L’Autorité palestinienne a condamné samedi le meurtre de trois étudiants musulmans en Caroline du Nord mardi, s’inquiétant de ce qu’elle a qualifié de « terrorisme qui vise les civils sur la base de leur religion ».

La police enquête pour déterminer la mort Deah Shaddy Barakat, 23 ans ; sa nouvelle épouse Yusor Mohammad, 21 ans ; et sa soeur Razan Mohammad Abu-Salha, 19 ans, par des tirs d’un voisin qui râlait contre la religion, était un crime de haine, comme le soutiennent les membres de la famille des victimes.

Le ministère des Affaires étrangères de Ramallah a condamné ce « crime odieux » dans un communiqué publié sur le site officiel de l’agence de presse Wafa, exigeant une enquête transparente sur les meurtres. Les deux femmes tuées dans la fusillade de Chapel Hill, a-t-il noté, étaient palestiniennes.

Le meurtre de trois étudiants américains musulmans, assassinés par un homme hostile aux religions mardi à Chapel Hill, dans le sud-est des Etats-Unis, est « brutal et atroce », a condamné vendredi le président américain Barack Obama.

« Aux Etats-Unis, personne ne devrait jamais être pris pour cible en raison de ce qu’il est, de son apparence ou de sa croyance », a déclaré le président américain dans un communiqué de la Maison Blanche.

C’est la première fois que M. Obama réagissait publiquement à ce triple meurtre, dont les motifs sont encore flous.

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon s’est dit, lui, « profondément touché » par les manifestations de deuil aux Etats-Unis et dans le monde et a adressé « ses plus sincères condoléances » aux familles des victimes et « aux communautés dans lesquelles ils vivaient », selon son porte-parole Stéphane Dujarric.

Par ailleurs, la diplomatie américaine n’a guère apprécié les critiques du président turc Recep Tayyip Erdogan qui avait dénoncé jeudi le silence du président Obama à propos de ce triple meurtre.

En visite officielle au Mexique, le président turc islamo-conservateur avait regretté que « ni Obama ni le secrétaire d’Etat (John) Kerry n'(aient) fait de déclaration ».

Interrogée pour savoir si elle « rejetait les critiques » formulées par le chef de l’Etat turc, la porte-parole de la diplomatie américaine Jennifer Psaki a répondu « exact », mais sans aller plus loin.

La police n’a pas encore déterminé si les victimes, Yusor Abou-Salha, Razan Abou-Salha et le mari de Yusor, Deah Shaddy Barakat, ont été tuées à cause de leur religion ou suite à une querelle de voisinage.

Dans un communiqué publié vendredi, l’ambassade de Jordanie à Washington a précisé que les soeurs Razan et Yusor Abou-Salha avaient la double nationalité américano-jordanienne.

« Yusor Abou-Salha, 21 ans, a émigré avec sa famille de Jordanie vers les Etats-Unis quand elle avait 6 mois. Sa soeur Razan, 19 ans, est née aux Etats-Unis », explique l’ambassade.

Plusieurs milliers de personnes ont assisté jeudi aux funérailles des trois jeunes gens.

« Comme nous l’avons vu avec la présence de tant de personnes aux funérailles de ces jeunes Américains, nous formons tous une seule et même famille américaine », a encore indiqué Barack Obama.

L’auteur présumé du triple meurtre, Craig Stephen Hicks, 46 ans, s’est rendu à la police après la fusillade et a été écroué. Il est poursuivi pour assassinat et risque la peine de mort ou la prison à perpétuité.

Le FBI, police fédérale, va aussi enquêter et déterminer avec le parquet s’il s’agit d’un « crime de haine », selon le ministre de la Justice, Eric Holder.

Deah Barakat était étudiant en deuxième année à la faculté dentaire de l’université de Caroline du Nord et avait créé un fonds destiné à fournir des soins dentaires aux réfugiés syriens en Turquie.

Il s’était fixé l’objectif de réunir 20.000 dollars par le biais du site de financement participatif YouCaring.com, avec la Syrian American Medical Society (SAMS).

Mais vendredi, le fonds a atteint près de 330.000 dollars.

Plusieurs milliers de personnes ont assisté jeudi à l’enterrement des trois étudiants musulmans assassinés mardi à Chapel Hill (sud-est des Etats-Unis).

