La justice israélienne a demandé au ministère de la Défense de justifier le tracé de la barrière de séparation en Cisjordanie qui menace deux sites emblématiques palestiniens, le village de Battir et la vallée de Crémisan.

Par ailleurs, Human Rights Watch (HRW) a dénoncé mardi le projet de l’armée israélienne d’installer un site touristique archéologique sur les ruines de Nabi Samuel, un village palestinien de Cisjordanie proche de Jérusalem, en grande partie détruit en 1971.

La Haute Cour de Justice a demandé au ministère de la Défense de justifier d’ici le 27 février sa décision de faire passer la barrière de séparation sur les terres de Batir, au sud-ouest de Jérusalem.

Les terrasses agricoles de Battir, datant de l’époque romaine, sont considérées comme un prétendant sérieux au classement par l’Unesco au Patrimoine mondial de l’humanité.

Fait inhabituel, le recours, présenté par l’ONG Les Amis de la Terre/Moyen Orient, est soutenu par l’Autorité israélienne des réserves et parcs naturels, pourtant dirigée par des partisans des implantations, au nom de la protection de l’environnement et du site.

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La Cour suprême israélienne, saisie par les habitants de la vallée de Crémisan, un foyer du patrimoine chrétien palestinien, a adopté une décision similaire, donnant au ministère jusqu’au 10 avril pour justifier le tracé, une audience étant prévue le 30 juillet.

HRW s’alarme pour sa part du sort de Nabi Samuel, coupé du reste de la Cisjordanie depuis 2007 par la barrière israélienne et enclavé entre deux pans de cette barrière.

« L’armée israélienne asphyxie Nabi Samuel depuis des années, et il est cruel de faire maintenant de la partie du village détruite par l’armée une attraction touristique », s’indigne dans un communiqué la directrice de l’ONG pour le Moyen Orient, Sarah Leah Whitson.

« Non seulement les autorités israéliennes excluent les Palestiniens de tout rôle dans la gestion de leur héritage culturel, mais elles pervertissent l’archéologie pour en faire un instrument afin de chasser les Palestiniens », ajoute-t-elle.

Les terrasses agricoles du village de Battir (Crédit : autorisation de l'ONG Les Amis de la Terre/Moyen Orient/FoEME)

Les terrasses agricoles du village de Battir (Crédit : autorisation de l’ONG Les Amis de la Terre/Moyen Orient/FoEME)

L’administration militaire israélienne projette de construire à Nabi Samuel, qu’elle a classé « parc naturel », une route d’accès, un parking et des infrastructures pour accueillir des visiteurs sur ce site où serait inhumé le prophète biblique Samuel.

« L’armée doit abandonner ce projet et lever les restrictions excessives qui empêchent les habitants de construire, de cultiver leurs terres et limitent leur liberté de mouvement », affirme HRW.

L’ONG souligne que les Conventions de Genève sur la protection des civils « interdisent à Israël, en tant que puissance occupante, de rendre la vie des Palestiniens dans les territoires occupés tellement difficile qu’ils soient de fait forcés de partir ».

Un porte-parole de l’Administration civile, l’instance militaire israélienne qui administre des parties de la Cisjordanie, a rejeté les propos de HRW, affirmant que les habitants de Nabi Samuel pouvaient faire venir des produits dans leur village de façon quotidienne, et que ceux dotés de permis de travail étaient autorisés à entrer en Israël.

La Cour internationale de justice (CIJ) a estimé le 9 juillet 2004 que la construction de cette barrière « de sécurité » pour Israël, baptisée « mur de l’apartheid » par les Palestiniens, était illégale et exigé son démantèlement, tout comme l’Assemblée générale de l’ONU.