Israël devrait adopter une politique spectaculairement plus agressive à l’égard de la Turquie, a annoncé jeudi le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid, en réponse aux critiques d’Ankara des récentes actions du gouvernement sur le mont du Temple.

N’allant pas jusqu’à appeler à la rupture des liens diplomatiques, le député de l’opposition a déclaré que Jérusalem devrait reconnaître un Kurdistan indépendant et le génocide arménien, que les Turcs ottomans ont commis il y a un siècle.

« Il est temps, d’une manière générale, d’arrêter de ramper devant les Turcs, qui continuent de nous frapper de plus en plus violemment », a déclaré Lapid à des journalistes lors d’une conférence de presse à Tel Aviv.

« Nous ferons les choses que nous avons évitées de faire tant que nous avions eu de bonnes relations avec la Turquie, parce que nous n’en avons plus [maintenant] et que nous n’en aurons plus aucune [à l’avenir] », a-t-il ajouté.

Lapid a également ajouté qu’Israël devrait oublier sa « chimère » de construire un pipeline pour exporter du gaz naturel vers la Turquie. « Israël ne peut pas se permettre de dépendre d’un client qui est devenu un Etat ennemi ou un Etat semi-ennemi », a-t-il souligné.

Ce n’était pas dans l’intérêt d’Israël de rompre les liens avec la Turquie ou de rappeler l’ambassadeur israélien d’Ankara, a-t-il déclaré. « Mais les Turcs doivent savoir qu’ils ne peuvent pas nous donner des coups de pied et nous en demander plus ».

De nombreux pays – y compris les États-Unis – n’ont jamais reconnu officiellement le génocide arménien. Dans la plupart des cas, les pays ne veulent pas se référer aux événements entre 1915 et 1923, pendant lesquels les forces ottomanes ont massacré ses citoyens arméniens dans ce qui est un acte de nettoyage ethnique systématiquement planifié, en tant que génocide car ils craignent pour leurs liens avec la Turquie, qui est un membre de l’OTAN et un allié musulman important pour de nombreux pays occidentaux.

Ankara nie résolument qu’un génocide a eu lieu sur son sol et s’oppose agressivement à quiconque qui adopte une telle terminologie.

Les commentaires de Lapid surviennent alors que les tensions bilatérales s’intensifient suite aux commentaires de la Turquie sur la mise en place des nouveaux dispositifs de sécurité israéliens à la suite d’une attaque terroriste sur le mont du Temple de Jérusalem.

La querelle a commencé mardi lorsque Erdogan a appelé les musulmans à venir en Israël pour « protéger » la mosquée Al-Aqsa après l’installation de détecteurs de métaux par Israël aux abords du lieu saint, suite à un attentat terroriste au cours duquel trois arabes israéliens ont tué deux policiers en utilisant des armes introduites clandestinement dans le site.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan pendant un discours à Ankara, le 1er juillet 2017 (Crédit : AFP / ADEM ALTAN)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan pendant un discours à Ankara, le 1er juillet 2017 (Crédit : AFP / ADEM ALTAN)

« Si aujourd’hui, les soldats israéliens sont capables de souiller le complexe de la mosquée Al-Aqsa de leurs bottes avec insouciance, en donnant des incidents insignifiants en prétexte, et si le sang des musulmans coule facilement là-bas, alors la raison de tout cela est notre échec à défendre avec suffisamment de force al-Quds [Jérusalem] », a-t-il dit aux membres de son parti de l’AKP durant une réunion du Parlement à Ankara.

« Dans la mesure où la Mecque est une moitié de notre coeur et que Médine est l’autre moitié, avec al-Quds tel un drap en gaze légère posé sur eux, nous devons défendre ensemble al-Quds. Défendons al-Quds comme si nous défendions la Mecque et Médine », a-t-il vivement recommandé.

