Il y a deux ans, l’ancien commentateur TV Yair Lapid est arrivé de nulle part pour s’imposer comme le succès des élections, faisant gagner à son parti centriste Yesh Atid 19 sièges et devenant un membre clé de la coalition de Netanyahu.

Puis, il y a trois mois, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a renvoyé Lapid du poste de ministre des Finances et enclenché le processus qui a conduit à un retour prématuré aux urnes.

Cette fois, comme la dernière fois, Yesh Atid tourne autour de 12 sièges, mais le parti est optimiste. Cette fois, comme la dernière fois, Lapid et ses collègues mènent une campagne ardue et large à travers le pays. Cette fois, contrairement à la dernière fois, Lapid joue sur ses propres ambitions de Premier ministre.

Dans une interview avec le Times of Israel dimanche, à une terrasse de café à Tel Aviv, Lapid a répondu aux questions intérieures et diplomatiques, sur le fonctionnement interne du gouvernement Netanyahu, la corruption financière, l’antisémitisme européen et plus. Il s’est exécuté quand on nous a poliment interrompus pour une prise de photo.

Nous avons parlé en anglais : toujours très bon, celui de Lapid est maintenant excellent – peut-être un bon atout pour un poste de ministre des Affaires étrangères ? – et ses réponses incluaient des citations de la Bible, Orwell, Clinton et Mario Cuomo.

Il est resté discret sur le contenu des réunions du cabinet de sécurité israélien, s’est abstenu de prédire les élections, et de préciser qui il recommandera comme Premier ministre au président Rivlin le 18 mars, mais s’est montré avenant sur à peu près tout le reste.

Lapid, 51 ans, se dit être « un homme très patient. »

Times of Israel : J’ai été intrigué par vos semi-commentaires dans le passé selon lesquels, dans le cabinet sécuritaire, derrière des portes closes, il y avait un peu de panique dans le comportement du Premier ministre, laissant entendre que vous n’êtes pas sorti de la guerre l’été dernier, par exemple, confiant dans sa direction. Je trouve cela inquiétant.

Yair Lapid : Je dois préserver ma réputation de seul ministre qui ne fuite pas les réunions du cabinet de sécurité. Il est vrai que j’ai dit qu’à la fin des événements de l’été, j’étais moins rassuré dans ses capacités de leadership, mais c’est tout ce que je peux dire.

Je trouve tout le discours entourant les événements de l’été un peu inquiétant. Même les derniers jours, il y a eu ce chaud débat entre [le ministre de l’Economie Naftali] Bennett et [ministre de la Défense Moshe] Yaalon sur les tunnels.

Plus de 70 personnes sont mortes, dont 67 soldats, sous votre responsabilité. Le moins qu’on puisse faire est d’être assez respectueux pour garder ce débat derrière des portes closes, même s’il vous fait remporter des gains politiques.

Mais qu’aurait-il pu être fait différemment ? D’autres dirigeants auraient-ils pu éviter ce conflit ? L’un d’eux aurait-il pu mieux le gérer ?

Je ne commenterai ce qui est arrivé pendant, mais ce qui est arrivé juste après. Le fait que nous ne soyons pas sortis de l’opération Bordure protectrice avec une politique immédiate – le fait que nous ne faisions pas partie de la conférence des donateurs [d’après-guerre] au Caire, le fait que nous ayons évité toute forme de dialogue avec l’Autorité palestinienne sur la réhabilitation, sous condition de démilitarisation de Gaza, est irresponsable au mieux, et au pire du cynisme politique.

C’était un cas classique de Netanyahu ayant peur de Bennett, Bennett d’Uri Ariel et Uri Ariel de trois rabbins en Samarie.

Et nous sommes ici, tout un pays – et je pense à ces gens qui vivent autour de la bande de Gaza, je pense à des gens comme Haim Yellin, chef du Conseil régional Eshkol, qui est maintenant avec Yesh Atid… En raison de ces trois rabbins que craint Uri Ariel, personne ne fait rien.

En quoi le lendemain de la guerre aurait-il été différent ?

Il y avait une fenêtre d’opportunité – dans deux domaines, l’un que tout le monde connaît, l’autre moins connu.

