Alors que les incidents se multiplient sur la frontière nord de l’Etat hébreu, un responsable militaire israélien de haut rang a déclaré jeudi que la Syrie pourrait probablement entrer en confrontation avec Israël, si l’Etat hébreu se voyait contraint de lancer une offensive militaire contre le Hezbollah dans un proche avenir.

Selon lui, les investigations menées sur les dernières embuscades aux frontières libanaise et syrienne mettent en évidence des erreurs logistiques et tactiques de la part des forces israéliennes dans la région.

Il a également indiqué que la modération de l’attitude de l’Iran à l’égard de l’Occident, qualifiée de stratagème par certains dirigeants israéliens, est « authentique ».

Le responsable, qui s’exprime sous couvert d’anonymat, a fourni des explications détaillées sur les deux récentes attaques contre des patrouilles de l’armée israélienne le long de la frontière nord.

Attaques qui soulignent, à ses yeux, la nécessité pour l’armée israélienne d’opérer des changements tactiques à une frontière de plus en plus volatile.

« Nous pouvons en tirer un million de leçons, et aucune n’est très positive », déplore-t-il. Une référence aux conclusions encore en cours d’élaboration sur les embuscades des 14 et 18 mars, dans la région de Har Dov, à l’ouest du mont Hermon, et à proximité du plateau du Golan.

Le 14 mars, un engin explosif détonne au passage d’une patrouille israélienne dans une zone frontalière. Le 18 mars, quatre soldats patrouillant en Jeep sur la frontière, près du village de Majdal Chams, sont blessés lorsqu’une bombe éclate au passage de leur véhicule. L’un des soldats est grièvement blessé.

« Le problème le plus complexe, en tant qu’officier supérieur, est de comprendre de quelle manière entrer dans la tête des pelotons ou commandants de compagnie, qui ont peu d’expérience, n’ont pas servi dans le Sud-Liban, qui n’ont jamais vu une bombe de leur vie. Comment leur expliquer la menace et la manière dont ils sont censés agir ? »

L’armée poursuit ses investigations sur les incidents et les conclusions seront probablement présentées aux responsables de l’état-major la semaine prochaine, affirme-t-il. D’ici-là, explique-t-il, il préfère éviter de s’exprimer sans équivoque.

Mais, « nul doute qu’à la lumière de ces menaces, nous devons agir différemment ». Le principal « défi est de montrer notre capacité d’adaptation le plus rapidement possible », mais également d’une façon « aussi ordonnée que possible ».

Le responsable, qui s’exprimait devant un parterre de journalistes, a axé ses explications sur la guerre en Syrie et ses conséquences sur le Moyen-Orient. Le conflit remodèlerait le visage de la région et modifierait la nature des défis sécuritaires posés à l’Etat juif.

Qualifiant le conflit de « bataille antique » pour la suprématie au sein de l’Islam, il a ajouté que les deux camps s’enlisaient dans un statu quo de 1 000 morts par semaine.

« Aucun camp n’est en mesure de remporter la bataille » et les violences « se répandent » au-delà des confins de la Syrie, au Liban, en Israël et à d’autres pays.

Il décrit un régime syrien maintenu à flot grâce à une combinaison du soutien militaire iranien, du Hezbollah, et de l’approvisionnement en armes russes.

S’exprimant au sujet du commandant de la Force Qods, Qassem Suleimani, le responsable militaire a confirmé que le général iranien a eu un très grand impact sur l’effort de guerre.

« Celui qui dirige toute cette campagne est un homme du nom de Suleimani, un Gardien de la révolution iranienne », affirme-t-il. « Il est principalement basé en Syrie et représente le régime iranien ».