Dans son discours, Erdogan a souligné que l’empire ottoman avait régné sur la mosquée Al-Aqsa, le troisième lieu le plus saint de l’islam pendant quatre siècles. « Nos ancêtres ont agi avec une si grande délicatesse et sensibilité qu’il est impossible de ne pas se rappeler d’eux avec gratitude et regret à la lumière de la cruauté d’aujourd’hui ».

Israël a sévèrement répondu.

« Ce serait intéressant de voir ce que pourrait dire Erdogan aux habitants de Chypre du nord ou aux Kurdes. Erdogan est la dernière personne à pouvoir donner des leçons à Israël », a fait savoir le bureau du Premier ministre.

Pour sa part, le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères Emmanuel Nahshon a qualifié dans un communiqué de « hallucinantes, fausses et déformées » les déclarations d’Erdogan.

« Il ferait mieux de s’occuper des problèmes difficiles connus par son pays », disait le communiqué.

« Le temps de l’empire ottoman est terminé. Jérusalem était, est et sera toujours la capitale du peuple juif. Contraste frappant avec le passé, le gouvernement à Jérusalem est engagé à la sécurité, à la liberté, à la liberté de culte et au respect des droits de toutes les minorités. Ceux qui vivent dans des palais en verre devrait s’inquiéter de jeter des pierres ».

Mercredi, Ankara a riposté, condamnant le « communiqué arrogant » du ministère des Affaires étrangères.

La mosquée Al-Aqsa « figure de manière éminente parmi les priorités les plus élevées du monde islamique », a fait savoir le ministère des Affaires étrangères turc.

« Alors que l’occupation israélienne à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et à Gaza vient d’achever sa cinquantième année, il est clair que les efforts visant à ignorer l’occupation de Jérusalem-Est ne contribuera pas à la réalisation de la paix et de la stabilité dans la région ainsi qu’à la résolution du conflit israélo-palestinien ».

Un fidèle musulman entre sur le mont du Temple en passant par un détecteur de métaux, le 18 juillet 2017. (Crédit : police israélienne)

Un fidèle musulman entre sur le mont du Temple en passant par un détecteur de métaux, le 18 juillet 2017. (Crédit : police israélienne)

Israël doit « reprendre urgemment ses esprits, revenir au statu-quo à Al-Haram Al-Sharif [le mont du Temple] et lever toutes les restrictions sur la liberté de culte », a continué le communiqué.

Lors d’une conférence de presse jeudi avec les correspondants diplomatiques israéliens, organisée au siège de son parti centriste, Lapid a agressivement attaqué Netanyahu pour son traitement des tensions dans la vVeille Ville de Jérusalem.

L’ancien ministre des Finances, qui a déclaré son intention de se présenter au poste de Premier ministre lors des prochaines élections, a affirmé qu’Israël était souverain à Jérusalem et qu’il pouvait légitimement installer des détecteurs de métaux s’il pensait que cela garantirait la sécurité de ses citoyens.

Nouveaux détecteurs de métaux installés devant le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 16 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Nouveaux détecteurs de métaux installés devant le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 16 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cependant, il a âprement critiqué la manière dont le gouvernement a pris des décisions à la suite de l’attentat terroriste du 14 juillet, au cours duquel deux policiers israéliens ont été abattus par des hommes qui avaient fait rentrer des armes dans le site sacré.

« Cela a été fait de manière négligente », a soutenu Lapid. « Oui, nous sommes souverain au mont du Temple. Mais nous devons être sages ».

Lapid a spécifiquement critiqué la décision de Netanyahu d’ordonner à la hâte l’installation de détecteurs de métaux sur le site saint dans la soirée du 15 juillet, alors qu’il était sur le point d’entreprendre un voyage d’une semaine en France et en Hongrie.

« Il a pris cette décision après des appels téléphoniques avec certains responsables de la sécurité, afin qu’il puisse dire qu’il a fait quelque chose avant de monter dans l’avion », a dénoncé Lapid. « Ce n’était pas bon pour le processus ».