Le premier est qu’il y a une coalition de pays arabes plus modérés qui cherche une sorte de coopération avec nous, parce que nous avons un ennemi commun, qui est l’islam radical, et le Hamas fait partie de cet axe du mal.

[Le président égyptien] El-Sissi a déclaré le Hamas organisation terroriste, y compris sa branche politique. Donc, c’est un côté.

L’autre côté, c’est que lorsque la conférence des donateurs a été créée, ils ont appelé la Norvège à la présidence, parce que la Norvège à l’époque était un Etat très anti-israélien, pro-palestinien.

Mais dans l’intervalle, il y a eu un changement de gouvernement en Norvège. La Norvège a maintenant un gouvernement de centre-droit, qui est très pro-Israël. Leur ministre des Affaires étrangères, Børge Brende, est un ami personnel et un bon gars. Nous n’avons même pas demandé d’assister à [la conférence]. Ils se sont contentés de dire quelque chose de vague sur le fait que les Egyptiens [étaient] contre [notre présence]. Si nous avions été là, montrant que c’était vraiment important pour nous, et que nous avons à la fois la volonté et la capacité d’aider l’Autorité palestinienne…

Quel était le problème de Netanyahu ?

Si vous voulez [démilitariser et réhabiliter Gaza], vous devez le faire via l’Autorité palestinienne. Il ne voulait pas le faire. Apparemment, il savait déjà qu’il allait vers des élections et ne voulait pas apparaître comme quelqu’un qui coopère avec l’Autorité palestinienne.

Et c’est pourquoi nous avons manqué l’occasion d’au moins mettre sur la table la démilitarisation de Gaza. C’est un bel exemple, mais c’est en fait un triste exemple, de la façon dont la politique passe avant l’intérêt national.

Eh bien, parlez-moi de l’Iran. Il a raison à propos de l’Iran, n’est-ce-pas ? C’est un accord terrible ?

Commençons par les compliments. Depuis plus d’une décennie, Netanyahu fait un très bon travail en mettant la question iranienne sur la table internationale. Il y était engagé, et ses capacités de propagande sont bien connues. Mais il a laissé tomber la balle cette fois.

Parce que si c’est un accord épouvantable – je ne suis pas sûr que nous en sachions assez ; mais si tout ce qu’ils disent à propos de l’accord est vrai, alors vous devez vous positionner au bon endroit pour avoir la capacité d’influencer l’accord.

Benjamin Netanyahu au Congrès le 3 mars 2015 (Crédit : flash 90/Amos Ben Gershom/GPO)

Benjamin Netanyahu au Congrès le 3 mars 2015 (Crédit : flash 90/Amos Ben Gershom/GPO)

Netanyahu a raison de dire au Congrès [la semaine dernière] qu’un bon accord vaut mieux qu’un mauvais accord. Mais [pour obtenir un bon accord] vous devez avoir de l’influence.

Par ailleurs, il a soulevé la question du nombre de centrifugeuses dont ils disposent. Je pense que la question principale doit être le genre de supervision, et quelles sont les lignes rouges dans un accord. Pourquoi ? Parce que cela nous permettra de concentrer nos renseignements pour apporter la preuve d’une faute de l’Iran.

En tant qu’Israélien, je pouvais m’identifier à chaque mot du discours [au Congrès]. Je ne pouvais pas m’identifier avec le fait que le discours ait été prononcé ni avec son timing.

À cause de cela, nous avons perdu presque tout espoir d’obtenir les deux tiers nécessaires du Congrès dont nous avions besoin pour éviter un veto présidentiel.

Nous avons perdu plus de points que nous en avons gagnés à cause de ce très bon discours, très professionnel.

Nous aurions pu gagner tous les points nécessaires s’il avait prononcé le discours deux semaines après les élections, et eu la politesse nécessaire d’appeler le président et de dire, « j’ai été invité à parler au Congrès. Ça vous dérange ? » C’est la célèbre route vers l’enfer.

Pavée de bonnes intentions ?

Hmmm, peut-être pas. Je retire la métaphore.

Pour en revenir aux Palestiniens, doit-on traiter directement avec Mahmoud Abbas ?

J’ai perdu espoir dans la voie bilatérale. Dans les deux dernières années, je n’étais pas seulement un membre du cabinet de sécurité, mais de l’équipe de négociations – avec Tzipi [Livni],Yaacov Peri, et Yitzhak Molcho.

