Le ministre des Finances israélien Yair Lapid a cité une déclaration publique du ministre des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite cette semaine, résolument pro-Israël, mais ladite déclaration n’aurait jamais été prononcée, statue le Times of Israel.

Dans son discours devant une conférence sur le contre-terrorisme à Herzliya lundi, Lapid a cité le prince Saoud al-Faisal, qui appellerait à la coexistence avec Israël et dénoncerait « la haine de l’Etat juif ».

Cependant, s’avère-t-il, Faisal n’a jamais fait une telle déclaration, ni toute déclaration lui ressemblant de près ou de loin. En réalité, lors de l’opération Bordure protectrice cet été, Faisal a fustigé Israël, le traitant de « puissance régionale tyrannique » qui tente d’éradiquer les Palestiniens.

Défendant la normalisation avec le monde arabe dans son discours, Lapid a réitéré lundi son appel à une conférence régionale sur l’avenir de Gaza, à laquelle assisteraient Israël, l’Autorité palestinienne et plusieurs pays arabes, dont l’Arabie saoudite.

« Une solution [au conflit israélo-palestinien] comportera des dispositions sécuritaires strictes, ainsi que la normalisation et la coopération avec les Etats arabes modérés, y compris l’Arabie saoudite et les Etats du Golfe », a déclaré Lapid lors du sommet mondial sur la lutte contre le terrorisme.

« Celui qui pense que cette vision est trop ambitieuse est invité à lire ce que le ministre des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, Saud Al-Faisal, a déclaré à Djeddah le 21 août », a-t-il poursuivi.

« Au plus fort des combats à Gaza, il a appelé à la coexistence avec Israël, condamné la haine envers l’Etat juif et imputé la responsabilité de la guerre au Hamas. »

Mais plusieurs experts universitaires et responsables israéliens, dont un analyste politique chevronné qui couvre la région du Golfe depuis des décennies, a déclaré au Times of Israel que le ministre saoudien n’avait jamais fait une telle déclaration publique.

« La déclaration citée par Lapid n’a jamais été prononcée », a déclaré un responsable israélien, gardant l’anonymat de crainte d’être considéré comme un détracteur du ministre.

« J’ai cherché cette déclaration et n’ai pu trouver quoi que ce soit. Cela ne s’est jamais produit », a déclaré Joseph Mann, expert sur ​​l’Arabie saoudite à l’université Bar-Ilan.

Un porte-parole de Lapid a refusé de commenter ces propos.

On ignore les sources du ministre des Finances. Pourtant, le 21 août – la date citée par Lapid – un article a été publié par un site obscur qui diffuse régulièrement des rapports sur Israël et le monde musulman.

L’article du site web AWD News était intitulé : « Le ministre saoudien des Affaires étrangères : nous devons dénoncer notre haine envers Israël et normaliser nos liens avec la nation juive ».

Dans l’article, Faisal aurait déclaré lors d’une conférence de savants islamiques à Jeddah que « le Moyen-Orient a besoin plus que jamais de paix et de coexistence et l’Arabie saoudite en tant que pays islamique phare est prête à faire des sacrifices les négations [sic] de paix. » Et de souligner que le Hamas « est le seul responsable [sic] de la calamité palestinienne et doit être apporté [sic] devant la loi. »

L’article contenant ces nouvelles pour le moins étonnantes a été relayé par plusieurs médias, mais apparemment, personne n’a pris la peine d’en vérifier sa véracité.

Une vérification sommaire révèle cependant qu’AWD News (acronyme de « Another Western Dawn ») est un site très douteux, basé à Dubaï, qui publie des théories du complot bizarres et des reportages qui sont parfois peu en lien avec la réalité.

Le 6 juin, par exemple, le site a publié un article intitulé « Les Israéliens ont orchestré les troubles en Ukraine ».

Le 30 août, un article citait un général irakien disant que « le renseignement israélien prépare un plan permettant au groupe terroriste de l’EIIL de capturer la capitale irakienne, Bagdad. » Le lendemain, un article citait des hackers chinois affirmant que le « Mossad entretient des liens étroits avec l’EIIL ».

AWD News se montre particulièrement créatif concernant les relations saoudiennes-israéliennes.

Le 6 septembre, le site a publié une interview avec le prince héritier saoudien Salman bin Abdulaziz Al Saoud, ministre de la Défense actuel et vice-Premier ministre du pays, dans laquelle il aurait fait des déclarations invraisemblables.

Le prince aurait offert ses « condoléances à toutes les victimes de cette guerre, Palestiniens comme Israéliens » puis, il aurait fait cette déclaration renversante : « Je pense que tous les Arabes doivent apprendre que la résistance futile et sans fin contre la puissante et omnipotente armée israélienne ne causera que ravages, destruction et perte de leur propre vie… Le Hamas et le Jihad islamique sont responsables de la catastrophe infligée à Gaza. Par conséquent, je crois que nous devons commencer à réfléchir sur l’utilité de l’animosité envers le gouvernement israélien démocratique ».

Le rapport est manifestement faux, tout comme celui sur lequel Lapid (et d’autres Israéliens – il a été largement été relayé sur les réseaux sociaux) s’est manifestement appuyé pour décrire les déclarations pro-israéliennes du ministre saoudien.

Pour la défense de Lapid, notons qu’il avait raison de juger l’Arabie saoudite moins virulente dans sa condamnation d’Israël dans le dernier conflit, par rapport aux précédents.

Jérusalem et Riyad ont de nombreux intérêts communs et il est raisonnable de supposer que les deux pays coopèrent sur ​​un large éventail de questions, y compris l’échange de renseignements.

« Les Saoudiens sont pragmatiques, et au cours des dernières années, ils ont constaté que de meilleurs liens avec Israël peuvent être bénéfiques pour eux », explique Mann, l’expert de Bar-Ilan. « Avec l’Iran, les Frères musulmans, le Hezbollah et l’Etat islamique, les deux pays ont plusieurs ennemis en commun. Cependant, ils ne reconnaîtront jamais aucun lien avec Israël publiquement, de peur de menacer la stabilité de leur propre régime. »

Les Saoudiens et les autres pays du Golfe ont compris ces dernières années que l’islamisme radical, et non Israël, est leur ennemi principal, selon plusieurs responsables israéliens.

Mais ils ne sont pas encore prêts à franchir la prochaine étape et à publiquement mettre au jour des relations diplomatiques, ou même à faire des déclarations positives au sujet d’Israël.

En effet, le même ministre des Affaires étrangères qui, selon Lapid, a blâmé le Hamas pour la violence de cet été et condamné la haine envers l’Etat juif, a fait plusieurs commentaires qui ne laissent aucun doute quant à ses allégeances, du moins publiquement.

« Israël veut détruire et tuer toute une population afin de pouvoir usurper davantage de terres », a déclaré Faisal le 12 août lors d’une réunion de l’Organisation de la coopération islamique à Djeddah. « Son objectif est d’éliminer la présence palestinienne, même dans ses expressions vitales et culturelles ; de s’emparer de territoires ; de menacer la Palestine dans son ensemble ; de violer ses mosquées, ses églises et ses lieux saints ; et d’imposer son hégémonie sur la région comme puissance tyrannique dominante… Ce que le monde a vu dans la guerre contre Gaza, ces images tragiques et d’une brutalité sans précédent de destruction massive, dépasse toutes les limites de l’humanité. »