La hausse de l’antisémitisme est devenue de notoriété publique aux Etats-Unis cette semaine, en raison d’un article paru dans l’hebdomadaire américain Newsweek du 29 juillet : « L’Exode : pourquoi les Juifs d’Europe s’enfuient-ils de nouveau ? »

Ecrit par Adam LeBor, un journaliste et auteur de livres de fictions et de non-fictions, l’article donne un aperçu de l’ambiance de plus en plus lourde – et même parfois dangereuse – dans laquelle vivent beaucoup de Juifs d’Europe.

Cet article inclut les voix des dirigeants de la communauté juive, des statistiques qui prouvent la montée de l’antisémitisme et des citations de la presse juive. L’édition imprimée a aussi publié une interview de Moriah Haddad-Rodriguez, une immigrée israélienne dont la photo est en couverture.

Le 4 août, dans une interview avec la Dixième chaîne israélienne, Haddad-Rodriguez a révélé les dessous de la séance photo. On lui expliqué en détail comment elle devait être habillée pour la séance dans son appartement, raconte-t-elle. On lui avait même demandé d’avoir sous la main une valise vide.

Le journaliste qui l’interviewait lui a demandé : « Si je comprends bien, vous étiez censée être une Juive errante ».

« Oui, l’idée était de ‘choquer’ le monde et je crois que la photo a fait le travail. Beaucoup m’ont affirmé que je ressemblais à une réfugiée de l’Holocauste qui s’était enfuie », explique Haddad-Rodriguez.

(L’auteur de l’article de Newsweek, LeBor, n’est pas d’accord. « Je ne pense pas qu’elle ressemble à une réfugiée de l’Holocauste de près ou de loin. Elle ressemble à une jeune fille prospère, en bonne santé, prête à s’embarquer dans une nouvelle aventure », a-t-il déclaré au Times of Israel par téléphone.)

Haddad-Rodriguez, qui est active dans une organisation pour les immigrants juifs en Israël, affirme avoir été contactée par LeBor après la fusillade au musée juif de Bruxelles le 24 mai. Pour l’article, on l’a interrogée sur son enfance en Belgique et on lui a demandé pourquoi elle avait immigré en Israël.

En Belgique aujourd’hui, explique-t-elle à Gil-Har, les endroits où elle se promenait sans crainte avec son frère (qui porte une kippa) lorsqu’elle était enfant sont devenus des lieux où les Juifs ont peur d’aller en revêtant des symboles juifs.

Elle a raconté à Gil-Har que l’ambiance en Belgique lui rappelle celle « de l’Europe en 1939 », avec une grande différence : « Israël est fort et nous protège ». Si, à une époque, l’idéologie sioniste était la raison d’immigrer, affirme-t-elle, maintenant l’antisémitisme en est devenu le moteur.

Dans Newsweek, LeBor traite des « points chauds » de l’Europe antisémite – la France, la Hongrie, la Grèce – et parle aussi de l’inquiétude grandissante au Royaume-Uni.

LeBor, qui vit à Budapest, relève deux villes où, contre toute attente, la vie juive se revivifie : Berlin et Budapest.

« A Berlin et Budapest, la vie juive est florissante. L’épicentre de l’Holocauste semble être un endroit inattendu de renaissance juive. Mais la capitale allemande est l’un des seuls lieux du monde où la communauté juive s’agrandit rapidement, forte de plusieurs dizaines de milliers [de Juifs]. Il y a ce sentiment croissant parmi les jeunes Allemands que la ville est incomplète sans présence juive, surtout dans le domaine des arts, de la culture et de la littérature. La gloire des jours précédant la guerre ne pourra jamais être rétablie, mais on peut s’en souvenir et l’utiliser comme une source d’inspiration pour créer une nouvelle forme de culture judéo-allemande. »

LeBor explique que la résurgence de la vie juive en Allemagne est due principalement à l’afflux de Juifs israéliens et russes, qui décrit-il, est une évolution relativement récente qui a permis à la communauté de s’agrandir en nombre, par rapport à la dernière décennie.

Le Professeur Robert Wistrich, expert en antisémitisme et directeur du centre Vidal Sassoon d’étude sur l’antisémitisme à l’Université hébraïque de Jérusalem, n’est pas d’accord avec le tableau reluisant de la vie des Juifs d’Allemagne que dépeint LeBor. Une opinion qu’il a partagée lors d’une entrevue téléphonique avec le Times of Israel.

« La plupart des gens jusqu’à présent ont été totalement séduits et ont perdu leur faculté de critique [lorsqu’il s’agit de l’Allemagne]. Ils appellent Berlin ‘la Mecque de la jeunesse israélienne’. Je ne conteste pas la véracité de ces faits mais c’est une vision très étroite ».

LeBor, avec tout le respect qu’il lui doit, désapprouve la déclaration de Wistrich et affirme que « si un grand nombre de jeunes Israéliens viennent vivre à Berlin, c’est que clairement, ils ne se sentent pas menacés ».

L’opinion de LeBor est évidemment influencée par le fait qu’il soit un Juif vivant à Budapest. Mais il pense que le langage incendiaire pour décrire [l’antisémitisme en Europe], comme affirmer que l’Europe est au bord « d’un nouvel Holocauste » ou appeler l’antisémitisme une « infection », n’est pas productif.

« C’est absurde de dire qu’un nouvel Holocauste va arriver », affirme-t-il.

S’il pense qu’on doit débattre du problème de la croissance de l’antisémitisme, il ne pense pas que ce soit la seule manière de parler des Juifs d’Europe.

« Je ne pense pas que la vie juive doit être uniquement définie par l’antisémitisme. Ça ne doit pas être le seul prisme à travers lequel on doit la regarder », affirme LeBor.