Yitzhak Molcho (à gauche), chef du Shin Bet, Yoram Cohen (au centre) et Amos Gilad (à droite), trois des envoyés du Premier ministre aux pourparlers de cessez-le-feu au Caire (Crédit : Michal Fattal, Yossi Zamir / Flash90)

Yitzhak Molcho (à gauche), chef du Shin Bet, Yoram Cohen (au centre) et Amos Gilad (à droite), trois des envoyés du Premier ministre aux pourparlers de cessez-le-feu au Caire (Crédit : Michal Fattal, Yossi Zamir / Flash90)

Il y a cette théorie de gauche disant que cet accord est simple : tout ce que nous avons à faire est d’entrer dans la pièce avec Abbas et Saeb Erekat. De fermer la porte.

Nous connaissons le cadre : quelque chose à Jérusalem ; quelque chose sur le droit de retour, peut-être symbolique, peut-être un peu plus que symbolique ; les frontières de 1967, et c’est tout, et nous signons les papiers.

Eh bien, cela ne fonctionne pas, et n’a pas fonctionné depuis longtemps maintenant, et ne fonctionnera pas. Abbas a 80 ans. Et même si vous êtes âgé de 80 ans, savoir que vous serez assassiné cinq minutes après la signature ne pousse pas vraiment à signer. Donc, vous devez trouver une autre voie.

La méthode de la droite est encore pire. Elle dit que même si nous pouvons signer un accord, nous ne devrions pas le faire à cause du prix politique, car nous ne savons pas comment évacuer les colons et là, ça recommence : Netanyahu a peur de Bennett, Bennett a peur d’Uri Ariel, Uri Ariel a peur de trois rabbins en Samarie.

Vous n’êtes pas d’accord avec le point de vue disant que si nous abandonnons le territoire, de très mauvaises personnes expulseront des personnes relativement modérées, puis nous aurons le Hamas à la frontière de la Cisjordanie ?

Eh bien, nous avons le Hamas à Gaza. Il ne menace pas l’existence d’Israël. Ce qui menace l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique, c’est l’idée loufoque d’essayer de digérer 3,5 millions de Palestiniens et de rester un Etat juif démocratique.

Cela ne peut se réaliser. Cela conduit au mi-terme – avant on disait long terme, mais maintenant c’est le mi-terme – non seulement pour compléter l’isolement mondial, mais aussi vers un Etat binational. Et vous savez quoi ? Mon père n’est pas venu ici du ghetto sur un navire pour vivre dans un Etat binational.

Néanmoins, qu’en est-il de la conclusion de Gaza, selon laquelle si vous sortez du territoire adjacent, des extrémistes islamistes prennent le dessus et paralysent le pays ?

Eh bien, c’est pourquoi je m’oppose à tout ce qui est unilatéral.

Mais même si nous le faisons par accord, le Hamas n’écartera-t-il pas Abbas assez facilement ?

Même maintenant…

Sauf que nous sommes là.

C’est pourquoi dans tout accord qui doit être signé, les mesures sécuritaires sont l’essentiel pour nous. Je ne parle pas de la paix. La paix, nous pouvons commencer à en parler d’ici dix ans. Je ne renoncerai jamais à l’espoir de paix.

Actuellement, il n’y a pas de paix sur la table. Seul un accord. De leur côté, ce qu’ils veulent, c’est un Etat. Je suis prêt à leur donner un.

De notre côté, ce que nous voulons, c’est des mesures sécuritaires et leur faire signer sur les mesures sécuritaires que nous voulons. Et ceux qui sont capables de leur faire signer sont les pays arabes modérés, en réalité la Ligue arabe. Nous devrions nous tourner vers la Ligue arabe. La Ligue arabe se rassemble en mars à Charm-el-Cheikh. Le général Sissi est aux commandes pour la première fois.

Dans des circonstances normales, nous serions là, à entamer des négociations avec eux. Sur la question palestinienne. Ils peuvent faire signer les Palestiniens. Les Palestiniens ne peuvent pas signer par eux-mêmes.

