Depuis jeudi soir, l’Autorité palestinienne mène une campagne massive d’arrestations de militants du Hamas en Cisjordanie, l’une des opérations les plus importantes de ces dernières années. Selon le Hamas, plus de 120 de ses membres ont été arrêtés en moins de 48 heures.

Les forces de l’AP ont fait un raid sur les maisons des religieux et anciens prisonniers et, plus particulièrement, des membres de la branche étudiante du Hamas, en particulier de l’Université nationale de Najah à Naplouse.

Une récente série d’attaques terroristes en Cisjordanie, ainsi que des révélations du service de sécurité du Shin Bet sur les infrastructures du Hamas à Naplouse, ont provoqué une prise de conscience du côté palestinien, notamment au Bureau du président de l’AP Mahmoud Abbas. Abbas, qui a prouvé à maintes reprises qu’il est prêt à relever tout défi à la stabilité de son règne, comprend très bien que le meurtre de Juifs n’est que l’objectif secondaire des membres du Hamas qui effectuent ces attaques.

L’objectif principal de ses opérations meurtrières est d’affaiblir l’Autorité palestinienne, d’exacerber les tensions avec Israël, et, finalement, de saper le gouvernement en Cisjordanie. Au regard de la confluence des intérêts d’Israël et de l’AP, on peut supposer qu’Israël a fourni à l’Autorité palestinienne des informations pertinentes avant le lancement de son opération d’arrestation.

Cela n’est pas la première vague d’arrestations en Cisjordanie : en 2014, selon les allégations du Hamas, l’Autorité palestinienne a arrêté plus de 1 000 membres du groupe, dont la plupart ont été libérés après interrogatoire, tandis que d’autres sont restés en prison, soupçonnés de planifier des attentats.

Pourtant le calendrier des récents raids n’est pas particulièrement opportun pour Abbas. D’abors, nous sommes au milieu du Ramadan, lorsque la population palestinienne souhaite surtout observer le mois sacré sans entrave.

Dans ce contexte, les arrestations nocturnes dans des camps de réfugiés, des villages et des villes ne doivent pas être prises à la légère. En outre, la mise à mort d’un jeune Palestinien du camp de réfugiés de Qalandiya par un officier israélien, vendredi, est également inutile pour Abbas.

L’adolescent palestinien, Mohammed Al-Kasaba, qui a été abattu de trois balles à courte distance après avoir lancé des pierres sur le véhicule de l’officier, était le frère de deux autres « martyrs » abattus par l’armée israélienne en 2002. Aux yeux de la rue palestinienne, tandis que l’Autorité palestinienne est occupée à combattre pour la sécurité d’Israël, les forces de Tsahal ont encore abattu un autre Palestinien.

Mais les sentiments sont une chose, les actes en sont une autre. Malgré la mort du jeune Palestinien, la vague d’arrestations par l’Autorité palestinienne, et l’anniversaire du meurtre brutal de Mohammed Abu Khdeir, 16 ans, aux mains d’extrémistes juifs à Jérusalem-Est, ce week-end s’est déroulé dans un calme relatif.

Près de 200 000 personnes ont assisté à la prière du vendredi au mont du Temple, et pratiquement aucun incident inhabituel n’a été signalé. L’opinion publique palestinienne, cherche majoritairement à maintenir l’ordre et refuse de se laisser influencer par les tentatives du Hamas d’enflammer une fois de plus la Cisjordanie.

Rien de tout cela ne signifie que le Hamas admettra la défaite ou renoncera à ses efforts de défier la gouvernance de l’Autorité palestinienne. S’il fait de son mieux pour maintenir un état de calme relatif dans la bande de Gaza, il continuera probablement à envoyer des agents de Turquie et de Gaza vers la Cisjordanie pour planifier des attaques terroristes dans l’espoir de miner l’AP.

Ces jours-ci, l’idée d’une réconciliation palestinienne résonne presque comme une blague, ce qui reste est une guerre tranquille menée en Cisjordanie entre l’aile militaire du Hamas d’un côté, et les forces de sécurité israéliennes et palestiniennes de l’autre. Si le processus de paix israélo-palestinien est gelé, les rumeurs de la mort de la coordination sécuritaire entre Israël et l’AP sont grandement exagérées.