Plus de 5 000 personnes se sont rassemblées à Raleigh, près de Chapel Hill, pour les funérailles de deux soeurs, Yusor Abou-Salha, 21 ans, et Razan Abou-Salha, 19 ans, et du mari de Yusor, Deah Shaddy Barakat, 23 ans, tués par balles mardi soir dans leur appartement. Le couple s’était marié en décembre.

Les familles des victimes affirment qu’il s’agit d’un crime « motivé par la haine » tandis que la femme du suspect Karen Hicks assure que l’assassinat n’a « rien à voir avec la religion » et évoque des « disputes récurrentes » au sujet du parking de l’immeuble dans lequel habitaient le meurtrier présumé et ses victimes.

L’auteur présumé du triple meurtre, Craig Stephen Hicks, 46 ans, s’est rendu à la police après la fusillade et a été incarcéré dans la prison de Durham. Il est poursuivi pour assassinat et risque la peine de mort ou la prison à perpétuité.

« Nous sommes absolument certains que nos filles ont été tuées à cause de leur religion », a affirmé jeudi le père des deux soeurs, Mohammad Abou-Salha. « Ce n’est pas une dispute de parking, ces enfants ont été exécutés par balles dans la nuque », a-t-il expliqué.

« C’est un crime motivé par la haine depuis le début », a-t-il ajouté plus tard devant les trois cercueils, expliquant qu’Yusor s’était plaint d’être harcelée par Hicks, qui leur parlait avec son pistolet à la ceinture.

Selon le lieutenant de police Joshua Mecimore, le crime aurait été provoqué par « une dispute récurrente de parking entre voisins ». Mais la police a assuré qu’elle allait explorer toutes les pistes.

La procureure Carolina Ripley a indiqué pour sa part que ce meurtre était considéré comme un « incident isolé ».

« Ca attise déjà les peurs. J’ai reçu des dizaines d’appels », a réagi le directeur du Conseil des relations américano-musulmanes (CAIR), Nihad Awad. « Les gens sont très inquiets de ce qui est arrivé. Ils pensent que c’est un crime de haine prémédité », a-t-il rapporté à l’AFP.

« Islamophobie »

Dans plusieurs pays musulmans, dignitaires ou responsables politiques ont exprimé leur vive indignation et critiqué notamment la prudence des médias, en la comparant à la couverture habituellement moins timide réservée aux attaques commises par des musulmans.

Ibrahim Negm, l’assistant du Grand Mufti d’Egypte, a qualifié le meurtre d' »attaque terroriste » et dénoncé « le silence des médias américains ».

« Est-ce que les dirigeants du monde entier vont se rassembler en leur mémoire ? », s’est demandé le secrétaire général de l’Union internationale des savants musulmans, basée au Qatar, Ali al-Qaradaghi, en référence à la manifestation massive du 11 janvier qui avait suivi les attaques meurtrières de Paris contre Charlie Hebdo et un magasin casher.

Le chef du gouvernement marocain, Abdelilah Benkirane, a dénoncé une « campagne sauvage dont sont victimes des (…) personnes de confession musulmane (…) dans certains pays occidentaux ».

Dans la bande de Gaza, des dizaines de manifestants ont protesté contre la couverture médiatique du drame. « Ce qui s’est passé est un acte raciste », a estimé Saïd Al-Hathom, porte-parole d’un mouvement d’étudiants lié au Hamas.

Plusieurs personnalités à Chapel Hill ont appelé au calme. « C’est le temps du deuil et aussi un moment pour appeler à l’harmonie et à la paix », a déclaré à l’AFP Mohamed Elgamal, responsable de l’Association islamique.

Plusieurs milliers de personnes ont participé mercredi à une veillée dans la ville pour rendre hommage aux jeunes gens, dénoncer l’intolérance et réclamer une enquête approfondie.

Sur sa page Facebook, le suspect s’affiche comme un antireligieux convaincu: « Etant donné les énormes dégâts que votre religion a faits dans ce monde, je dirais que j’ai non seulement le droit, mais aussi le devoir, de l’insulter », écrit-il, s’en prenant indistinctement aux musulmans, aux chrétiens et aux juifs.

Dans la justice américaine, le qualificatif de « crime de haine » est un facteur aggravant à toute infraction (meurtre, viol…) qui serait motivée par la race, la religion, l’ethnicité, l’orientation sexuelle ou le handicap.