« Netanyahu a peur de Bennett, Bennett a peur d’Uri Ariel, Uri Ariel a peur de trois rabbins en Samarie. »

Yair Lapid

Vous vous souvenez en 1994 la cérémonie au Caire, où Arafat a refusé de signer et où Moubarak a dit : « Signe, chien » ? El-Sissi n’est pas si différent de Moubarak dans ce sens, et nous avons besoin de quelqu’un comme lui.

Si vous prenez la coalition des Egyptiens avec El-Sissi, et des Saoudiens avec des gens comme Turki bin Faisal, qui sont capables de promouvoir des idées positives, les Emirats et la Jordanie, bien sûr, il y a une coalition complète.

Ils nous regardent maintenant, pas comme un problème, mais comme une opportunité. Nous avons l’intelligence technologique, nous avons l’expérience de la lutte contre le terrorisme, nous avons la capacité de créer des coalitions avec l’Occident.

Tout le monde parle de cela. Vous avez des raisons concrètes d’y croire ?

Ce que je peux dire officiellement, c’est qu’il y a eu des antennes ces quelques dernières années, des ouvertures. Ce dont les gens ne se souviennent pas, c’est que l’Autorité palestinienne et le futur Etat palestinien – je l’espère pas toujours, mais certainement pour les prochaines années – est totalement dépendante du soutien financier extérieur.

Et par conséquent, cette coalition arabe dispose d’un avantage.

Oui.

Nous devrions probablement parler des élections. Pensez-vous que nous, Israéliens, nous sommes si habitués à Netanyahu que nous avons un peu peur d’essayer quelqu’un d’autre ?

Oui, en quelque sorte. Bien sûr, c’est une de ces choses qui clochent. Je vais vous donner un exemple. Lorsque Shimon Peres a quitté ses fonctions [de président l’année dernière], tout le monde a dit : qui pourra jamais le remplacer ? Et Shimon Peres est le doyen du monde, et pas seulement d’Israël.

Reuven Rivlin (Crédit : Flash 90)

Reuven Rivlin (Crédit : Flash 90)

Je veux dire, après la mort de Nelson Mandela, le monde est resté avec Shimon Peres comme le vieil homme à prendre pour modèle. Et puis Ruby Rivlin est devenu président, et trois semaines après, vous dites, ouais, c’est un bon président. Il est différent, mais il est bon.

Donc, c’est la même chose. Trois semaines après le mandat de Premier ministre de quelqu’un d’autre, vous ne vous souviendrez pas de cette impression que personne ne peut remplacer Netanyahu. Netanyahu n’est pas un très bon Premier ministre. Il a fait très peu en deux ans, j’étais dans son gouvernement. Peu lui importe, ce qui m’agace.

Il aime être Premier ministre. Je ne sais pas pourquoi. Parce qu’il ne fait rien. Alors, il est plus que remplaçable. Et oui, les Israéliens se sont habitués à lui, mais ils vont s’habituer à quelqu’un d’autre très rapidement, parce que tout ce qui viendra sera mieux.

Comment voyez-vous le vote le 17 mars ?

Je n’en ai aucune idée.

C’est très humble par rapport à la dernière fois.

Oui, peut-être que nous avons appris quelques leçons. Je ne suis plus un commentateur politique. Maintenant c’est votre travail.

Ouais, eh bien, à vrai dire je ne sais pas non plus.

C’est étrange : lorsque les élections ont été annoncées, j’étais le seul à le dire, il ne sera pas Premier ministre et tout le monde a dit, non, c’est sûr que oui. Maintenant, nous sommes neuf jours avant les élections et personne ne sait…

Cela devient plus incertain ?

Oui. Si vous regardez les chiffres, il va probablement gagner de nouveau, mais quel genre de coalition aura-t-il ? Avec qui ? A quoi ressemblera la scène politique ? Le parti arabe deviendra-t-il un acteur de premier plan ? Aurons-nous de nouveau les gens de Kahane à la Knesset ? Meretz existera-t-il ? C’est intéressant à regarder et il n’y a aucun moyen de savoir. Donc, je vais faire mon boulot, qui est de travailler dur et de me battre pour chaque vote.

Avez-vous souhaité fusionner avec le leader de Koulanou, Moshe Kahlon ?

