L’utilisation de la force militaire israélienne contre les installations nucléaires de l’Iran serait un acte de « dernier recours », a déclaré le commandement de l’armée de l’air d’Israël jeudi, mais une partie de son rôle est de veiller à ce que l’armée de l’air a « la réelle capacité de faire le travail » si l’ordre lui est donné.

Le major-général Amir Eshel, dans sa première interview accordée à la télévision depuis qu’il a pris le commandement de l’armée de l’Air israélienne il y a de cela 3 ans, a déclaré aux informations de la Dixième chaîne jeudi qu’un Iran doté d’une capacité nucléaire « aurait beaucoup d’importance pour l’ensemble du Moyen-Orient, pas juste pour Israël ».

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi l’armée de l’air n’avait pas reçu l’ordre de frapper l’Iran de la même manière qu’il a détruit le réacteur nucléaire de Saddam Hussein à Osirak en 1981 et, selon les médias étrangers, un réacteur syrien en 2007, Eshel explique qu’Israël « dispose d’une gamme d’outils » pour aborder les menaces. « La solution est l’utilisation d’une combinaison de ces outils ».

L’utilisation de la force militaire « est le dernier recours », a-t-il précisé. Cette décision n’a pas encore été prise ».

Néanmoins, a-t-il ajouté, « je dois me préparer à avoir la capacité de sorte que si une décision est prise, nous aurons la réelle capacité de faire le travail. C’est notre rôle ».

Des inspecteurs de l'AIEA et des techniciens iraniens à la centrale nucléaire de Natanz, le 20 janvier 2014  (Crédit : Irna/AFP/Archives Kazem Ghane)

Des inspecteurs de l’AIEA et des techniciens iraniens à la centrale nucléaire de Natanz, le 20 janvier 2014
(Crédit : Irna/AFP/Archives Kazem Ghane)

Le reportage de la télévision, qui a reçu l’autorisation d’être diffusé par les censeurs militaires d’Israël, a informé qu’Israël a investi d’« immenses ressources » dans la préparation d’une éventuelle frappe sur l’Iran. « L’aviation israélienne a construit sa capacité d’attaquer l’Iran depuis plus d’une décennie », précise le commentateur.

Evoquant le système de défense aérienne russe S-300, missiles qui pourraient être livrés à l’Iran selon Moscou, et si cela arrive, Israël craint aussi qu’ils ne trouvent son chemin vers la Syrie, Eshel précise que son déploiement présenterait « un défi considérable », mais un défi auquel l’armée de l’air israélienne pourrait faire. « Le S-300 est un système très sophistiqué », a-t-expliqué.

Il utilise des missiles de longue portée avec des capacités très impressionnantes. Mais il n’y a pas de défi qui ne peut pas être résolu. Ce n’est pas un mur qui vous bloque et vous ne pouvez pas détruire ». Il a indiqué que l’armée de l’air était en train de « développer de nos capacités – notre technologie et notre méthodologie » depuis un certain temps pour relever le défi.

Missiles S-300 lors de la parade la Victoire sur la place rouge à Moscou le 9 mai 2009 (Crédit : Kremlin.ru/CC BY 3.0  via Wikimedia Commons)

Missiles S-300 lors de la parade la Victoire sur la place rouge à Moscou le 9 mai 2009 (Crédit : Kremlin.ru/CC BY 3.0 via Wikimedia Commons)

Le reportage a pu filmer Eshel en train de diriger un entraînement pour préparer ses troupes à une « situation de guerre » dans laquelle l’armée de l’air aurait à mener des milliers de tirs de missiles par jour. Eshel explique que la capacité de l’armée de l’air a plus que triplé dans certains domaines de ses capacités offensives.

L’équipe de télévision a également été autorisé à filmer dans la salle de contrôle d’un drône de reconnaissance sans pilote d’Eitan, qui a expliqué qu’il pourrait fonctionner « dans n’importe quelle zone que vous pourrez imaginer » et qui est serait capable d’atteindre l’Iran.

Eshel précise que les pays qui ont déployé les S-300 pourraient avoir un faux sentiment d’ « immunité contre les attaques » qui pourrait les inciter à mener des actions « provocatrices » et « indésirables » parce qu’ils auront le sentiment erroné d’être protégés. Il n’a pas précisé de quels pays ou de quel type d’actions dont il parlait.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a maintes fois fustigé l’accord émergent entre les puissances mondiales et l’Iran, mettant en garde que, loin d’arrêter la volonté nucléaire du régime, il « ouvrira la voie » à un arsenal nucléaire iranien. Netanyahu a également souligné qu’Israël « se tient seul » pour contrecarrer l’Iran si nécessaire, et a comparé le régime de Téhéran aux nazis.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Barack Obama l'année dernière à la Maison Blanche (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO/FLASH90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Barack Obama l’année dernière à la Maison Blanche (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO/FLASH90)

Le président américain Barack Obama, l’un des champions de l’accord émergent, aurait décidé de ne rencontrer Netanyahu qu’après la date butoir du juin 30 pour parvenir à un accord final avec l’Iran, de peur que le Premier ministre israélien n’utilise une telle réunion pour critiquer davantage l’accord, a indiqué le New York Times jeudi.

En parlant de la guerre de 50 jours entre Israël et le Hamas de l’été dernier, Eshel a déclaré que son objectif était de l’emporter de manière décisive et aussi rapidement que possible dans les conflits futurs.

Il a aussi admis que si Israël avait frappé les tours clés à Gaza, qui auraient été utilisés comme centres de contrôle par le Hamas, plus tôt dans le conflit qu’au 47e jour, la guerre se serait terminée plus tôt.

Se référant à l’armée terroriste du Hezbollah au sud du Liban, il a mis en garde sur le fait que le Hezbollah « traînait » le Liban vers « une guerre très dure » et a déployé sa machine militaire dans les « villes et villages [civiles] du Liban ».

Les maisons où les missiles ont été déployés par le Hezbollah, a expliqué Eshel, « sont essentiellement des bases militaires… et nous allons les frapper ».

« Les civils libanais qui vivent dans ou à proximité de ces maisons (où le Hezbollah a mis en place des missiles) doivent savoir une chose », a-t-il prévenu, si le conflit éclatait, « ils devraient fuir dès que possible ».

Si le Hezbollah, avec lequel Israël a mené une guerre amère en 2006, provoque un autre conflit, Eshel a assuré que « le Liban vivrait une expérience dont il n’imagine pas l’ampleur. Je ne voudrais échanger ma place avec aucun Libanais, » avait-il conclu.