L’ambassadrice américaine aux Nations unies, accuse l’organisme mondial de se cantonner à des partis pris à l’encontre d’Israël, a-t-elle annoncé lundi soir depuis Tel Aviv.

« Les préjugés contre Israël en tant qu’Etat ont largement augmenté, au-delà des préjugés contre Israël en tant qu’idée », indique-t-elle à propos de l’ONU et particulièrement au sujet du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.
« Israël n’est pas traité comme les autres pays », a-t-elle ajouté lors de la séance de questions réponses, tout en maintenant qu’il y a des critiques légitimes de l’Etat juif.

« Le préjugé va bien au-delà d’Israël en tant que pays, Israël en tant qu’idée », a-t-elle déclaré au sujet du Conseil de Droits de l’Homme des Nations unies.

Mais elle affirme que le problème n’est pas les Nations unies, mais ses acteurs.

« Quand nous voyons un préjugé, l’injustice ou la poursuite d’un conflit aux Nations unies, ce n’est pas parce que les Nations unies ont créé tout cela, c’est parce que les Nations unies englobent des gouvernements et des problèmes, et le fait d’être aux Nations unies ne change pas les préjugés de ces gouvernements », explique-t-elle.

Les officiels israéliens se sont longtemps plaints de la partialité de l’ONU à l’encontre de l’Etat juif. Le tout nouveau représentant israélien Danny Danon a récemment accusé l’ONU d’être antisémite dans sa critique d’Israël.

Mais Power a expliqué que le problème n’était pas l’organisme mondial mais les nations qui le composent, en donnant l’espoir d’une amélioration.

Elle s’est exprimée aussi en faveur d’une solution à deux états, et elle a déclaré espérer un jour voir l’état de Palestine aux Nations unies.

Power, dont certains analystes ont vu sa visite comme un signe d’intérêt américain renouvelé dans le redémarrage des pourparlers de paix, admet que la situation n’était pas favorable à de nouvelles négociations, même si les EU continuent à chercher une solution pour les deux Etats.

« Je m’attends à continuer et pour le moment, nous espérons que les parties prendront des mesures de rapprochement afin de reprendre les négociations, ce qui n’est pas le cas actuellement », a-t-elle dit. « Nous nous y consacrerons tant que nous serons en fonction ».

Power a aussi exprimé l’espoir que les étudiants participants au modèle de l’ONU pourraient prochainement être assis derrière une « affiche palestinienne » qui soutiendrait l’importance d’une solution pour deux Etats.
« Vous devez vous efforcer d’avancer côte à côte dans les problématiques les plus difficiles, parce que vous et vos enfants et les générations suivantes récolteront les avantages de la paix que vous aurez construite, ou bien supporteront la souffrance des conflits en cours », a-t-elle insisté auprès des élèves.

Plus tôt dans la journée, Power a rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui lui a vivement recommandé d’inciter le monde à agir contre ce qu’il dit être l’incitation palestinienne officielle à la violence, stimulant une vague d’attaques qui a bouleversé le pays depuis ces derniers mois.

Power a également rencontré le président Reuven Rivlin qui lui a demandé de transmettre un message à Abbas sur la volonté qu’a Israël de renouveler les pourparlers.

« Il doit comprendre le conflit entre nous – la tragédie entre nous – peut seulement être résolue par des négociations directes. Aucune solution ne peut être imposée à chaque camp et nous devons être en pourparlers pour arriver à une compréhension. »

Power a dit à Rivlin qu’elle a voulu entendre ses idées afin de ramener les parties à la table des négociations.
« A une époque difficile et tragique dans laquelle tant de familles israéliennes et palestiniennes ont souffert, je tiens à écouter vos réflexions sur la manière dont les rapports tendus peuvent être calmés, et comment nous pouvons revenir sur la voie d’un espoir qu’une solution peut être négociée », a-t-elle dit, selon une déclaration du bureau de Rivlin.

Samedi, Power s’est entretenue à Ramallah avec le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah pour discuter de la sécurité régionale et des questions humanitaires, aussi bien qu’en avançant sur le sujet de solutions pour les deux Etats.

« L’Ambassadrice Power a souligné notre soutien continu aux Palestiniens, a condamné la récente violence et a vivement recommandé aux leaders des deux parties de prendre des mesures afin de réduire la tension et de rétablir le calme », une déclaration de son bureau.

Samantha Power, à l'école bilingue Max Wayne, Yad-be-Yad, le 15 février 2016 (Crédit : Marissa Newman/Times of Israel)

Samantha Power, à l’école bilingue Max Wayne, Yad-be-Yad, le 15 février 2016 (Crédit : Marissa Newman/Times of Israel)

Avant de prendre la parole à Even Yehuda, Power a visité l’école juive-arabe Max Wayne Yad-beyad à Jérusalem. Elle a rencontré des élèves de classe de CP, des lycéens et a participé à un cours de musique, à un match de basket, s’est entretenue avec des adolescents et a regardé un match de football.

Parlant à six lycéens – juifs, chrétiens et musulmans – Power leur a fait l’éloge d’être « les meilleurs ambassadeurs que la paix peut avoir ».

Power – qui a visité l’école avec l’Ambassadeur américain en Israël, Dan Shapiro – a demandé aux élèves de lui raconter leurs expériences à l’extérieur de l’école, quand ils rentrent dans leurs quartiers respectifs, juifs ou arabes, et comment ils ont vécu l’incendie criminel dont leur école a été la cible en 2014 d’extrémistes juifs.

« La peur est naturelle », a-t-elle dit, insistant sur la vague de terreur récente depuis octobre 2015, dans laquelle plus de 30 israéliens ont été tués dans des agressions presque quotidiennes à coups de couteau, des fusillades et des attaques à la voiture-bélier.

« Nous, aux États-Unis, n’avons seulement vécu qu’une attaque terroriste en Californie », a-t-elle ajouté, se référant aux coups de feu de San Bernardino. « La population commençait à s’inquiéter et à établir les profils de chaque individu, parce que c’est nouveau pour nous ».

Mais la manière de surmonter la peur, a indiqué Power, est de regarder les gens en face.

« Cela détruit les murs, les chambres d’écho » et deviendra la chose la plus importante pour arriver à un accord de paix à long terme, a-t-elle dit.

En s’adressant aux élèves et félicitant l’école de favoriser la coexistence, Power a été interrompue par la sonnerie de l’école – un air discret, doux et lent. Cette sonnerie, dit en plaisantant le représentant des EU, « vous dit tout ce que vous devez savoir sur l’école ».