Non, j’ai reçu un très bon sondage disant que si nous faisons campagne ensemble, nous pourrions gagner. Alors j’ai appelé Kahlon – nous sommes en bons termes et nous serons en bons termes ; en ce moment il m’attaque parce qu’il pense qu’on gagne des votes de cette façon ; mais c’est faux.

Moshe Kahlon (photo credit: Gili Yaari/Flash 90)

Moshe Kahlon (Crédit : Gili Yaari/Flash 90)

J’ai dit : tu dois venir et voir quelque chose, et il est venu, nous avons pris un café, et je lui ai montré. Mais il ne s’est jamais vraiment… ce n’était pas une rencontre concrète.

Mais vous auriez potentiellement gagné les élections ?

Oui.

Alors, pourquoi ne l’avez-vous pas poussé ?

L’impression était que cela ne mènerait nulle part. Les gens n’ont pas seulement peur du changement. Ils prennent conscience du changement très tardivement. Bill Clinton a dit une fois, tout le monde veut changer, mais personne ne veut être changé. Cette arène de droite et gauche est finie. Il n’y a plus deux blocs en Israël. Il y a trois blocs.

La droite, la gauche et le centre, et la majorité des Israéliens sont au centre. Je suis un homme très patient. J’ai beaucoup de défauts et très peu de qualités, mais l’une des qualités que j’ai, c’est la patience. Et je comprends que c’est un changement culturel et un changement culturel prend du temps.

Mais les gens commencent à comprendre que ce n’est plus un système de deux blocs. C’est un système à trois blocs et une majorité d’Israéliens voteront pour un grand parti centriste. J’ai pensé créer ce bloc, mais il n’a pas fonctionné. Donc finalement, nous devrons faire en sorte que Yesh Atid lui-même crée ce bloc.

Est-il possible néanmoins que vous soyez élu Premier ministre ?

Je ferai tout ce que le peuple d’Israël veut que je fasse. Ce n’est pas de moi. Hier, j’étais à Beer Sheva et j’ai vu tous les panneaux d’affichage. « Liberman pour la Défense », « Kahlon aux Finances », et je vois un panneau d’affichage pour Moshe Peretz [chanteur]. Et je conduis, et j’essaie de comprendre de quel parti est Moshe Peretz. Et puis je me rends compte que Moshe Peretz est un chanteur et qu’il a un concert à Beer Sheva.

Pourquoi je vous raconte tout cela ? Parce que les gens sont tellement préoccupés par eux-mêmes, la position qu’ils auront. Pas moi. Je suis devenu un homme politique pour devenir ministre des Finances à la tête d’un grand parti, et je serai ce que les gens veulent que je sois, je travaillerai pour eux. Et ce n’est pas juste un slogan dicté par les gens des relations publiques. C’est ce que je crois vraiment.

Avez-vous décidé qui vous recommanderez au président comme Premier ministre ?

Non, nous verrons ce qui se passe. Tout ce que je dirais maintenant est prématuré. Pire que cela, c’est un jeu.

Il serait raisonnable de penser que vous direz n’importe qui sauf Netanyahu, après l’avoir vu à l’œuvre pendant deux ans et avoir eu le sentiment qu’il ne faisait pas du bon travail.

Mais que se passe-t-il si le lendemain des élections ils annoncent un gouvernement d’union avec les travaillistes ? Qu’adviendra-t-il si… que sais-je ?

Vous ne pensez pas qu’il est si dangereux pour Israël que vous ne pouvez imaginer le recommander ?

Je veux dire, toutes les questions que vous avez pour le 18 mars, posez-les moi le 18 mars.

Je suis très étonné de votre brouille avec Bennett. Vous avez tenu à rejoindre ensemble la coalition la dernière fois.

C’est historiquement faux. Le lendemain des dernières élections, je me suis rendu chez [la chef travailliste d’alors] Shelly Yachimovich et j’ai fait de mon mieux pour la convaincre – je n’étais pas assez bon – je lui ai dit, nous allons former un gouvernement Likud, Yesh Atid, travailliste.

Ce sera un gouvernement de rêve. Nous pourrons parvenir à la paix, nous pourrons faire de grandes choses en économie. Ils ont refusé. Je suis sûr qu’ils ont leurs raisons, mais c’était mon premier choix.

