Lapid : se réconcilier avec la Turquie était une erreur
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Lapid : se réconcilier avec la Turquie était une erreur

Alors qu'Ankara et Jérusalem ne cessent de se lancer des piques, le chef de Yesh Atid appelle à la reconnaissance du génocide arménien et à "enterrer" les plans de gazoduc

Yair Lapid, président de Yesh Atid, pendant une réunion de son groupe parlementaire à la Knesset, le 10 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Yair Lapid, président de Yesh Atid, pendant une réunion de son groupe parlementaire à la Knesset, le 10 juillet 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lundi, le chef de Yesh Atid, Yair Lapid, a qualifié « d’erreur diplomatique » l’accord de réconciliation passé entre Israël et la Turquie l’année dernière, dans un contexte de guerre de mots qui ne cesse de s’intensifier entre Ankara et Jérusalem.

Lapid a indiqué que son parti déposerait une proposition de loi à la Knesset reconnaissant le génocide arménien – une initiative qu’Israël s’est traditionnellement abstenu de prendre par crainte de mettre en colère la Turquie, pays avec lequel l’Etat juif a rétabli des liens en 2016.

Le chef de Yesh Atid a également appelé à « enterrer la mauvaise idée » de construire un gazoduc reliant la Turquie et Israël pour « augmenter son soutien à la création d’un état juif indépendant » et « pour assister les Kurdes avec les Etats-Unis et avec les pays de la région ».

Ces commentaires sont survenus après que le président turc Recep Tayyip Erdogan a qualifié Israël dimanche « d’état terroriste » qui « tue des enfants ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en réponse, a accusé le chef turc de bombarder les civils turcs et d’aider les terroristes à assassiner des innocents. Dimanche soir, la Turquie a accusé Israël de « massacrer » des milliers de Palestiniens.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d’une conférence de presse à Athènes, le 7 décembre 2017 (Crédit : AFP/Louisa GOULIAMAKI)

Ces échanges amers entre la Turquie et Israël ont été attisés par les tensions accrues entraînées par la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël.

S’exprimant lors de la rencontre hebdomadaire de sa faction, Lapid a condamné l’accord de réconciliation signé en 2016 avec la Turquie, qui a vu les deux pays restaurer des liens qui avaient tourné à l’aigre après l’incident de la flotille du Mavi Marmara il y a six ans.

Les relations entre les anciens alliés avaient implosé en 2010 suite à une opération navale israélienne menée contre un bateau transportant de l’aide envoyée par les Turcs qui tentait de forcer le blocus israélien de la bande de Gaza, dirigée par le Hamas. Le raid, dans lequel des commandos de l’armée israélienne avaient été attaqués par des militants qui se trouvaient à bord, s’était soldé par la mort de dix Turcs et plusieurs soldats blessés.

« L’accord de réconciliation avec les Turcs, après l’incident de Marmara, a été une erreur diplomatique et il a échoué. Nous ne serons pas menacés. Pas par les Turcs. Pas par les Palestiniens. Pas par le monde arabe. S’ils n’apprécient pas la déclaration du président Trump – c’est leur problème », a-t-il estimé.

« Erdogan a franchi les limites », a dit Lapid. « Il attaque les soldats de l’armée israélienne et les qualifie d’assassins. Il fait partie du problème en ce qui concerne la présence de l’Iran en Syrie. Cela ne peut pas rester sans réponse ».

« Quelqu’un qui nie le meurtre de centaines de milliers d’enfants au cours du génocide arménien ne peut pas nous donner de leçons. Quelqu’un qui a coopéré avec l’Iran et le Hezbollah en Syrie, dans une guerre qui a fait un demi-million de morts, ne peut pas nous donner de leçons », a ajouté Lapid.

Dimanche, lors d’une conférence de presse aux côtés du président français Emmanuel Macron, Netanyahu a expliqué que Erdogan était un dictateur brutal qui soutenait les groupes terroristes palestiniens dans leurs efforts visant à « tuer des innocents ».

