WASHINGTON (JTA) — L’Autorité palestinienne (AP) attend de l’administration Trump qu’elle opte pour la solution à deux états.

« Il est nécessaire qu’elle nous dise vers quoi diable elle se dirige », a dit jeudi Husam Zomlot, envoyé de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington à l’occasion d’une réunion dans son bureau avec les journalistes. « Il est temps que nous l’entendions de sa part ».

Zomlot a expliqué qu’une délégation américaine de haut-rang incluant Jared Kushner, gendre du président Donald Trump et son haut-conseiller chargé de la paix au Moyen-Orient, Jason Greenblatt, chargé des négociations de Trump à l’international et Dina Powell, consillère-adjointe à la sécurité nationale, rencontrerait le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et l’équipe de négociation palestinienne le 24 août à Ramallah.

Cette rencontre aura lieu au terme d’un séjour au cours duquel les responsables américains rencontreront d’autres leaders israéliens et régionaux, notamment venus d’Egypte et d’Arabie saoudite.

De gauche à droite : Jason Greenblatt, conseiller du président américain Donald Trump en charge des négociations internationales, David Friedman, ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Jared Kushner, conseiller de Trump en charge du Moyen Orient, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et Ron Dermer, ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis, à Jérusalem, le 21 juin 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

De gauche à droite : Jason Greenblatt, conseiller du président américain Donald Trump en charge des négociations internationales, David Friedman, ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Jared Kushner, conseiller de Trump en charge du Moyen Orient, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et Ron Dermer, ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, à Jérusalem, le 21 juin 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Zomlot a expliqué que pour l’Autorité palestinienne, la meilleure issue restait un engagement envers la solution à deux états. Trump avait rapidement pris ses distances face à la solution à deux états – qui a été l’axe choisi par la politique étrangère américaine depuis 2002 – après avoir pris ses fonctions à la présidence au mois de janvier. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s’était engagé en faveur d’une solution à deux états en 2009, a également depuis gardé le silence sur cette option. Une majorité au sein du cabinet de Netanyahu s’oppose à l’existence de deux états.

« Une solution à deux états présente un équilibre international, elle est soutenue au niveau régional et réunit un consensus global », a expliqué Zomlot. « Et nous leur disons donc que nous avons un point de départ, et qu’abandonner ce point de départ qui a été défini est la pire des choses qu’ils pourraient décider ».

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Zomlot a ajouté que l’Autorité palestinienne voulait deux états sur la base des frontières de 1967 et voulait entendre de la part de l’administration Trump comment gérer au mieux les facteurs susceptibles de mettre en péril une issue pacifique, notamment les implantations juives, la crise humanitaire à Gaza et les tensions religieuses sur le mont du Temple, que les Juifs et les musulmans considèrent tous deux comme un lieu saint.

« Ce ‘comment’ est crucial », a-t-il dit.

Il a poursuivi en disant qu’à la suite de négociations sérieuses, « le gouvernement de consensus palestinien aura la charge de deux choses : mettre un terme à la situation à Gaza, à cette situation sans précédent à Gaza, et, dans les meilleurs délais, convoquer des élections nationales palestiniennes ».

Une obstruction majeure à l’avancée des négociations de paix a été l’absence de contrôle de l’Autorité palestinienne sur la bande de Gaza, que le groupe terroriste du Hamas contrôle sans partage. Abbas et l’Autorité palestinienne ont fait pression sur l’enclave côtière en réduisant les approvisionnements de base à ses gouvernants du Hamas, notamment en électricité.

Zomlot n’a pas précisé ce que ferait l’Autorité palestinienne si la délégation des Etats-Unis ne parvenait pas à déterminer le but final poursuivi par les négociations, mais a expliqué que l’incertitude pourrait mener l’AP à retourner chercher la reconnaissance internationale pour son état – une posture rejetée par Israël et les Etats-Unis de manière catégorique – ou à durcir la résistance palestinienne face à Israël. Il a noté que cette résistance serait « pacifique ».

Zomlot a déclaré qu’il avait une impression globalement positive de Trump et de ses négociateurs, affirmant que ces derniers avaient pris en compte les positionnements palestiniens avec attention et que l’engagement de Trump à aboutir à un accord plutôt qu’à simplement perpétuer le processus politique était une bonne chose.

« C’est la personnalité même du président Trump – nous pensons qu’il est celui qui pourrait franchir le cap, qui pourrait faire pression sur toutes les parties », a-t-il déclaré.

Zomlot et l’Autorité palestinienne semblent s’appuyer sur les pressions que pourrait exercer Trump en faveur de la solution à deux états. Zomlot a clairement établi qu’il ne pensait pas que Netanyahu aurait seul les moyens de faire avancer les négociations sur le statut final.

Taylor Force, 29 ans, étudiant en thèse à l’université Vanderbilt, a été tué le 8 mars 2016 dans une attaque terroriste à Jaffa. (Crédit : Facebook)

Taylor Force, 29 ans, étudiant en thèse à l’université Vanderbilt, a été tué le 8 mars 2016 dans une attaque terroriste à Jaffa. (Crédit : Facebook)

« Netanyahu se comporte en politicien et non en homme d’état », a-t-il dit des manoeuvres de la coalition du Premier ministre, dans laquelle il doit gérer la présence de partenaires qui s’opposent à d’éventuelles concessions. « Israël mérite un meilleur leadership ».

Zomlot a exprimé sa colère face au Congrès et aux nombreux projets de loi proposés qui réduiraient l’aide américaine à l’Autorité palestinienne en la pénalisant. La législation la plus importante parmi toutes ces mesures est la Loi Taylor Force, qui porte le nom d’un Américain mortellement poignardé lors d’un attentat terroriste en 2016 et qui créerait un lien entre le financement apporté aux territoires palestiniens et l’arrêt des paiements faits par l’AP aux familles de Palestiniens tués ou emprisonnés pour des attaques contre des Israéliens.

Il a déclaré que l’Autorité palestinienne était prête à « revoir et à négocier » ce système de versement de fonds mais qu’elle ne se soumettrait pas à la pression.

« N’utilisez pas la pression financière avec nous », a-t-il dit. « Cela ne fonctionne pas ».