Yair Lapid, dirigeant du parti Yesh Atid et Naftali Bennett, dirigeant du parti HaBayit HaYehudi, à la Knesset, février 2013. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Yair Lapid, dirigeant du parti Yesh Atid et Naftali Bennett, dirigeant du parti HaBayit HaYehudi, à la Knesset, février 2013. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Lorsque cela n’a pas marché, je devais créer une coalition différente et je voulais adopter une loi sur l’égalité du fardeau, qui est l’un des principes les plus importants de Yesh Atid. Donc Bennett était le seul choix que nous avions. Et c’est ainsi que la « fraternité » a été inventée.

Cela a marché pendant un certain temps.

Regardez ce que nous avons accompli : nous avons fait passer [la loi sur] l’égalité du fardeau ; imposé les mathématiques et l’anglais dans les écoles ultra-orthodoxes ; nous avons réduit les gouvernements à 18 ministres ; nous avons annulé les ministres sans-portefeuille ; nous avons créé un programme national pour aider les survivants de l’Holocauste.

Nous avons fait beaucoup en un an et huit mois. Et nous avons fait tout cela tout en réhabilitant l’économie israélienne, presque détruite par le précédent gouvernement Netanyahu.

Quand je suis arrivé au poste, j’ai trouvé un trou budgétaire de 40 milliards, un déficit de 5,5 % et un chômage en hausse. Nous avons dû remédier à tout cela. Donc, nous avons fait beaucoup.

Mais à un moment donné, quelque chose s’est passé au sein de son parti, que je n’ai pas suivi exactement, mais ils sont devenus plus religieux et plus à droite, pour des raisons internes.

Bennett n’était-il pas toujours très à droite ?

Il est le moins extrême de son parti. Il est le plus modéré. C’était Uri Orbach. Maintenant c’est lui. Et oui, c’est un extrémiste.

Le projet de loi ultra-orthodoxe que vous avez fait passer. Cela fonctionne ?

Oui. Le nombre de jeunes haredim qui rejoignent l’armée a augmenté de 39 %, mais le nombre le plus important est la hausse de 300 % chez les jeunes haredim qui font partie de la main-d’œuvre.

Pourquoi avez-vous défendu la classe moyenne par rapport aux pauvres ? Votre [emblématique « Israélienne moyenne »] Ricky Cohen était la classe moyenne.

Nous défendons les pauvres. Nous avons énoncé une évidence : pour aider les pauvres, il faut des ressources, et les ressources pour aider les pauvres sont créées par une classe moyenne forte.

Nous tenons des séances dans mon parti, à l’ancienne, nous nous réunissons, mettons sur la table une question idéologique et discutons jusqu’à ce que les flammes sortent de tous les yeux.

Et nous avons discuté de cela et j’ai dit : quand vous dites que vous devez aider les pauvres, ce n’est pas être social, c’est être empathique et il y a une différence. Vous souhaitez avoir une réelle influence sociale ? Montrez-nous où trouver l’argent pour les pauvres.

Si vous regardez le budget 2015, il y avait, par exemple, un plan pour élever 190 000 pauvres, des personnes âgées – les gens que vous voyez faire les poubelles – au-dessus du seuil de pauvreté.

« Si vous regardez les chiffres, il va probablement gagner de nouveau, mais quel genre de coalition aura-t-il ? Avec qui ? A quoi ressemblera la scène politique ? Le parti arabe deviendra-t-il un acteur de premier plan ? Aurons-nous de nouveau les gens de Kahane à la Knesset ? Meretz existera-t-il ? »

Yair Lapid

Pour ce faire, vous avez besoin d’une économie forte et une économie forte est créée par une classe moyenne forte. Je suis pour prendre l’argent des magnats, mais l’argent réel, c’est la classe moyenne israélienne. Nous sommes là pour la classe moyenne et les pauvres.

J’ai interviewé Stav Shaffir il y a quelques semaines et elle a parlé de la corruption dans les allocations budgétaires et de l’insuffisance du contrôle des transferts de fonds dans le budget discrétionnaire. Elle a dit qu’elle était en contact avec vous, que vous auriez pu mettre un terme à cela, mais que vous l’avez laissée tomber.

