Dans d’amers commentaires sur s’effondrement des efforts de paix avec les Palestiniens, le ministre des Finances Yair Lapid se demande si la direction palestinienne de Mahmoud Abbas est réellement intéressée par un Etat, laissant entendre que les Palestiniens préféreraient plutôt « jouer aux éternelles victimes ».

Au bout du compte, affirme-t-il, Israël pourrait devoir leur imposer un Etat de force – « leur tordre le bras pour créer la Palestine libre. »

Lapid, chef du parti centriste Yesh Atid, a confié au Times of Israel être
« hanté » par la question de savoir « si les Palestiniens veulent vraiment avoir leur propre Etat. Je n’en suis pas sûr. »

Pour lui, les Palestiniens sont « la première nation dans l’histoire qui voit l’Indépendance comme un jeu à somme nulle. Ils
disent : soit vous nous donnez 100 % de ce que nous voulons, soit nous ne voulons plus rien. »

Tandis que les États-Unis « ont été créés à partir d’une confédération fragile de 13 Etats », et qu’Israël a accepté à contrecœur la partition de l’ONU de la Palestine mandataire, alors que son leadership était loin d’être satisfait de la répartition de territoire, poursuit-il, « les Palestiniens disent : ils ne nous ont offert que 94 % du territoire que nous revendiquons. Nous ne l’accepterons pas. »

« Ils ne nous ont offert que 94 % de l’autogouvernement que nous avons demandé. Nous ne l’accepterons pas. C’est 100 % ou rien. Alors vous voyez cela et vous vous dites : peut-être n’y tiennent-ils pas tant que cela. »

Lapid, interviewé par le Times of Israel au moment même où le Fatah et le Hamas finalisaient leur accord d’unité, mercredi après-midi, a précisé que pour lui, un Etat palestinien est « une bonne idée » pour Israël.
« Cela nous permet de nous séparer d’eux complètement. Contrairement à la droite israélienne, je ne pense pas que ce soit un combat entre notre Dieu et le leur. Contrairement à la gauche israélienne, je ne veux pas d’un mur plus bas. Je veux un mur plus élevé. »

Il a également affirmé être sûr que la Knesset et la majorité des Israéliens étaient en faveur d’un accord, tant qu’il protégeait les intérêts sécuritaires du pays.

Mais ses relations avec Shukri Bishara, son homologue de l’Autorité palestinienne, dit-il, ne sont pas encourageantes « en termes de capacité et de volonté d’établir, de construire et de gérer un Etat ».

A titre d’exemple, Lapid affirme avoir longtemps travaillé pour obtenir le soutien nécessaire, y compris de la part du Premier ministre Benjamin Netanyahu, pour proposer à l’Autorité palestinienne de créer sa propre compagnie d’électricité. (L’AP doit à Israël plus d’un milliard de shekels – environ 206 millions d’euros – et engrange 80 millions de shekels supplémentaires de dette chaque mois pour l’électricité qu’elle achète à Israël, souligne-t-il).

« J’ai obtenu toutes les autorisations et annoncé avec joie le coup d’envoi. [Les Palestiniens] m’ont regardé et m’ont dit, vous savez, nous ne sommes pas sûrs de savoir comment nous y prendre ».

Rappelant le refus des Palestiniens des propositions de paix d’Ehud Barak en 2000 et d’Ehud Olmert en 2008, Lapid interroge : « Pourquoi refusent-ils systématiquement ? »

Pour lui, « l’idée encore moins rassurante » concernant la position palestinienne n’est pas qu’ils ne veulent pas d’un Etat, mais que, peut-être, « ils ne veulent pas d’un Etat aux côtés de l’Etat d’Israël, parce qu’ils n’ont jamais renoncé à leur vision d’origine, qui est celle d’un Etat à la place d’Israël… Et si c’est le cas, qu’ils sachent simplement que cela n’arrivera jamais. »