Le régime syrien vient de remporter des victoires grâce aux combattants aguerris du Hezbollah et aux divisions au sein des insurgés qui les empêchent de défendre les positions conquises dans le centre du pays au début de la révolte, selon les experts.

La semaine dernière, il s’est emparé du bastion rebelle de Yabroud, près de la frontière libanaise, infligeant une défaite stratégique et symbolique à l’opposition.

Et jeudi, ses soldats ont hissé le drapeau officiel syrien sur le Krak des Chevaliers, la fameuse forteresse croisée au centre de la ville stratégique de Homs, aux mains des insurgés depuis près de trois ans.

Cette avancée a été rendue possible grâce à une nouvelle stratégie développée depuis quelques mois dans le sillage des trêves négociées entre le gouvernement et les opposants autour de Damas, a expliqué à l’AFP un responsable militaire.

« L’armée a tiré les leçons des trêves conclues autour de Damas », où les combattants affamés et épuisés ont rendu leurs armes, a expliqué ce colonel.

« Elle encercle entièrement un endroit et permet aux combattants de le quitter s’ils rendent leurs armes et s’engagent à ne pas les reprendre », a-t-il dévoilé.

« Ceci suscite de sérieuses divisions entre combattants locaux et radicaux, notamment les djihadistes, et rend ainsi propice l’offensive », signale le colonel.

Cette description est corroborée par les propos amers du porte-parole du Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, dans la région de Yabroud.

« La ville a-t-elle été vendue ou livrée gratuitement au régime et au Hezbollah ? », s’est interrogé sur un site Abdallah Azzam al-Chami. Selon lui, des rebelles ont fui Yabroud et propagé des rumeurs sur sa chute pour justifier leur fuite.

Elle va aussi dans le sens de ce qu’ont affirmé les opposants sur place, tant à Yabroud qu’au Krak des Chevaliers.

« La région du fort était soumise à un siège depuis plus de deux ans. Pour se nourrir, les combattants versaient des pots-de-vin aux soldats postés aux points de contrôle », a raconté à l’AFP un militant proche des chefs rebelles de la région de Homs.

Selon lui, les insurgés étaient totalement épuisés et démoralisés par la chute de la localité voisine d’Al-Zara. « Il y a eu alors un accord au terme duquel le régime a accepté d’ouvrir aux combattants un passage sécurisé vers le Liban, c’est ce qui s’est passé », a-t-il confié.

Zizanie au sein des rebelles

Pour Charles Lister, chercheur associé au Brookings Centre de Doha et spécialiste de la Syrie, « les groupes liés à l’Armée syrienne libre (ASL) ont toujours fait preuve de pragmatisme en se retirant quand la défense de certaines localités était devenue vaine ».

Les divisions se sont exacerbées notamment dans les régions rebelles du nord quand les insurgés ont retourné leurs armes contre les djihadistes les plus brutaux de l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL).

Le géographe française spécialiste de la Syrie, Fabrice Balanche, cite aussi la zizanie au sein des groupes hostiles au régime. « Une opposition divisée face à un régime uni ne peut pas gagner », dit-il.

Il note également que la présence du Hezbollah, le mouvement chiite libanais, ainsi que les supplétifs des Forces de défense nationale (FDN), ont aidé à la victoire.

« Depuis la reprise de Qousseir, le régime est à l’offensive », note-t-il faisant allusion à la première victoire de l’armée dans le région de Homs, au centre du pays en juin 2013, après une série de défaites.

« Désormais, les FDN protègent les territoires conquis par l’armée et les soldats peuvent se consacrer à de nouvelles offensives, appuyés par le Hezbollah », a-t-il dit à l’AFP.

Le mouvement politico-militaire chiite a joué un rôle déterminant dans la capture de Yabroud, comme dans toutes les autres localités de la région montagneuse de Qalamoun, au nord de Damas, et à la frontière du Liban.

La conquête de ce secteur stratégique a commencé en novembre avec l’objectif de fermer hermétiquement la frontière avec le Liban, qui servait de base arrière.

Cependant Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie et maître de conférence à l’Université d’Édimbourg, minimise la portée de ces victoires rendues possibles, selon lui, grâce à la forte implication du Hezbollah.

« Il ne faut pas généraliser car les évolutions militaires sont très localisées, ce qui n’est d’ailleurs pas nouveau: le régime avance dans certaines régions, il recule dans d’autres », assure-t-il.