« Je ne suis pas habitué à recevoir des leçons de moralité de la part d’un dirigeant qui bombarde les villageois kurdes dans sa Turquie natale, qui emprisonne des journalistes, qui aide l’Iran à contourner les sanctions internationales et qui aide les terroristes, notamment à Gaza, à tuer des innocents », a dit Netanyahu.

Cela fait longtemps qu’Israël demande à la Turquie de mettre un terme à son soutien au Hamas et de ne pas permettre aux membres du groupe terroriste de vivre en Turquie.

Le président français Emmanuel Macron, à droite, s’exprime lors d’une conférence de presse conjointe aux côtés du Premier ministre Benjamin Netanyahu suite à leur rencontre au palais de l’Elysée à Paris, le 10 décembre 2017 (Crédit : AFP/Pool/Philippe Wojazer)

Les propos de Netanyahu étaient eux-mêmes une réponse faite à Erdogan, qui avait promis d’utiliser « tous les moyens pour combattre » la reconnaissance par les Etats-Unis d’Israël comme capitale du pays.

« La Palestine est une victime innocente… Concernant Israël, c’est un état terroriste, oui, terroriste ! », avait dit Erdogan. « Nous ne laisserons pas Jérusalem à la merci d’un état qui tue des enfants ».

Le leader turc a employé une rhétorique brutale contre Israël presque quotidiennement depuis la reconnaissance officielle par Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Le président américain Donald Trump tient un mémorandum signé après avoir prononcé son discours concernant Jérusalem depuis la Maison-Blanche, à Washington, le 6 décembre 2017, sous le regard du vice-président américain Mike Pence (Crédit : Saul Loeb / AFP)

Dimanche soir, la Turquie avait une fois encore fait une déclaration condamnant Israël.

« Il n’est pas possible de prendre au sérieux les allégations et les accusations faites par des gens qui, avec leur mentalité, ont massacré des milliers de Palestiniens, transformé les territoires des Palestiniens en prison à ciel ouvert afin d’éliminer leur culpabilité », avait expliqué le porte parole d’Erdogan, Ibrahim Kalın.

« Nous condamnons dans les termes les plus forts le discours prononcé par le Premier ministre Netanyahu ciblant la république de Turquie et le président Recep Tayyip Erdogan », avait déclaré Kalin dans un communiqué écrit.

Israël méprise le droit international, a « occupé le foyer, depuis des centaines d’années, du peuple palestinien et viole systématiquement les résolutions adoptées aux Nations unies », avait encore affirmé ce communiqué, ajoutant qu’ « Israël « doit d’abord être tenu pour responsable de ses actions ».

Des manifestants pro-palestiniens scandent des slogans contre les Etats-Unis et Israël en brandissant des drapeaux turcs et palestiniens le 10 décembre 2017 au cours d’une manifestation à Istanbul (Crédit : AFP/Yasin Akgul)

Dans un discours prononcé à la Maison Blanche la semaine dernière, Trump avait défié les avertissements internationaux et avait insisté sur le fait qu’après avoir échoué à réaliser la paix à de multiples reprises, il fallait opter pour une nouvelle approche, qualifiant sa décision de reconnaître Jérusalem comme étant le siège du gouvernement israélien comme simplement basée sur la réalité.

Trump avait souligné qu’il ne précisait pas les frontières à apporter à la souveraineté israélienne dans la ville, et demandé à ce que le statu-quo soit maintenu dans les lieux saints.

Cette initiative avait été saluée par Netanyahu et par les leaders d’une grande part des formations politiques israéliennes.

Ce changement survenu dans la politique américaine a entraîné des manifestations dans tout le monde musulman et à des journées d’agitation en Cisjordanie et à Gaza.

Le Hamas a appelé la semaine dernière à une nouvelle intifada contre Israël et permis à des milliers de Gazaouis d’affronter les soldats israéliens à la clôture frontalière ces derniers jours.

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