Une rue en Syrie, ravagée par la guerre civile (Crédit : AFP)

Une rue en Syrie, ravagée par la guerre civile (Crédit : AFP)

Les troupes du Hezbollah mènent souvent les combats. Selon lui, le mouvement terroriste chiite agit de plus en plus sous le contrôle direct du régime des mollahs et maintiendrait entre 3 000 et 5 000 combattants sur le territoire syrien. Ils auraient souffert de la perte de 5 00 hommes depuis le début du conflit syrien et de plus de 2 000 blessés, selon les estimations israéliennes.

Ce sacrifice a établi « un lien de sang » entre le président syrien alaouite et l’organisation chiite. La relation qui lie les deux parties, autrefois fondée exclusivement sur des intérêts communs et fondamentalement inégale, aurait évolué.

Et Assad « est prêt à payer n’importe quel prix pour qu’ils puissent rester. Il est prêt à prendre des risques », affirme-t-il.

Ces risques incluent les transferts d’armes de pointe, qualifiés par Israël de ligne rouge, mais également une volonté manifeste d’entrer dans un conflit qui opposerait Israël au Hezbollah. En cas de guerre, prévient-il, « nous pensons que la Syrie tentera d’aider autant que possible le Hezbollah ».

Les régimes Assad, père et fils, se sont soigneusement tenus à l’écart de tout conflit depuis la guerre du Liban en 1982, en grande partie par crainte que toute participation mette en péril la survie du régime.

La relation entre la Syrie et le Hezbollah a évolué en liens très étroits contraignant l’armée israélienne à opérer désormais dans l’hypothèse qu’une guerre avec le Hezbollah pourrait bien déclencher des représailles syriennes.

Des tonnes de missiles pourraient alors s’abattre sur Tel Aviv et les actes terroristes se multiplier le long de la frontière.

Ce conflit ressemblerait aux précédents, si ce n’est que le mouvement terroriste, qui possède le huitième plus grand arsenal de roquettes dans le monde, a opéré plusieurs changements dans sa doctrine de combat, laissant présager une terrible lutte.

Le Hezbollah a cherché à accroître la quantité, la précision, et la capacité de destruction de son arsenal de roquettes, estimé à 100 000. « Si nous avons dû subir 1 500 roquettes en une semaine pendant l’opération Pilier de Défense, ce sera 3 000 par jour en cas de conflit contre le Hezbollah ».

Par ailleurs, le Hezbollah a acquis une expérience militaire inestimable en Syrie et a choisi de déplacer son arsenal de combat dans des zones peuplées. « Ça va être laid », regrette l’officier.

L’évolution du régime iranien est authentique.

Selon le responsable de l’armée israélienne, l’Iran, à l’instar de la Turquie et de l’Egypte, est aux confins de la lutte entre fondamentalisme et modernité.

Le régime des mollahs domine toujours l’axe dit du mal, propage toujours la terreur à travers le monde, davantage que toute autre nation et aspire toujours à devenir une puissance nucléaire. « Mais le changement qui s’opère la bas, on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’un non-sens. Je pense que le changement en Iran est authentique », assure-t-il.

« Les jeunes Iraniens veulent s’intégrer au monde. Ils veulent Facebook, McDonald’s, les films hollywoodiens. Ils ne veulent pas être mis à l’écart. Ils désirent faire partie du monde. Et nous devons nous rappeler que le printemps arabe a débuté avec les étudiants iraniens… Les gens aiment dire qu’il a commencé avec [le marchand ambulant tunisien Mohammad] Bouazizi. Ce n’est pas vrai. Les premiers qui ont investi les rues sont les étudiants iraniens. Nous ne devrions pas nous montrer confus. Ça a commencé là-bas », a-t-il tenu à préciser, évoquant la révolution verte de 2009, lorsque les étudiants iraniens ont protesté en vain contre les résultats des élections.

L’Iran est animé par des contradictions internes. « Reste-t-il le pays le plus dangereux de la région ? Oui. Existe-t-il beaucoup de forces internes en mouvement là-bas ? Oui. « Comment cela finira-t-il ? Je ne sais pas ».