabes, qui qualifient les violences de “ripostes” aux actions menées par Israël. Phénomène que les chercheurs sur ce phénomène appellent le « nouvel antisémitisme ».

Staetsky écrit dans son étude qu’il ne confirme ni ne réfute les affirmations des politiciens et des journalistes selon lesquelles l’antisémitisme serait à l’origine de l’augmentation de l’immigration depuis la France, la Belgique et l’Italie. Il indique malgré tout avoir trouvé une corrélation entre l’alyah et le chômage dans le pays d’origine, ainsi que la stabilité politique.

“On observe tout de suite que les périodes de fort chômage au Royaume Uni correspondent à celles d’importantes migrations de Juifs britanniques vers Israël”, note-t-il.

“Et peut-être de manière surprenante”, ajoute-t-il, sa recherche ne révèle “aucune relation de cause à effet significative entre le niveau d’immigration en Israël et la situation sécuritaire” au sein de l’Etat juif.

« L’hypothèse initiale [de mon équipe] était que toute détérioration de la situation sécuritaire en Israël dissuaderait la venue des migrants potentiels, tandis qu’une amélioration de la même situation rendrait l’immigration plus attrayante ».

Mais, écrit-il, aucune analyse n’est venue soutenir l’existence d’une corrélation entre le niveau d’alyah et le nombre de victimes du terrorisme ou de morts dans les conflits militaires dans lesquels Israël est impliqué.

Staetsky écrit également que les niveaux actuels de l’alyah depuis l’Europe occidentale “ne peuvent pas être qualifiés dans tous les sens du terme d’’exode’”, si on les compare aux précédentes vagues d’immigration juive vers Israël, notamment depuis les pays arabes et l’ex-Union soviétique.