Le ministre des Finances défend l’initiative qu’il a prise d’abandonner la TVA sur les acquisitions immobilières pour les primo-accédants.

Le ministre des Finances Yair Lapid a maintenu mercredi que son plan visant à éliminer la taxe sur la valeur ajoutée de 18 % pour les familles qui achètent leur premier appartement fera sensiblement baisser le coût du logement en Israël. « Si vous n’avez pas la moindre idée de comment résoudre le problème, permettez-moi [de faire mon] travail », a-t-il lancé.

Lapid a fait face à des critiques acerbes de la part d’économistes, d’experts et même venant de fonctionnaires de son propre ministère des Finances. Beaucoup d’employés du ministère ont qualifié la mesure de « populiste », tel que Michael Sarel qui a démissionné. D’autres affirment que cette mesure fera, au contraire, augmenter les prix de l’immobilier en Israël.

Mais le ministre des Finances a insisté lors d’une conférence de presse à Jérusalem pour souligner que « les prix des logements sont sur ​​le point de descendre. »

« Les économistes, les politiciens et les parties intéressées ont indiqué ces derniers jours que la suppression de la TVA sur les nouveaux appartements n’est pas la bonne étape, même si elle conduit à une réduction des prix des logements », a déclaré Lapid.

« C’est très bien, parce que la réduction de la TVA n’est pas conçue pour les économistes, les politiciens et les parties intéressées. Elle est destinée aux jeunes de la classe moyenne qui ont servi dans l’armée et qui essaient de fonder une famille »..

 » Où étiez-vous ces dernières années ?  » a lancé Lapid devant les critiques.

 » Où étiez-vous quand la [jeune] génération a commencé à lorgner sur Berlin et sur le Canada ? Où étiez-vous lorsque les prix ont monté en flèche, sans aucune raison valable ? La terre est restée la même terre, le ciment est le même ciment, les grues sont les mêmes grues – mais les prix n’ont pas cessé de grimper ».

Les opposants au plan du ministre des Finances ne se sont pas opposés au but que Lapid s’est assigné, ils critiquent surtout les moyens  qu’il propose pour y aboutir.

Pour le journaliste économique Nehemia Shtrasler de Haaretz, l’un des opposants au plan de Lapid, a écrit la semaine dernière que celui-ci montrait « une incompréhension fondamentale des règles de l’économie » et qu’il a été conçu uniquement dans un souci de populisme.

La gouverneure de la Banque d’Israël Karnit Flug, qui a assisté lundi à la réunion de la commission ministérielle, a prévenu que les nouvelles mesures étaient susceptibles d’avoir un impact négatif.

Selon elle, la baisse soudaine des coûts de logement pourrait engendrer un pic de la demande, entraînant une hausse du coût pour les biens immobiliers qui ne bénéficient pas de ces avantages.

Les bénéficiaires eux-mêmes pourraient subir le transfert d’une grande partie du montant de la remise des acheteurs vers les entrepreneurs.

 

« La demande en appartements neufs ne fera qu’augmenter en raison de la baisse de la TVA » a écrit Nehemia Shtrasler. « Non seulement, la queue de jeunes gens [à attendre que la mesure soit mise en vigueur] sera très longue, mais de nouveaux acheteurs entreront sur le marché pour profiter des avantages tant qu’ils durent. » Et cette demande excessive, sans qu’il y ait pour autant de changement de l’offre entraînera une montée des prix de l’immobilier à un rythme encore plus effréné ».

Michael Sarel, directeur du département des Revenus Économiques et Étatiques, semblait partager ce sentiment. Sarel a remis sa démission la semaine dernière, indiquant qu’il y avait « un large consensus chez les professionnels », à savoir que l’abaissement de la TVA n’était pas une bonne mesure et que la mise en œuvre de la décision de Lapid représenterait « un échec professionnel colossal » de sa part.

Sarel a laissé entendre que la décision de Lapid était « populiste, perçue à tort par la majorité de la population comme une mesure économique sensée, malgré un consensus massif parmi les professionnels pour dire que c’est n’est pas le cas. »

Pendant ce temps, Haaretz a rapporté mercredi que Lapid avait décidé d’assouplir les conditions d’admissibilité à l’exemption après que le procureur général, Yehuda Weinstein ne lui signale, qu’il ne pouvait pas défendre le programme dans sa forme actuelle.

En effet le plan initial incluait une clause stipulant que seuls ceux qui ont participé à un service militaire ou national, étaient éligibles pour prétendre de façon légitime à bénéficier du plan – excluant ainsi les Arabes israéliens et les citoyens les plus ultra-orthodoxes.

L’objection de Weinstein à l’exigence aurait conduit Lapid à rayer cette clause de sa proposition de loi.

Le Cabinet a approuvé la mesure lundi, avec un deuxième plan destiné à réduire les coûts de logement, en vertu duquel les entrepreneurs qui s’engagent à fixer un prix de vente raisonnable – 20 % de moins que la valeur du marché à la fin de 2013 – seront admissibles pour recevoir le terrain public à un taux réduit.

Les deux plans ont encore du chemin à faire à la Knesset avant de gagner l’approbation finale.

Haviv Rettig Gur a contribué à cet article.