Yair Lapid, le chef du parti Yesh Atid, a appelé samedi Israël à se séparer totalement des Palestiniens, en se présentant comme la seule alternative viable au Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Nous avons besoin de faire sortir les Palestiniens de nos vies. Nous avons besoin de construire un grand mur et de ne plus voir les Palestiniens » a déclaré Lapid sur la Deuxième chaîne pendant l’émission « Rencontre avec la Presse ». « Il n’y aura pas de paix. Nous ne voulons pas deux nations coincées dans un état unique. »

Lapid a également mis en avant un récent sondage de la même Deuxième chaîne, qui place le parti centriste au coude à coude avec le Likud de Netanyahu au pouvoir, puisque chaque parti remporterait 25 sièges si les élections devaient avoir lieu aujourd’hui.

« Nous gardons notre objectif et notre humilité, [mais] nous avons vu les résultats des sondages », a-t-il déclaré.

« Depuis des mois, Yesh Atid représente la seule alternative au gouvernement, et récemment, si vous regardez les chiffres, vous vous rendez compte que personne, à part moi, ne peut rivaliser avec Netanyahu », a-t-il souligné.

Yair Lapid, le président du parti Yesh Atid, sur la Deuxième chaîne, le 10 décembre 2016. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)

Yair Lapid, le président du parti Yesh Atid, sur la Deuxième chaîne, le 10 décembre 2016. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

« Nous devons aller de l’avant », a-t-il poursuivi en critiquant le gouvernement actuel pour avoir négligé la périphérie du pays. « J’étais à Kiryat Shmona [à la frontière du Liban] et ils ont été oubliés. Le système politique ne s’intéresse pas à eux. Nous voulons exprimer un réel engagement pour le futur, pas seulement pour cinq ans. »

Lapid a également rejeté les remarques du ministre de l’Intérieur Areyh Deri et du ministre de la Santé Yaakov Litzman, qui président respectivement les partis ultra-orthodoxe Shas et de Yahadout HaTorah, et qui ont promis que Lapid ne serait pas Premier ministre. Le système électoral israélien de représentation proportionnelle favorise souvent de petits partis qui ont du poids sur des partis plus grands en échange de concessions faites à leur propre électorat.

« Je ne joue pas un jeu dans lequel je fais des offres aux habitants de l’Etat d’Israël pour ensuite tout jeter par la fenêtre afin de constituer une coalition, a déclaré Lapid. Le système politique a floué les citoyens et je ne suis pas prêt à jouer ce jeu. Je pense que l’Etat d’Israël devrait s’unir, [mais] ils nous divisent et nous conduisent à la mort. Nous devons vivre ensemble et donc, si je remporte [vraiment les élections], la première chose que nous ferons sera d’essayer de former la plus large coalition nationale possible. »

Lapid a également exclu l’idée de se présenter comme numéro deux pour un autre candidat : « si [le défunt Premier ministre du Likud] Menachem Begin était ici, je serai prêt à être son numéro 2, 3 ou 10, mais vos sondages montrent que je suis la seule alternative » à Netanyahu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, Yair Lapid, président du parti Yesh Atid, et Yuval Steinitz, ministre des Renseignements israéliens en arrière-plan, à la Knesset, le 8 juillet 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, Yair Lapid, président du parti Yesh Atid, et Yuval Steinitz, ministre des Renseignements israéliens en arrière-plan, à la Knesset, le 8 juillet 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le parti Yesh Atid a appelé la semaine dernière à la dissolution de la Knesset et à la tenue d’élections anticipées, quelques jours après qu’un sondage a montré qu’il était au coude à coude avec le Likud. La nouvelle enquête a montré que les deux partis ont gagné du terrain depuis le sondage de septembre, dans lequel le parti de Lapid dépassait, avec 24 sièges à la Knesset, le Likud, à 22 sièges.

L’appel du parti centriste est intervenu alors que la coalition de Netanyahu est secouée par de vifs désaccords internes sur un projet de loi visant à éviter la destruction d’implantations construites sur des terrains palestiniens privés.

« Les citoyens d’Israël méritent mieux », avait déclaré le parti Yesh Atid dans un communiqué de presse.

« Le gouvernement d’Israël est entièrement concentré sur ses propres abîmes politiques et n’importe quoi, sauf ce qui est important pour les citoyens d’Israël, a déclaré le parti. Il n’y a eu aucune discussion importante dans une institution gouvernementale quelconque sur la direction que prend le pays, que ce soit dans les domaines économiques, sociaux, diplomatiques ou sécuritaires. »

Formé par Lapid, ancien journaliste, en 2012, le parti Yesh Atid a fait irruption sur la scène politique en remportant le nombre surprenant de 19 sièges à la Knesset, devenant ainsi le deuxième plus grand parti représenté. Il avait rejoint le Likud pour former une coalition. Aux élections de 2015, le parti avait chuté à 11 sièges, et s’oppose désormais au gouvernement de Netanyahu.

Le ministre de l'Education Naftali Bennett (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 1er septembre 2015. (Crédit : Haim Hornstein/Flash90)

Le ministre de l’Education Naftali Bennett (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 1er septembre 2015. (Crédit : Haim Hornstein/Flash90)

Netanyahu est actuellement empêtré dans un affrontement interne à la coalition entre le parti de droite HaBayit HaYehudi et le parti Koulanou, de centre droit, au sujet du projet de loi dit de régulation et du futur de l’avant-poste d’Amona.

Le parti Koulanou de Moshe Kahlon, le ministre des Finances, compte 10 sièges et possède ainsi un pouvoir de veto de facto au sein de la coalition de 67 députés, puisqu’un projet de loi doit remporter au moins 61 voix pour être voté. Netanyahu a besoin du soutien des huit sièges du parti HaBayit HaYehudi et des 10 sièges de Koulanou pour maintenir sa coalition au pouvoir.