Avraham Mengitsu, un Israélien d’origine éthiopienne, qui a traversé seul la frontière vers Gaza aux mains du Hamas en septembre dernier, n’est pas Gilad Shalit, et la société israélienne de 2015 n’est pas la société israélienne de juin 2006, lorsque Shalit a été enlevé, comme une poupée de chiffon, à travers la frontière.

Il y a de nombreuses différences. La Commission Shamgar, qui a achevé son rapport en 2012, a présenté des directives pour les échanges de prisonniers d’Israël, soustrayant les preneurs de décisions d’une partie de la pression de la société.

Les terroristes libérés dans l’échange Shalit, y compris Salah Arouri en Turquie, qui est en charge de la Cisjordanie pour le Hamas, sont de retour aux affaires.

Les circonstances dans lesquelles Mengistu est tombé entre les mains du Hamas, en traversant la barrière de sécurité de son plein gré, sont bien différentes. Et, en fin de compte, la famille elle-même ne semble pas vraiment prête à organiser une campagne massive d’opinion publique, qui exerce à la fois une pression sur le gouvernement et augmente les prix demandés par les terroristes.

Il est certain que la proportion 1 027 prisonniers arabes en échange d’un otage israélien n’a pas commencé en octobre 2011 avec le retour de Shalit, un caporal de véhicule blindé qui a été capturé dans son tank lourdement armé, sans résistance.

Le 5 février 1957, un an après la guerre de Suez, Israël a transféré 5 500 prisonniers de guerre égyptiens vers l’Egypte en échange du retour d’un pilote et de trois soldats.

Ensuite, en fonction de circonstances, le prix a fluctué. Depuis 1985, l’élément constant est que les groupes terroristes ont toujours exigé des prix exorbitants, et ces exigences ont toujours été accordées presque intégralement.

Le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah a fait des cours visant à tourmenter et à manipuler la société israélienne.

Karnit Goldawasser, la veuve du soldat enlevé Udi Goldwasser, a qualifié le matin de juillet 2006 dans lequel Israël, toujours incertain de savoir si Goldwasser et son camarade Eldad Regev étaient vivants, a échangé quatre terroristes, 199 corps, et l’assassin brutal Samir Kunter pour deux corps de soldats, de « spectacle d’horreur ».

Kuntar dirige aujourd’hui des groupes terroristes pour le Hezbollag dans le nord du plateau du Golan. Israël a payé un prix très élevé en 204 pour trois soldats mors et un trafiquant de drogue, Elhanan Tannenbaum, qui avait voyagé vers Dubaï avec un faux passeport fourni par un autre trafiquant de drogue du Liban.

Et pourtant, le changement dans la société et les circonstances de l’enlèvement de Mengitsu, et celui d’un Bédouin anonyme également détenu à Gaza, peuvent rendre l’affaire différente.

La Commission Shamgar représente une première raison. Mise en place en 2010 par le ministre de la Défense d’alors Ehud Barak et dirigée par le président de la Cour Suprême à la retraire Meir Shamgar, la commission a proposé des plans aux dirigeants pour savoir comment négocier les échanges de prisonniers.

« Nous n’avons pas seulement traité la question de comment terminer des négociations mais aussi la question de savoir s’il faut négocier, quelles sont les limites possibles et qui sont les preneurs de décisions », a déclaré Shamgar en janvier 2012.

Le rapport est classé secret défense, mais le site d’information israélien Ynet a indiqué à sa publication qu’il plaçait la gestion des cas de prisonniers de guerre entre les mains du ministre de la Défense. Conserver une distance par rapport au preneur de décision final semblait sage dans la mesure où cela limite la pression émotionnelle sur le Premier ministre.

Le professeur Asa Kasher, un des trois membres de la commission, a déclaré dans un entretien téléphonique jeudi que la manière avec laquelle la campagne d’opinion publique pour Shalit avait été menée était « irresponsable et dangereuse » et qu’il croit qu’Israël a changé depuis lors.

Jusqu’à quel point ? « Le temps nous le dira ».

Une autre différence concerne la famille des otages. Une source des services de sécurité a clairement expliqué jeudi que la famille d’Avrahm Mengistu a eu une longue rencontre avec le ministre de la Défense Moshe Yaalon et le président Reuven Rivlin.

La famille a été tenue informée des derniers éléments. Un ancien officier de l’armée qui a travaillé avec des familles de prisonniers de guerre a été nommé par le ministère de la Défense pour aider la famille à gérer les difficultés émotionnelles et stratégiques du processus de négociation.

L’affaire est pourtant restée secrète pendant plus de 10 mois. Comment l’expliquer ? Certains ont rapidement accusé les responsables israéliens de racisme. Si Mengitsu venait d’une famille blanche, et non éthiopienne, la réponse aurait été beaucoup plus rapide, ont-ils accusé. Mais l’histoire est beaucoup plus complexe.

Premièrement, Mengistu a traversé la frontière de sa propre volonté, il n’était pas en poste là-bas en tant que soldat et n’a pas été capturé sur le territoire israélien.

Ensuite, le silence pourrait avoir beaucoup plus avec le tempérament qu’avec l’ethnicité. A ce sujet, le cas de Miriam Grof, la mère du soldat capturé, a pu marquer un changement.

Le ministre de la Défense de l’époque Yitzhak Rabin aurait déclaré qu’il avait signé l’Accord Jibril en 1985 parce qu’il ne pouvait plus faire face à Miriam Grof, dont le fils Yoske, un soldat de la brigade Nahal, avait été capturé lors de la guerre du Liban en 1982.

« Je ne voulais pas être une héroïne et je ne veux toujours pas l’être », a déclaré Miraim Grof au groupe de soutien de prisonniers de guerre Erim Balaila en 2007. « Tout ce que je voulais, c’était une chose : le retour de mon fils sain et sauf à la maison ».

Grof a effectivement agi sans relâche et souvent contre les souhaits du gouvernement. De nombreux parents de prisonniers de guerre ou d’otages, dans les années suivantes, ont suivi son exemple.

Cela a changé en juin dernier avec la retenue montrée par les parents de trois adolescents israéliens enlevés et assassinés. Puis cela a continué avec la décision de chefs rabbins de l’armée de déclarer morts les deux soldats disparus au combat lors de la guerre de l’année dernière à Gaza, et la volonté de leurs familles de l’accepter et de conserver le silence dans l’année qui a suivi.

Selon une source des services de sécurité, le Hamas essaiera maintenant d’ajouter Mengistu à un accord et donc d’augmenter le prix du retour des deux corps, ou, peut-être, révéler qu’il n’est plus détenu par l’organisation.

Dans tous les cas, Israël, par ses actions au cours de l’année passée, espère montrer par l’exemple que la force de l’enlèvement, comme une arme visant uniquement à attaquer Israël en son cœur, diminue.