Des choses se produisent qui nécessitent la réaffectation des budgets. Il y a des campagnes comme Bordure protectrice. Des ponts s’effondrent, des routes ont besoin d’être réparées…

Ce n’est pas ce qu’elle dit. Elle a dit qu’ils approuvent l’argent pour un usage particulier à la commission des Finances de la Knesset, puis sont convoqués à des réunions d’urgence, où ils ne reçoivent pas assez d’informations, et tout finit dans les mauvaises poches. Ainsi, par exemple, le scandale actuel de la corruption autour d’Yisrael Beitenu. Votre député Yesh Atid Dov Lipman m’a donné moins de détails, mais s’est également plaint de ce processus : nous ne savons pas pour quoi nous votons.

Donc, c’est pourquoi nous avons déclaré que nous allons passer un projet de loi prévoyant la transparence dans le budget. Quel est le dicton ? La lumière du soleil est le meilleur désinfectant ? C’est OK pour l’opposition de s’opposer. C’est son job. Et c’est le devoir du gouvernement de gouverner. Je pense que Mario Cuomoa a dit, faire campagne est de la poésie et gouverner est de la prose. Nous sommes en campagne maintenant, donc tout est poésie. Nous avons gouverné et c’était de la prose.

Si vous gouverniez le monde, gèleriez-vous la construction ? Ou gèleriez-vous la construction en dehors des blocs ?

C’est la raison pour laquelle il est évident pour moi que nous devons avoir la droite, la gauche, mais aussi le centre.

Il y a une alliance contre-nature entre la gauche israélienne et la droite israélienne sur les colonies : ni la gauche ni la droite ne veulent différencier les colonies isolées des blocs. Pourquoi ? Parce que la gauche veut tout rendre, et le droite ne veut rien rendre.

Je fais la différence. Ariel et Yitzhar ne sont pas pareilles. Itamar et le Gush Etzion ne sont pas pareils. Tapuah et Maale Adumim ne sont pas pareilles. Et si nous voulons garder les blocs, nous devons comprendre que nous finirons par devoir abandonner les implantations isolées.

Et que feriez-vous avant un accord ?

Je m’oppose à tout ce qui est unilatéral. Et tant qu’ils y vivent, bien sûr, [les résidents] méritent une protection du gouvernement israélien. Je viens d’une maison de ce qu’on appelait autrefois le camp national, mais oui, pour subsister en tant qu’Etat juif, c’est douloureux, mais oui nous devons quitter ces lieux. Cela sera horrible. Cela ne changera pas [seulement] l’atmosphère politique.

Cela vous changera et me changera en tant que personnes. Cela changera notre point de vue sur la démocratie, la fraternité, l’amitié. La relation entre le citoyen et l’État, tout. Ça sera la blessure la plus douloureuse, et je ne le ferais pas si cela n’était pas si nécessaire, mais c’est nécessaire.

Pour finir, j’ai grandi à Londres et il y avait toujours un antisémitisme sous-jacent. Maintenant, dans certaines parties d’Europe, c’est une évidence. Il y avait deux discours très intéressants aux funérailles des quatre victimes de l’attentat terroriste dans l’épicerie casher à Paris : Netanyahu disant aux Juifs d’Europe qu’ils doivent fuir en Israël, et Rivlin disant aux gouvernements européens qu’ils doivent garantir la sécurité de leurs Juifs. Qu’en
pensez-vous ?

Je veux que chaque Juif dans le monde vienne en Israël, parce que c’est l’État d’origine de chaque Juif dans le monde. Mais je ne veux pas qu’ils fuient, qu’ils viennent ici parce qu’ils ont peur. S’ils vivent à Paris, ils doivent être protégés à Paris.

[Ariel] Sharon disait qu’Israël est la capitale du monde juif. Nous avons l’obligation envers les Juifs qui sont en détresse. Quand il y a la faim et le massacre en Ethiopie, oui, nous attendons d’Israël qu’il envoie des avions pour les ramener chez eux.

Mais c’est la faille dans ce que dit Netanyahu. Il dit : il y a eu un attentat dans un supermarché parisien, alors les Juifs de Paris doivent venir en Israël. Disons qu’ils viennent en Israël et vivent à Netanya et qu’il y a un attentat dans un supermarché de Netanya. Doivent-ils revenir ? Cela semble fantastique dans sa tour d’ivoire, mais cela n’a pas de sens pour les Juifs du monde entier.