La future attitude de l’Egypte envers la bande de Gaza, une question rarement mentionnée comme un point clé de la discorde entre Israël et l’Egypte, peut entraîner la fin du cessez-le-feu bancale vendredi matin, si l’on en croit des fuites des négociations au Caire.

« Il n’y a pas d’accord pour prolonger le cessez-le-feu », a écrit Moussa Abu Marzouk, l’assistant du chef du bureau politique du Hamas et participant aux négociations au Caire, sur Facebook mercredi soir, relevant la barre si les négociations ne parvenait pas à répondre à la liste d’exigences du mouvement.

Un jour plus tard, un officiel des services de sécurité égyptien a déclaré que la délégation palestinienne refusait les compromis. L’officiel des services de sécurité égyptiens, qui s’est exprimé sous condition de conserver l’anonymat parce qu’il n’était pas autorisé à parler aux médias, a expliqué jeudi que la position de la délégation palestinienne s’était renforcée après l’arrivée au Caire des dirigeants du Hamas et du Jihad islamique dans la bande de Gaza.

Il a déclaré qu’Azzam al-Ahmad, le dirigeant de la délégation et le représentant de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas soutenue par l’Occident, avait menacé de se retirer des négociations si les deux groupes terroristes ne montraient pas plus de « flexibilité », ajoutant que la délégation, qui devait quitter le Caire jeudi, resterait tout le week-end.

Jeudi soir, le Hamas a annoncé qu’il reprendrait ses attaques contre Israël vendredi matin si ses exigences de fin de blocus sur Gaza n’étaient pas accordées – et c’est qui s’est passé lorsqu’une roquette a été tirée sur Eshkol cette nuit.

Une des exigences clés du Hamas a toujours été la « réouverture des passages », souvent utilisés comme une abréviation pour l’ouverture permanente du passage de frontière de Rafah avec l’Egypte. Rafah, l’unique portail depuis Gaza vers le monde arabe, est resté largement fermé depuis l’explusion du président égyptien et chef des Frères musulmans, Mohammed Morsi, en juillet 2013.

La fermeture, comme le chaos et le confusion dans le terminal lors des quelques heures de son ouverture, sert comme une source de colère sans fin dans Gaza pour les nombreuses personnes cherchant un traitement médical, à étudier et à voyager à l’étranger.

Les Palestiniens attendant d'aller en Egypte au passage frontalier de Rafah à la frontière entre le sud de la bande de Gaza et l'Egypte le 17 juin 2014 (Crédit : Abed Rahim/Flash90)

Les Palestiniens en attente d’aller en Egypte au passage frontalier de Rafah à la frontière entre le sud de la bande de Gaza et l’Egypte le 17 juin 2014 (Crédit : Abed Rahim/Flash90)

Le point de passage de Rafah était géré par Israël jusqu’au retrait israélien de la bande de Gaza en 2005 lorsqu’il a été transféré à l’Autorité palestinienne. En juin 2007, le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza en renvoyant l’Autorité palestinienne du point de passage et en poussant les observateurs de l’Union européenne sur place à partir. Jeudi, l’UE a proposé de réactiver la force de supervision d’EUBAM à Rafah et d’ouvrir en permanence le point de passage.

Selon le ministre de l’Intérieur de Gaza, au cours des derniers mois, le passage a été fermé pour un total de 175 jours et ouvert 42 seulement. Les données collectées par Gisha, et certaines ONG israéliennes travaillant avec une liberté de mouvement dans Gaza, sont aussi peu réjouissantes. Les passages entre Gaza et l’Egypte ont chuté de 84 % depuis la chute des Frères musulmans en Egypte : d’une moyenne de 40 000 passages par mois au cours des six premiers mois de 2013 à une moyenne de 6 500 depuis juillet 2013.

Israël voudrait que Gaza dépende plus de l’Egypte pour subvenir à ses besoins. La Coordination des activités du gouvernement dans les Territoires (COGAT), la branche de l’armée traitant avec les affaires palestiniennes civiles, n’est pas satisfaite de l’actuel « monopole » israélien sur l’entrée des marchandises et des produits de consommation dans la bande à travers le passage de Kerem Shalom, selon les informations de sources officielles fournies au Times of Israel.

Pourtant, l’Egypte est réticente à changer sa politique actuelle de fermeture, tout comme elle ne souhaite pas discuter le développement du point de passage de Rafah pour permettre une utilisation commerciale.

