NEW YORK – Aux Etats-Unis, pas une semaine ne semble se passer sans attaques – verbales ou physiques – contre des Juifs.

« Malheureusement l’antisémitisme est revenu à la mode, » a déclaré au Times of Israel, le rabbin Joseph Potasnik, vice-président exécutif du New York Board of Rabbis [Le Conseil des Rabbins de New York].

« Ce n’est pas considéré comme un drame de haïr les Juifs. Le premier groupe qui est attaqué ce sont les Juifs. »

Cette semaine, une femme de Boise a attaqué sa voisine juive et ne l’a pas lâchée jusqu’à ce qu’elle dise qu’elle croit en Jésus. Également cette semaine, des croix gammées ont été peintes à la bombe sur une trentaine de maisons à Madison, dans le Wisconsin.

En janvier, des manifestants pro-palestiniens ont pris d’assaut une réunion du Conseil municipal de New York qui débattait d’une résolution commémorant le 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz.

Quelques jours plus tard, en Californie, deux croix gammées ont été peintes sur le mur et sur la porte de la fraternité juive Alpha Epsilon Pi (AEPi) à l’Université de Californie à Davis.

Le rabbin de New York relie ces récents exemples d’antisémitisme à l’échelle nationale à ce qui se passe dans le reste du monde.

L’attaque terroriste cette semaine devant une synagogue au Danemark dans lequel un terroriste de 22 ans a tué le garde bénévole Dan Uzan est le dernier d’une série de violenrs incidents violents en Europe.

Les États-Unis ne sont pas à l’abri de ce fléau.

Pour Eric S. Goldstein, le directeur général de l’UJA-Federation de New York, « le monde est témoin d’une augmentation alarmante des actes d’antisémitisme, et nous devons faire tout ce que nous pouvons pour répondre à cette menace grandissante. L’histoire nous a montré les conséquences du silence ».

L’Anti-Defamation League (ADL) a mis en garde dans un récent communiqué contre les éventuelles ramifications.

« Il doit y avoir une compréhension claire et constamment renforcée et maintenue que la haine, le fanatisme et les préjugés contre les Juifs, qui menacent l’avenir de la vie juive dans de nombreux endroits, est en fait une attaque contre le bien-être et le sentiment de sécurité de toutes les minorités et de la société dans son ensemble », peut-on lire dans le communiqué de l’ADL.

Et tandis que le nombre peut fluctuer aux États-Unis d’année en année, le fait est que plus de la moitié des crimes haineux motivés par la religion visent les Juifs et les institutions juives.

« Il est très inquiétant que près de 60 % des crimes à caractère religieux sont contre les Juifs », a déclaré Michael Lieberman, directeur du Centre de planification de la politique des droits civils de l’Anti-Defamation League.

Sur les 5 928 incidents de crimes haineux signalés au FBI en 2013, les crimes motivés par la religion représentaient 1 166 des infractions signalées, avec 56,7 % identifiés comme des cas anti-juifs. (Ce sont les statistiques les plus à jour fournies par le FBI.)

15 000 des 18 000 brigades de police des États-Unis ont transmis leurs données au FBI pour ce rapport.

Moins de crimes de haine anti-juifs ont été enregistrés en 2013 qu’en 2012, avec 6 573 cas signalés. Toutefois, le nombre réel pourrait être plus élevé parce que le FBI ne s’appuie que sur des déclarations volontaires pour recueillir ses données.

« C’est un point positif, que le nombre soit en baisse ces deux ou trois dernières années. Mais les types de crimes et les niveaux de violence perpétrés contre les Juifs dans la Diaspora sont sans précédent », a déclaré Paul Goldenberg, le directeur du Secure Community Network SCN, l’initiative internationale de sécurité intérieure des Fédérations juives d’Amérique du Nord.

En avril 2014, quatre personnes ont été assassinées devant un centre juif à Kansas City. À la fin août, un couple visiblement juif, a été attaqué dans l’Upper East Side à New York par une bande portant des drapeaux palestiniens.

Voitures de police stationnées devant le Village Shalom, où l'une des trois victimes a été abattue par un homme armé, qui a ouvert le feu le 13 avril 2014 à Leawood, Kansas (Crédit : Jamie Squire/Getty Images/AFP)

Voitures de police stationnées devant le Village Shalom, où l’une des trois victimes a été abattue par un homme armé, qui a ouvert le feu le 13 avril 2014 à Leawood, Kansas (Crédit : Jamie Squire/Getty Images/AFP)

Pourtant, Goldenberg dit, qu’en dépit de ces incidents, « la communauté juive continue de fonctionner ».

Goldenberg est récemment rentré de Paris où il a discuté avec la Police nationale française et la communauté juive française à la suite des attaques de janvier.

Aux États-Unis, Goldenberg dit que le ministère de la Sécurité intérieure et la majorité des forces de police locales travaillent avec la communauté juive sur la façon de se comporter et de réagir quand il y a une menace.

« Lorsque quelque chose arrive, disons que quelqu’un peint une croix gammée sur une synagogue, nous ne voulons pas que la première réaction soit de l’effacer. Oui, il faut le faire absolument, mais il faut d’abord appeler la police », demande Lieberman de l’ADL.

Ensemble avec les gouvernements européens et le ministère américain de la Sécurité intérieure, le SCN de Goldenberg a développé une stratégie de sensibilisation et d’engagement basée sur la loi nationale, avec la mot d’ordre communautaire vieux de 2 ans : « Si vous voyez quelque chose, dites quelque chose ».

Les communautés juives, aux États-Unis, n’hésitent pas à signaler les crimes haineux. Elles ont confiance aux autorités.

L’ADL a réitéré la nécessité d’une telle coopération dans un récent communiqué : « Le gouvernement et les dirigeants politiques doivent donner le ton et consacrer leur capital politique pour encourager tous les secteurs de la société à reconnaître les grands dangers causés par les expressions de haine et s’engager ensemble pour lutter contre le fléau. »

Pour Lieberman de l’ADL, cette réponse intercommunautaire est vitale. « Ce n’est pas seulement aux Juifs de lutter contre l’antisémitisme. »