Une semaine après que l’armée israélienne a formellement reconnu que les armes informatiques constituaient une quatrième dimension de la guerre, avec la terre, l’air et la mer, le ministre de la Défense a chanté mercredi les louanges des armes digitales, en déclarant qu’elles peuvent attaquer et conquérir des atouts de l’ennemi sans laisser de trace.

« L’espace informatique permet d’attaquer n’importe quelle autre nation dans une action offensive, d’obtenir une victoire sans laisser d’empreintes, même s’il y a des suspicions », a déclaré le ministre de la Défense Moshe Yaalon, mercredi, à la 5e Conférence de Sécurité Informatique à l’Université de Tel-Aviv, selon un communiqué de la conférence.

« Nous y sommes déjà, nous ne parlons pas d’un futur éloigné. Nous en avons fait l’expérience dans des actions quotidiennes d’Israël contre ses ennemis. »

La référence à l’action offensive était quelque chose de rare et elle est intervenue seulement deux semaines après que l’on a pointé du doigt Israël comme suspect d’une attaque informatique contre les participants aux négociations sur le nucléaire avec l’Iran.

Le 10 juin, l’entreprise de sécurité informatique russe Kaspersky ZAO a affirmé avoir été piratée et que le programme pirate utilisé contre son propre système avait aussi été utilisé pour cibler trois hôtels européens de luxe – qui accueillaient des officiels prenant part aux négociations internationales sur le nucléaire.

Les virus, selon le Wall Street Journal, ont permis aux assaillants d’utiliser les microphones dans les hôtels, de compresser et de voler des vidéos.

Si le nouveau virus n’avait aucun lien direct avec Israël, a écrit le Wall Street Journal, il était si complexe et si proche de Duqu, un programme que l’on croit provenir d’Israël, qu’il « n’aurait pas pu être créé par quelqu’un d’autre sans l’accès à la source code originale de Duqu », a affirmé Kaspersky dans son rapport.

Des anciens chefs de l’Unité 8200, l’équivalent israélien de la NSA, et du Shin Bet ont rejeté les accusations.

Carmi Gillon, un ancien chef du Shin Bet a décrit la tentative russe d’espionner l’ambassade d’Israël d’Israël à Moscou dans les années 1950. Il a déclaré qu’à l’époque, le KGB avait creusé un tunnel le long de plusieurs centaines de mètres sous le bâtiment afin de placer des appareils d’écoute.

« La politique est la même politique, les cibles sont les mêmes cibles, seuls les outils ont changé », a-t-il déclaré.

D’autres ont suggéré que le vieux code avait été rendu public et qu’il avait pu être copié-collé par n’importe qui.

Le général (réserviste) Pinchas Buchris, un ancien chef de l’Unité 8200, a déclaré que « les progrès informatiques changeront le monde ».

Lui et le général (réserviste) Yair Cohen, un autre ancien commandant de 8 200, ont vu les bénéfices offensifs de la guerre informatique. Cohen a déclaré qu’Israël devrait s’efforcer de répliquer, avec des attaques informatiques, sa salve d’attaque de la Guerre de Six Jours dans laquelle l’armée avait détruit 180 avions ennemis en trois heures.

Buchris a suggéré, par exemple, que si les roquettes « stupides » et non guidées du Hezbollah étaient protégées des attaques informatiques, ses missiles guidés pouvaient être ciblés par des armes informatiques. « Oui, vous pouvez traiter cela », a-t-il déclaré.

En règle générale, Cohen a déclaré que la guerre informatique « favorise les faibles et non les forts ».

Buchris a comparé la situation à un ballon. Il a dit que les défenseurs informatiques sont forcés d’essayer de garder le ballon avec leurs mains tandis que les assaillants ont seulement besoin de frapper « avec une épingle ».

Gillon a suggéré qu’aujourd’hui une organisation terroriste pouvait prendre le contrôle d’un avion et « faire quelque chose comme un 11 septembre » sans utiliser d’assaillants en chair et en os.

En termes de menaces militaires pour le 21e siècle, il a déclaré que l’informatique « se situe juste derrière les armes nucléaires ».

Yaalon a noté que l’activité criminelle informatique est si importante aujourd’hui qu’elle dépasse celle liée à la drogue (au niveau mondial), mais il a déclaré qu’Israël a investi dans la protection et dans le développement au point de devenir une superpuissance.

D’après Cohen, même si l’on suppose que, par exemple l’Armée de l’Air, soit presque totalement protégée d’une attaque, une frappe contre l’Autorité nationale de l’eau d’Israël aurait des conséquences pour tout le monde, y compris pour les pilote de l’armée.

Citant un ancien chef de la NSA (anonyme), il a déclaré : « Nous construisons un futur basé sur une capacité que nous n’avons pas encore appris à protéger. »

La semaine dernière, dans une décision historique, le commandant de l’armée israélienne a décidé d’établir un nouveau corps de l’armée responsable de toute l’activité informatique.

Le lieutenant général Gadi Eisenkot a appelé à la création du nouveau corps pour qu’il soit dirigé par un général deux étoiles au même niveau que la Marine ou l’armée de l’Air ; une question fondamentale qui devient « chaque jour plus importante ».