Le directeur du Commandement du Sud de l’armée israélienne a révélé mercredi la localisation de deux tunnels présumés du Hamas, placés sous un immeuble et sous une maison dans le nord de la bande de Gaza. Il a également menacé de bombarder ces structures en cas de futur conflit, malgré son désir d’éviter les pertes civiles.

Les tunnels seraient reliés à un vaste réseau souterrain dans la bande de Gaza, que le Hamas pourrait utiliser pour déplacer armes et soldats autour du territoire pendant un conflit, a indiqué mercredi le général de division Eyal Zamir pendant une conférence téléphonique avec des journalistes.

Zamir a accusé le groupe terroriste du Hamas de construire à dessein ses tunnels sous des structures civiles, pour fournir une couverture à ses opérations.

« Les renseignements que nous avons [montrent] que le Hamas opère dans une arène civile et sous couverture de la population civile, préparant ses infrastructures pour le prochain conflit au sein de l’arène civile », a dit Zamir.

« Leur objectif, évidemment, est qu’il soit plus difficile pour nous d’agir », a-t-il ajouté.

Gadi Eizenkot, à gauche, chef d'état-major, et le directeur du Commandement de la région Sud, le général Eyal Zamir, au centre, inspectent le "tunnel terroriste" creusé par le Hamas depuis la bande de Gaza jusque dans le sud d'Israël, le 18 avril 2016. (Crédit : unité des portes-paroles de l'armée israélienne/Flash90)

Gadi Eizenkot, à gauche, chef d’état-major, et le directeur du Commandement de la région Sud, le général Eyal Zamir, au centre, inspectent le « tunnel terroriste » creusé par le Hamas depuis la bande de Gaza jusque dans le sud d’Israël, le 18 avril 2016. (Crédit : unité des portes-paroles de l’armée israélienne/Flash90)

L’un des bâtiments est situé près d’une station service, l’autre est en face d’un cimetière.

Zamir a prévenu que « ces sites sont des cibles militaires légitimes. Quiconque se situe dans [ces bâtiments] se met en danger et met en danger sa famille dans le cas d’un autre conflit, et la responsabilité en est portée par l’organisation du Hamas. »

L’annonce de Zamir a eu lieu un jour après un tir de roquette depuis la bande de Gaza vers le sud d’Israël, qui n’a entraîné ni blessé, ni dégât. En réponse, Israël a détruit deux positions du Hamas, qui règne de facto sur la bande de Gaza.

Pendant la réunion, le général a décrit la situation précaire de la bande de Gaza. « D’une part, il y a la stabilité, de l’autre, l’explosion potentielle », a-t-il dit.

Zamir a indiqué que le Hamas ne semble pas intéressé par une guerre contre Israël maintenant, mais se prépare à un conflit futur, tout comme Israël.

« D’une part, il y a la stabilité, de l’autre, l’explosion potentielle »
Le général Zamir

La construction d’une barrière souterraine et en surface autour de la bande de Gaza, qui a pour objectif d’empêcher la construction par le Hamas de tunnels entrant en Israël pour y mener des attaques, avance comme prévu, a précisé le général.

L’armée avait autrefois exprimé ses inquiétudes à l’idée de la construction d’une barrière, qui a véritablement commencé cet été, et qui pourrait servir de catalyseur à de nouveaux affrontements contre le Hamas.

Le groupe terroriste voit ses tunnels comme une arme centrale de son combat contre Israël, et la barrière les menace.

Zamir n’a pas abordé cette préoccupation en particulier, mais a indiqué qu’il espérait que le groupe terroriste « n’essaiera pas de nous défier ».

Les travaux préliminaires de cette barrière ont commencé en fin d’année dernière, mais la construction principale a commencé cet été. « Nous travaillons sur la barrière selon un plan. Ces prochains mois, ce projet prendra beaucoup d’élan », a-t-il dit.

Zamir a ajouté que la barrière de 60 kilomètres devrait être terminée d’ici deux ans. Elle comprendra une section souterraine, une nouvelle clôture et plusieurs systèmes de haute technologie. Une fois terminée, « elle pourra nuire [aux tunnels d’attaque] et les neutraliser. »

Travaux de construction d'une barrière de sécurité souterraine pour déjouer les attaques de terroristes palestiniens à la frontière avec Gaza, en septembre 2016. (Crédit : capture d'écran Ynet)

Travaux de construction d’une barrière de sécurité souterraine pour déjouer les attaques de terroristes palestiniens à la frontière avec Gaza, en septembre 2016. (Crédit : capture d’écran Ynet)

Des maisons sur les tunnels

L’armée a fourni deux images satellites des couvertures présumées des tunnels du Hamas à Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza, ainsi que leurs coordonnées géographiques : 31°33’05.9″N 34°28’07.9″E et 31°32’45.2″N, 34°29’52.8″E.

Selon le général, l’entrée de l’un des tunnels du Hamas est située sous un immeuble résidentiel de six étages, qui a été construit ces deux dernières années. Il est situé près d’une station-service du quartier d’al-Atatra.

La photographie satellite de l’armée souligne la localisation approximative de la gaine du tunnel dans le coin sud de l’immeuble.

