L’Arménie commémorait vendredi, en présence notamment de François Hollande et de Vladimir Poutine, le génocide perpétré contre sa population en 1915 par les Turcs ottomans, une tragédie au coeur de l’identité arménienne qu’Ankara refuse de reconnaître.

Après avoir déposé sous une fine pluie et un ciel de plomb une fleur au Mémorial au victimes du génocide, le président français a de facto appelé la Turquie à reconnaître les massacres de 1915 en tant que génocide.

« Il y a en Turquie des mots, et des mots importants, qui ont déjà été prononcés mais d’autres sont encore attendus pour que le partage du chagrin puisse devenir le partage d’un destin », a affirmé M. Hollande.

« Je m’incline devant la mémoire des victimes et je viens dire à mes amis arméniens que nous n’oublierons jamais les tragédies que votre peuple a traversées », a ajouté le président français.

Vladimir Poutine a pour sa part déclaré que « rien ne peut justifier des massacres de masse » et que le peuple russe « se recueillait aux côtés du peuple arménien ».

Plus tôt dans la journée le président arménien Serge Sarkissian avait déposé une gerbe de fleurs au Mémorial, situé sur les hauteurs de Erevan. Il était accompagné par des diplomates étrangers, qui ont également déposé chacun une rose jaune.

Après une minute de silence à la mémoire des victimes, M. Sarkissian a « remercié » les dirigeants étrangers venus prendre part aux commémorations, promettant que « rien ne sera oublié ».

« Nous nous souvenons et nous exigeons » la reconnaissance du caractère génocidaire des massacres perpétrés par les Turcs ottomans entre 1915 et 1917, a ajouté le chef de l’Etat arménien.

Après la cérémonie officielle, des centaines de milliers d’Arméniens sont attendus pour une procession au Mémorial du génocide, l’endroit le plus visité du pays, où ils déposeront des bougies et des fleurs près de la flamme éternelle.

Des cérémonies commémoratives organisées par de nombreuses diasporas arméniennes auront également lieu de Los Angeles à Stockholm, en passant par Paris et Beyrouth.

Les Arméniens estiment qu’un million et demi des leurs ont été tués de manière systématique entre 1915 et 1917, pendant les dernières années de l’Empire ottoman, et une vingtaine de pays, parmi lesquels la France et la Russie, ont reconnu qu’il s’agissait là d’un génocide.

La Turquie récuse ce terme et évoque pour sa part une guerre civile en Anatolie, doublée d’une famine, dans laquelle 300.000 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort.

Canonisation des victimes

Ces célébrations interviennent au lendemain de la canonisation par l’Église arménienne des 1,5 million de morts dans ces massacres, pendant la plus importante canonisation en nombre jamais décidée par une Église chrétienne.

L’Allemagne, par la voix de son président Joachim Gauck, a reconnu jeudi soir pour la première fois le génocide arménien, soulignant sa « coresponsabilité » dans ce crime attribué à son allié ottoman pendant la Première guerre mondiale.

A deux jours de la date anniversaire, le Parlement autrichien avait quant à lui observé mercredi une minute de silence pour marquer ce génocide, une première dans ce pays, allié à l’époque à l’Empire ottoman.

Un geste qui a provoqué la fureur de la Turquie: celle-ci a dénoncé une « injure au peuple turc » et rappelé pour consultation son ambassadeur à Vienne.

Le président américain Barack Obama ne s’est de son côté risqué jeudi qu’à évoquer un « terrible carnage » dans un communiqué aux mots soigneusement choisis, évitant d’employer le mot « génocide ».

Ces derniers jours, le gouvernement turc avait déjà été très irrité par les déclarations du pape François, qui a prononcé pour la première fois le mot de « génocide » des Arméniens, et par le Parlement européen qui a demandé à la Turquie de le reconnaître.

L’Arménie, ex-république soviétique, et sa nombreuse diaspora à travers le monde luttent depuis des décennies pour que les massacres perpétrés par les forces ottomanes entrez 1915 et 1917 soient reconnus en tant que génocide.

Mais la Turquie moderne, héritière de l’Empire ottoman, rejette catégoriquement ce terme, et les relations entre les deux pays sont dans l’impasse depuis lors.

En avril 2014, M. Erdogan, alors Premier ministre, avait pourtant fait un geste inédit, en présentant ses condoléances pour les victimes arméniennes de 1915, sans pour autant cesser de contester toute volonté d’extermination.

La Turquie célèbre pour sa part en grande pompe le 100e anniversaire de la bataille de Gallipoli, un épisode meurtrier de la Première guerre mondiale. L’anniversaire du début historique des combats devrait être le 25 avril, soit samedi, mais les autorités ont avancé les cérémonies d’une journée, obligeant certains chefs d’Etat ou de gouvernement à choisir entre Gallipoli et le génocide arménien.