La coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu a semblé être dimanche sur une pente glissante suite à l’approbation par le cabinet gouvernemental du projet de loi controversé sur l »Etat juif », puisque deux ministres de premier plan s’y sont opposés indiquant leur intention de rompre les rangs avec la coalition et de voter contre le projet lorsqu’il sera présenté à la Knesset.

La ministre de la Justice Tzipi Livni (Hatnua) et Yair Lapid (Yesh Atid) ont déclaré qu’en aucun cas, eux – ou des membres de leurs partis – ne voteraient en faveur de la loi dans sa forme actuelle, malgré la possibilité qu’ils pourraient être limogés par Netanyahu.

« Je ne vais pas soutenir ce projet de loi », a déclaré Livni dimanche soir dans une interview à la Deuxième chaîne, quelques heures après que le projet ait été approuvé au cabinet. « Je suis prêt à être renvoyée sur cette question. »

Livni a réitéré son accusation que Netanyahu a utilisé le projet de loi comme une manœuvre politique pour briser sa coalition et provoquer d’éventuelles élections anticipées. Elle a ajouté que le gouvernement avait manqué une occasion de faire avancer la législation vers l’établissement d’une constitution appropriée pour l’Etat d’Israël.
Actuellement, un ensemble de Lois fondamentales d’Israël régissent le pays.

Au cours du débat ministériel dimanche sur le projet de loi, Livni a accusé Netanyahu de chercher une excuse pour la congédier ainsi que d’autres ministres. « Vous voulez que nous votions contre, de sorte que vous puissiez nous renvoyer », a-t-elle lancé au Premier ministre.

Lapid, le ministre des Finances, dont le parti Yesh Atid contribue avec 19 députés à la coalition, a également pris dimanche une position dure contre le Premier ministre, promettant que son parti voterait contre le projet de loi.

« Le projet de loi présenté aujourd’hui met le caractère juif de l’Etat avant la démocratie », a déclaré Lapid lors d’un discours à l’Université de Tel Aviv. « Ni moi, ni le parti Yesh Atid ne voteront en faveur de la loi. »

Plus tôt, Lapid a suggéré que les anciens Premiers ministres David Ben Gurion et Menachem Begin, ainsi que le fondateur du parti Likud, Zeev Jabotinsky.se seraient opposés au projet de loi.

Le ministre des Finances a également mentionné Zidan Saif, un policier druze qui a été tué dans l’attaque terroriste contre une synagogue de Jérusalem en essayant de protéger les fidèles juifs. « Que pouvons-nous dire maintenant à la famille [de Saif] ? Que nous faisons passer une loi qui va les transformer en citoyens de deuxième classe ? » a demandé Lapid.

Le projet de loi de Netanyahu consacrerait dans le caractère juif d’Israël en réservant aux seuls Juifs ce que le Premier ministre appelle des « droits nationaux », comme le drapeau, l’hymne et le droit d’immigrer. Selon Netanyahu, il garantirait également la nature démocratique d’Israël en accordant l’égalité pour tous ses citoyens, .

Le projet de loi intervient dans un contexte de rumeurs selon lesquelles les dirigeants politiques, y compris Netanyahu lui-même, se préparent à la possibilité d’élections anticipées.

Le ministre des Sciences Yaakov Peri du parti Yesh Atid a déclaré que le projet de loi lui rappelle « des pays qui ont adopté la charria. »

Le ministre des Sciences et des technologies Yaakov Peri, un ancien chef du Shin Beth (Crédit : Yonatan Sindel/Flash 90)

Le ministre des Sciences et des technologies Yaakov Peri, un ancien chef du Shin Beth (Crédit : Yonatan Sindel/Flash 90)

Le chef de l’opposition Isaac Herzog (Parti travailliste) a critiqué Netanyahu pour soutenir le projet de loi à un moment où les tensions entre Juifs et Palestiniens de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est ont alimenté de violents affrontements.

Soulever le sujet à un moment politiquement et diplomatiquement chargé est irresponsable, inutile, et est susceptible d’attiser les flammes qui submergent la région », a-t-il dit. « Seul un Premier ministre qui manque de confiance, qui n’a aucune vision, aucun plan, a besoin de lois qui manifestement n’amélioreront pas la vie des citoyens »

La députée Zahava Gal-On, chef de file du parti de gauche Meretz, a fait écho à la condamnation de Herzog sur le timing du projet de loi ainsi que sur son contenu.

« Il s’agit d’une loi sur laquelle flotte un drapeau noir », a-t-elle dit, en invoquant une expression militaire israélien indiquant un ordre qui est manifestement illégal et auquel on ne doit donc pas obéir. « Netanyahu et tous les membres de sa coalition d’extrême-droite sont partenaires d’un crime contre la démocratie israélienne, et seront responsables de l’une des taches noires dans les livres de droit d’Israël. »

Gal-on a critiqué les ministres pour leur soutien à ‘un projet de loi qui, dit-elle, crée une discrimination contre la population arabe d’Israël, après que la semaine dernière les politiciens de tous bords se sont fortement opposés à une décision du maire d’Ashkelon pour arrêter l’emploi d’ouvriers de construction arabes dans le sillage d’une attaque terroriste contre une synagogue de Jérusalem.

De l’autre côté de l’hémicycle, la députée Ayelet Shaked (HaBayit HaYehudi), l’une des initiatrices du projet de loi, a salué l’approbation par le cabinet.

« Ceux qui s’y opposent en disant que c’est une loi dangereuse sont vraiment une voix dangereuse contre l’avenir d’Israël, » dit-elle. « La formule qui a été présentée au Premier ministre Benjamin Netanyahu est une bonne base pour la loi. »

Une version adoucie de la proposition de loi, préparée par Netanyahu et visant à recueillir l’approbation d’un plus grand nombre de deputés, sera soumise mercredi à un vote en session plénière à la Knesset.

Le deputé Ze’ev Elkin (Likud), un autre initiateur du projet de loi, a tourné en dérision ceux qui s’y opposaient tout en soutenant la création de l’Etat palestinien.

« Les manœuvres et les tentatives de ceux qui veulent établir un Etat-nation palestinien, mais ne sont pas prêts à définir l’Etat d’Israël comme un Etat-nation juif, sont négatives. Et une nette majorité du gouvernement et du public insistent pour que le projet de loi sur l’Etat juif soit adopté et figure dans les livres de droit », a-t-il ajouté.