Yair Lapid, le président de Yesh Atid, a affirmé mercredi à des olim anglophones qu’Israël devrait expulser la majorité des migrants africains illégaux, tout en protégeant un « petit groupe de réfugiés » qui ont fui les persécutions de leurs pays d’origine.

Pendant une réunion organisée à Jérusalem, devant 500 immigrants anglophones, le député de l’opposition a déploré l’ « horrible » situation dans le sud de Tel Aviv, dont les quartiers ont connu un afflux important de demandeurs d’asile soudanais et érythréens.

« Ce que nous devons faire, c’est expulser ceux qui sont uniquement venus ici pour chercher un emploi, a dit Lapid. Il y a deux groupes. Il y a un petit groupe de réfugiés, des personnes qui sont venues d’endroits comme le Darfour, où il y avait quelque chose qui n’est pas la Shoah, parce que rien n’est comme la Shoah, mais où c’était presque ça. »

« Et en tant que Juifs, nous avons l’obligation d’abriter ceux » qui sont persécutés, a-t-il dit, et nous ne pouvons pas être « indifférents à ce qu’il se passe au Darfour et ailleurs. »

Des migrants clandestins africains après leur libération du centre de détention de Holot, dans le désert du Néguev en Israël, le 25 août 2015. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Des migrants clandestins africains après leur libération du centre de détention de Holot, dans le désert du Néguev en Israël, le 25 août 2015. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

« Mais traiter avec quarante ou quarante-cinq milles personnes qui sont venues ici depuis l’Erythrée pour trouver un travail n’est pas notre problème. Nous devons les expulser, qu’ils soient d’accord ou pas. Et si les lois doivent être changées, les lois doivent être changées », a ajouté Lapid.

Il a ajouté qu’il n’y avait pas de « solution évidente », et que « rien de tout cela ne se produira demain, parce que c’est compliqué. »

Demandant un plan national de reconstruction du sud de Tel Aviv, l’ancien ministre des Finances, qui a grandi dans ces quartiers, a décrit la situation « horrible » de la zone résidentielle.

Le public d’environ 500 immigrants anglophones, majoritairement religieux, a applaudi lorsque Lapid a exposé sa proposition de lutte contre la corruption, et aussi quand il a promis de ne jamais diviser Jérusalem et de faire pression pour l’enrôlement des ultra-orthodoxes au sein de l’armée.

Les questions posées par les participants abordaient le coût élevé de la vie en Israël, à la négligence des villes arabes du nord et du sud du pays, en passant par les affaires municipales de Jérusalem, la bureaucratie de l’administration et du grand rabbinat du pays, les abus contre les personnes âgées, la crise de l’électricité à Gaza, le Hezbollah, et le processus de paix.

Des migrants africains devant le centre de détention de Holot, le 17 février 2014. (Crédit : Flash90)

Des migrants africains devant le centre de détention de Holot, le 17 février 2014. (Crédit : Flash90)

Les propos de Lapid sur les migrants reprennent ceux du gouvernement, qui a récemment affirmé que la plupart des immigrés illégaux ne sont pas des réfugiés ou des demandeurs d’asile légitimes, mais des migrants économiques.

« Ce ne sont pas des réfugiés », a déclaré Netanyahu à ses ministres dimanche, au début de la réunion hebdomadaire du cabinet. « Tout du moins, la majorité d’entre eux ne le sont pas. »

« La plupart d’entre eux cherchent un travail », a-t-il affirmé.

Netanyahu, qui a annoncé la semaine dernière la mise en place d’une commission ministérielle pour traiter de l’afflux de migrants, majoritairement soudanais et érythréens, en Israël ces dernières années, a promis d’ « expulser les étrangers illégaux qui n’ont pas leur place ici. »

Le Premier ministre a tenu ces propos peu après un jugement de la Cour suprême, indiquant que le gouvernement pouvait poursuivre sa pratique controversée d’expulser les migrants sans-papiers vers un pays tiers, mais aussi qu’il ne pouvait plus emprisonner pendant plus de 60 jours ceux qui refusent de partir.

Israël fait depuis des années pression sur les migrants pour qu’ils partent en Ouganda ou au Rwanda, notamment par une politique d’incarcération dans des centres de détention et la promesse d’incitations financières. Après le jugement, les dirigeants israéliens ont indiqué qu’ils amenderaient la loi pour que les migrants puissent aussi être déportés sans leur consentement.

Manifestation d'habitants du sud de Tel Aviv devant le domicile de Miriam Naor, présidente de la Cour suprême, à Jérusalem, le 2 septembre 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flahs90)

Manifestation d’habitants du sud de Tel Aviv devant le domicile de Miriam Naor, présidente de la Cour suprême, à Jérusalem, le 2 septembre 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flahs90)

Selon le Centre de développement des réfugiés africains, il y a 46 437 Africains en Israël qui se considèrent comme des demandeurs d’asile. La majorité, 73 %, vient d’Erythrée, et environ 19 % du Soudan. Les réfugiés affirment avoir fui des persécutions, et même des génocides, dans leur pays.

Le jugement, qui fait dans les faits obstacle au programme d’expulsion, a scandalisé de nombreux députés et des habitants du sud de Tel Aviv.

De nombreux habitants ont manifesté contre les demandeurs d’asile, affirmant qu’ils commettent des actes criminels et ont pris le contrôle du quartier.

Samedi, des centaines d’habitants ont manifesté devant le domicile de Jérusalem de la présidente de la Cour, Miriam Naor, en réclamant le respect « des droits de l’Homme pour les citoyens aussi. »

Pendant une visite de solidarité à Tel Aviv jeudi denier, Netanyahu, le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan et la ministre de la Culture Miri Regev, ont visité le sud de Tel Aviv et promis que le gouvernement « rendrait » le quartier à ses habitants israéliens.

Netanyahu a déjà dit que le gouvernement avait adopté une approche en trois volets : une barrière de sécurité le long de la frontière égyptienne, qui a déjà permis de réduire significativement le nombre de migrants entrant en Israël depuis les pays africains ; une répression accrue contre ceux qui emploient des migrants illégaux et les migrants qui ne respectent pas la loi ; et la mise en place de la commission ministérielle, dont le Premier ministre a annoncé qu’il la présiderait lui-même.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.