Qais Abdul Karim, un membre de l’équipe palestinienne des négociations au Caire pour la Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP), a déclaré au Hamas mercredi que la question de l’ouverture du passage de Rafah avait été retirée du programme des négociations au Caire. Le Hamas a présenté le refus de discuter de Rafah comme une décision égypte injuste.

Citant une « source fiable », le quoditien du Hamas Al-Resalah a annoncé jeudi que l’Egypte avait informé les factions palestiniennes au Caire de sa décision d’exclure la question du passage de Rafah des négociations. « La partie égyptienne a refusé de considérer la fermeture des passages comme faisant partie du siège imposé sur Gaza », a déclaré la source d’Al-Resalah, ajoutant que l’Egypte serait prête à réactiver le passage « dès qu’il serait passé sous le contrôle de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas et du gouvernement d’union ».

« En refusant de considérer la passage de Rafah comme faisant partie du siège, les Egyptiens ne veulent clairement pas lever le siège complètement ou partiellement », a accusé Al-Resalah.

Selon toute évidence, l’Egypte ne se considère pas comme un élément de la solution de la crise à Gaza. Interrogé mercredi sur la vision du Caire quant à l’issue des négociations, le ministre des Affaires étrangères égyptien Sameh Shukri a parlé du besoin de reconstruire Gaza et de fournir une aide humanitaire à sa population, et « pour les autorités israéliennes d’ouvrir les passages et de lever le siège ».

Malgré cela, contrairement à l’Egypte, les autorités israéliennes n’ont jamais fermé les passages à Gaza tout au long de l’opération Bordure protectrice. Même lorsque les mortiers tombaient sur le passage d’Erez au nord (utilisé pour un trafic piéton) et dans le passage du sud de Kerem Shalom (utilisé pour les produits), les camions ont continué à entrer dans la bande et les passagers ont continué à entrer et à sortir du territoire.

Selon la COGAT, plus de 1 500 camions chargés de produits et de médicaments sont entrés dans la bande de Gaza depuis le 8 juillet, lorsque l’opération a commencé. Plus de 3 000 civils ont traversé par Erez dans les deux directions, près de 1 000 d’entre eux pour des raisons médicales.

Gisha, l’ONG israélienne, a appelé Israël à augmenter l’import et l’export vers et depuis Gaza, et à permettre une sortie plus libre de la bande pour les civils, Actuellement, la plupart des patients et les membres de leur famille peuvent traverser vers Israël. Cela constitue moins d’1 pour cent du trafic avant septembre 2000, quand la deuxième Intifada a commencé.

Il y a une question bien plus large en jeu ici, à savoir le futur des relations de l’Egypte avec le Hamas. A sa frontière, l’Egypte voudrait traiter uniquement avec Abbas et l’Autorité palestinienne, jamais avec leurs rivaux islamistes.

Interrogées pour savoir si l’Egypte considérerait coopérer avec l’organisation palestinienne (après l’avoir qualifiée d’organisation terroriste en mars), les sources égyptiennes ont déclaré à A-Sharq Al-Awsat jeudi qu’il « est beaucoup trop tôt pour discuter de ce sujet » qui pourrait avoir un impact négatif sur les négociations de cessez-le-feu.

Le Hamas, de son côté, semblait jeudi lassé de la médiation égyptienne, continuant à se tourner vers la Turquie et le Qatar comme des acteurs alternatifs si les négociations au Caire échouaient.

« Malgré la position égyptienne, qui traite négativement les demandes des factions [palestiniennes], les observateurs croient que sa position pourrait changer à cause de l’insistance des représentants du Hamas sur les exigences palestiniennes, tout particulièrement en considérant qu’il y a d’autres médiateurs, la Turquie et le Qatar, prêts à prendre un rôle alternatif si les négociations au Caire échouaient », pouvait-on lire dans Al-Resalah, le journal du Hamas.

Jeudi matin, en effet, Moussa Abu Marzouk, un officiel du Hamas, signalait que son mouvement était prêt à quitter la table de négociations.

« Si la paix a un jour eu une chance, elle a été perdue avec les membres de nos enfants et les pierres de nos maisons », a-t-il écrit sur Facebook. « Il n’y a aucune garantie sur ce qui est accordé si ce n’est les armes de la résistance. L’Amérique n’est pas un garant depuis qu’elle a décidé du siège et a fourni des armes pour la destruction ».