Image satellite fournie par l'armée israélienne et présentant l'emplacement d'un tunnel du Hamas, construit sous une maison du nord de la bande de Gaza. Photographie diffusée le 9 août 2017. (Crédit : armée israélienne)

Image satellite fournie par l’armée israélienne et présentant l’emplacement d’un tunnel du Hamas, construit sous une maison du nord de la bande de Gaza. Photographie diffusée le 9 août 2017. (Crédit : armée israélienne)

L’armée a indiqué que le second site est une maison possédée par Omar Muhammad Mahmoud Hamad, qui y vit avec ses cinq enfants, à Beit Lahiya. Le père et le frère de Hamad vivent aussi dans la maison. L’armée a précisé que Hamad est un membre actif du Hamas.

Selon l’armée israélienne, le tunnel situé sous la maison de Hamad est lié à une mosquée voisine.

La maison est proche d’un cimetière, de la mairie de Beit Lahiya, d’une école de garçons et d’une station-service. Le centre médical Hala Al Shawa se situe non loin de là.

Le général n’a pas précisé quels renseignements avaient permis de déterminer que les maisons servaient de couverture à une infrastructure souterraine.

Zamir a souligné que l’armée n’avait « aucune intention ni désir de blesser des civils », mais qu’il y aurait probablement des victimes dans le prochain conflit en raison des difficultés de la guerre urbaine. Il a ajouté que l’armée ferait ce qui était nécessaire pour protéger l’Etat d’Israël.

Membre de la branche armée du Jihad islamique palestinien, les brigades Al-Quds, dans un tunnel de la bande de Gaza, le 3 mars 2015. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Membre de la branche armée du Jihad islamique palestinien, les brigades Al-Quds, dans un tunnel de la bande de Gaza, le 3 mars 2015. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Le chef du Commandement du Sud a noté que les deux sites de couverture des tunnels n’étaient pas les seuls à avoir été identifiés par l’armée, mais les seuls que l’armée était prête à rendre publics.

« Ils montrent les modes opératoires du Hamas et la manière dont ils mettent en danger les citoyens de la bande de Gaza », a-t-il dit.

Mettre en place des infrastructures militaires sous des bâtiments civils n’est pas nouveau pour le Hamas. Pendant et après la guerre de 2014, le Hamas avait été critiqué par la communauté internationale pour avoir utilisé des hôpitaux, des écoles et des mosquées comme couverture pour ses activités terroristes.

En juin, un tunnel terroriste creusé par le Hamas avait été retrouvé sous une école des Nations unies dans le centre de la bande de Gaza.

Le baril de poudre de Gaza

Pendant la conférence téléphonique, Zamir a indiqué que le tir de roquette de mardi soir était une exception, soulignant que les trois années écoulées depuis la guerre de 2014 avaient été les plus calmes en termes d’attaques terroristes provenant de la bande de Gaza.

« Nous voyons que le Hamas est dissuadé, restreint, et qu’il limite aussi les attaques terroristes » depuis Gaza, a indiqué le général.

En juillet 2014, Israël avait lancé l’opération Bordure protectrice en réponse aux tirs de roquettes de Gaza. Pendant la campagne de 50 jours, l’armée a détruit quelque 14 tunnels entrant en territoire israélien, et appauvri l’arsenal du Hamas.

Depuis la guerre de 2014, entre une et deux roquettes ont été tirées tous les mois en moyenne depuis la bande de Gaza. Elles sont tirées par des groupes salafistes marginaux, et non par le Hamas, qui a pris le contrôle du territoire en 2007 et y règne depuis sans partage.

Ouverture d'un tunnel découvert par l'armée israélienne dans la bande de Gaza, le 20 juillet 2014. Illustration. (Crédit : armée israélienne)

Ouverture d’un tunnel découvert par l’armée israélienne dans la bande de Gaza, le 20 juillet 2014. Illustration. (Crédit : armée israélienne)

Zamir a cependant ajouté que, même si le groupe terroriste tentait d’empêcher les attaques dans la bande de Gaza, nonobstant le tir de roquette de mardi soir, le Hamas « attise les flammes » et dirige des activités terroristes en Cisjordanie et à Jérusalem.

« Il continue également à se renforcer et à se préparer pour la prochaine guerre », a dit Zamir.

Selon les évaluations militaires, le groupe terroriste aurait terminé de refournir ses caches d’armes et de reconstruire son réseau de tunnels.

« Il doit être dit que chacun de ces efforts […] se font aux dépens des civils », a dit Zamir.

Le Hamas est accusé depuis longtemps de détourner les matériaux destinés à la reconstruction de la bande de Gaza et de les utiliser pour construire des tunnels et d’autres infrastructures militaires.

Ces derniers mois, la situation humanitaire s’est détériorée dans la bande de Gaza, alors que le conflit entre le Hamas et l’Autorité palestinienne (AP) sur le paiement des factures d’électricité a plongé le territoire dans l’obscurité.

Le Hamas comme l’AP refusent de payer l’électricité de Gaza, et les habitants n’ont plus accès qu’à quelques heures d’électricité par jour.

« Le Hamas se préoccupe d’abord et avant tout de son infrastructure militaire, puis après seulement de ses citoyens », a dit Zamir.