L’Arab Bank, accusée aux Etats-Unis d’avoir financé des attentats revendiqués par les mouvements terroristes tels que le Hamas et le Jihad islamique, est une des plus prestigieuses banques arabes.

Elle a été fondée en 1930 par Abdel Hamid Choman, un autodidacte palestinien qui fut marchand ambulant à New York avant de revenir chez lui pour y fonder la première institution financière privée du monde arabe. Prise durant des décennies dans les aléas politiques et économiques du Moyen-Orient, la banque s’est forgé une solide réputation de professionnalisme.

Lorsque le mandat britannique sur la Palestine a pris fin en 1948, la banque a déménagé de Jérusalem à Amman. Aujourd’hui, elle possède 600 succursales dans 30 pays, avec un total du bilan de 46,4 milliards de dollars l’an dernier et des fonds propres de 7,8 milliards de dollars.

« C’est une banque solide, très rentable et ultra-professionnelle », dit à l’AFP l’économiste jordanien Riad al-Khouri.

Aujourd’hui pourtant, elle est accusée d’avoir versé 5 300 dollars aux familles d’auteurs d’attentat suicide pour le compte de l’organisation non-gouvernementale Saudi Committee.

Arab Bank ne nie pas avoir transféré de l’argent à des Palestiniens à la demande de Saudi Committee qui a des comptes chez elle. Mais elle objecte que les bénéficiaires ne figuraient sur aucune liste terroriste.

Ce procès, l’un des tout premiers qui voit une banque accusée de financement de terrorisme, pourrait créer un précédent. Mais pour Khouri, il est « inconcevable » que l’Arab Bank –qui a déjà réussi à obtenir de la justice américaine qu’elle classe sans suite une plainte similaire– se soit livrée à de telles transactions.

– ‘Sa culture : le business’ –

Choisie par les pays donateurs et les organisations internationales pour leurs opérations financières dans les Territoires palestiniens, elle a enregistré une hausse de 7% de ses bénéfices nets durant le premier semestre de cette année.

L’Arab Bank gère aussi le compte de l’Autorité palestinienne et reçoit le produit des taxes douanières et de la TVA prélevées par Israël pour le compte de l’Autorité palestinienne.

La banque a « catégoriquement démenti » les accusations lancées contre elle. Pour experts et économistes, ces poursuites sont le fruit d’une campagne d’organisations américaines pro-israéliennes destinée à discréditer la cause palestinienne.

L’Arab Bank est l’un des premiers employeurs des Territoires palestiniens avec un millier d’emplois directs dans ses 27 branches.

« Sa culture, c’est le business bancaire mondialisé, pas palestinien. Ils n’ont pas d’objectif religieux, culturel ou politique », souligne Khouri.

Un avis partagé par Zahi Khouri, l’un des plus influents entrepreneurs palestiniens qui dirige la production locale de Coca-Cola. « Le secteur privé la voit comme une banque de première catégorie, éthique et vraiment apolitique », dit-il à l’AFP.

Les titres de la banque représentent entre 20 et 33% de la capitalisation boursière en Jordanie.

Le conseiller auprès du département de la justice américaine a affirmé en mai que l’Arab Bank était « un partenaire constructif des Etats-Unis pour lutter contre le financement du terrorisme ».

– Elle-même victime du terrorisme –

La famille Choman ne détient plus que moins de 2% du capital de la banque. Mais les clients palestiniens n’ont jamais oublié que les Choman et leur banque ont respecté tous leurs engagements en 1948 et en 1967 lorsqu’Israël a pris le contrôle de Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la bande de Gaza.

Le patron de la banque est actuellement Sabi Masri.

Poursuivie à New York pour soutien présumé au terrorisme, l’Arab Bank affirme en avoir fait elle-même les frais.

Le frère de M. Masri, maire de Naplouse dans le nord de la Cisjordanie, a été assassiné dans les années 1980 par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP).

Sabi Masri est également le propriétaire de l’hôtel Grand Hyatt à Amman, endeuillé en 2005 par un triple attentat suicide meurtrier revendiqué par Al-Qaïda. Actionnaire à hauteur de 20%, la famille Hariri a également payé un lourd tribut aux attentats qui ont ensanglanté son pays, le Liban. En 2005, Rafic Hariri, alors Premier ministre, avait été tué dans un attentat à la voiture piégée.