Cela faisait plusieurs années que le sujet trottait dans la tête de l’écrivain Gérard de Cortanze, ex-Prix Renaudot en 2002. Le point d’ancrage de son roman ? Un massacre de 5000 juifs perpétré par des musulmans dans la nuit du 31 décembre 1066.

Si cet événement fait partie des grandes tragédies de l’histoire espagnole avant l’Inquisition, l’auteur affirme qu’il a fait l’objet de peu d’études. Spécialiste de l’Italie mais aussi hispanophile, Gérard de Cortanze s’est lancé dans l’écriture de ce roman historique « en refusant de prendre les chemins habituels ».

« On nous rabat souvent les oreilles avec cette soi-disant entente parfaite entre les trois religions en Andalousie, avant les années Torquemada [le premier Grand Inquisiteur de l’Inquisition espagnole, de 1483 à 1498]», observe-t-il. « Cela est redondant et faux. La convivencia, [la cohabitation entre les trois religions du Livre en Espagne], est un mythe et a été très fantasmée par les historiens. »

L'écrivain Gérard de Cortanze (Crédit : Witi De Tera/Opale/Editions Albin Michel)

L’écrivain Gérard de Cortanze (Crédit : Witi De Tera/Opale/Editions Albin Michel)

Gérard de Cortanze pointe du doigt notamment le statut de dhimmi, attribué aux juifs et aux non-musulmans. « Un statut de sous-homme », note l’écrivain, sensé apporter protection à la population juive, en échange d’un grand nombre d’interdictions.

Au-delà du massacre, ce livre est avant tout une histoire d’amour, directement inspirée du grand classique de Shakespeare, Roméo et Juliette. Echappant à la tuerie, la jeune Gâlâh, fille d’un talmudiste et haut responsable du gouvernement, tombe amoureuse de Halim, un poète musulman.

Après avoir fui Grenade, l’épopée de Gâlâ commence. De Séville à Lisbonne, en passant par Oran et Paris, le personnage va traverser les âges, de 1066 à nos jours, à la manière du « gilgoul ha nechama » – en hébreu, « l’âme qui voyage » –, explique l’auteur.

Pourquoi étendre le récit sur plusieurs siècles ? « Car ce livre est une réflexion sur l’antisémitisme. Je m’interroge, via la fiction, pourquoi le juif a été toujours un bouc émissaire à travers les siècles, mais je n’ai toujours pas de réponse » ajoute-t-il.

Citant l’affaire Dieudonné, l’écrivain estime que l’antisémitisme et le racisme ont pour conséquence directe « l’implosion de l’identité française ». « Même si ce livre est un roman, c’est avant tout un ouvrage engagé et politique », dit-il. « Je ne veux pas tomber dans l’anachronisme historique et comparer un massacre qui a eu lieu en 1066 et la tuerie de Mohamed Merah à Toulouse, mais on ne peut nier la continuité entre ces deux actes. »

En tant que fils de réfugiés italiens, Gérard de Cortanze raconte qu’il a vécu l’intolérance et l’exclusion « dans sa chair ». « Ce livre est ma façon de participer à la lutte contre les intégrismes religieux de tout bord. Parfois, il faut décrire la guerre et comprendre ses causes pour mieux faire la paix », conclut-il.

L’an prochain à Grenade, de Gérard de Cortanze. Publié le 3 janvier 2014 aux Editions Albin Michel, 421 pages, 22,50€