Les Israéliens opposés au groupe juif anti-assimilation extrémiste Lehava sont modérément optimistes sur les chances que cette arrestation par la police, mardi, du chef du Lehava Benzi Gopstein et de neuf autres membres, puisse mettre un terme aux activités racistes et ségrégationnistes du groupe.

Ils attendent de voir si des accusations criminelles suivront et puniront l’organisation, dont l’acronyme en hébreu forme le mot « flamme » en hébreu.

Selon un communiqué de la police, les arrestations suivent une vaste enquête secrète et complexe sur les activités de Lehava, qui oeuvre non seulement pour empêcher les mariages interreligieux, mais également contre la coexistence générale entre Juifs et Arabes en Israël. Gopstein et ses acolytes sont soupçonnés d’incitation à la violence et d’actes de terrorisme motivés par le racisme.

En outre, trois jeunes membres de Lehava ont été officiellement inculpés lundi pour l’incendie criminel et les actes de vandalisme commis le mois dernier sur l’école bilingue Max Rayne Yad Beyad bilingue (hébreu-arabe) de Jérusalem (après avoir reconnu les faits pendant l’interrogatoire).

Alors que certains Israéliens ont pris connaissance de l’existence du Lehava seulement après l’incendie de l’école, le 29 novembre, d’autres, tels que Israel Religious Action Center (IRAC), le bras juridique du Mouvement réformateur, travaillent depuis des années à mettre fin aux actions de Lehava, dont le nom complet en hébreu se traduit par « empêcher l’assimilation en Terre sainte ».

« Nous avons déposé 40 à 50 plaintes auprès du procureur général contre Lehava et ses dirigeants depuis 2010, et avons obtenu une réponse sérieuse à seulement l’une d’entre elles », a déclaré la directrice exécutive de l’IRAC Anat Hoffman au Times of Israel.

« Il existe des lois contre la publication et la diffusion de matériels incitateurs. Une peine de cinq ans de prison est prévue, mais il y a eu un manque de détermination de la part du procureur général et de la police pour faire respecter la loi », déplore-t-elle.

Lassée de l’absence de réponse à ses plaintes, l’IRAC et un certain nombre d’autres organisations, ont déposé une requête auprès de la Haute Cour de Justice contre le procureur général en octobre.

La pétition, qui exige que le procureur général enquête sur Lehava, énumère des dizaines d’exemples d’activités prétendument illégales du groupe, de la création d’un numéro téléphonique pour révéler les noms de personnes qui vendent ou louent leurs appartements aux Arabes, en passant par le harcèlement d’entreprises qui emploient des Arabes et la mise en place de patrouilles de jeunes hommes pour « protéger » les jeunes filles juives des hommes arabes.

La pétition est en cours, la cour ayant dépêché une extension de son délai de réponse jusqu’à début janvier.

Les trois membres de Lehava suspectés d'avoir mis le feu à l'école bilingue lors de leur audience devant la cour de district de Jérusalem le 15 décembre 2014 (Crédit : Yonathan SindelFlash90)

Les trois membres de Lehava suspectés d’avoir mis le feu à l’école bilingue lors de leur audience devant la cour de district de Jérusalem le 15 décembre 2014 (Crédit : Yonathan SindelFlash90)

« Ce gouvernement a démontré qu’il ne considère pas le racisme comme une question importante », déclare Hoffman, pour qui l’arrestation de Gopstein arrive trop tard.

« Si son arrestation avait eu lieu il y a quatre ans, peut-être que certains des horribles incidents que nous avons vus auraient pu être évités, comme l’assassinat de Muhammed Abu Khdeir« , déclare-t-elle, se référant à l’assassinat et l’immolation d’un adolescent du quartier de Shuafat à Jérusalem-Est le 2 juillet qui auraient été perpétré par le Juif israélien Joseph Ben-David et deux complices, en représailles à l’assassinat par des terroristes palestiniens des adolescents israéliens enlevés Eyal Yifrach, Naftali Fraenkel et Gil-ad Shaar.

Lehava se serait formée autour de 2009, lorsque quelques groupes de « sauvetage » de filles juives de la séduction de non-Juifs (à savoir des Arabes) ont uni leurs forces.

Dans une interview pour un documentaire diffusé cet automne à la télévision australienne, Gopstein est vu en train d’instruire ses jeunes adeptes, principalement de Jérusalem et des implantations de Cisjordanie, et d’expliquer pourquoi il croit que les hommes arabes ne sont pas intéressés par les femmes juives pour des raisons purement romantiques.

« Le problème est que les Arabes voient cela comme une forme de guerre. Une partie de leur lutte, pardonnez-moi l’expression, est d’enc… les jeunes filles juives, enc… les Juifs, pour nous humilier », a-t-il affirmé.

Gopstein n’a pas non plus mâché ses mots lorsque le journaliste l’a interrogé sur sa mise à l’écart de 20 % de la population israélienne, qui est arabe.

« Peut-être doivent-ils aller en Australie. Nous voulons ici seulement des gens qui pensent que c’est un Etat juif. Si une personne ne pense pas que c’est un Etat juif, alors vous pouvez l’emmener en Australie ou aux États-Unis, je m’en moque. »

En mai 2011, Haaretz a publié un rapport d’enquête indiquant que que Lehava n’est pas enregistrée comme une ONG mais que Gopstein et les autres sont étroitement associés à une organisation à but non lucratif appelée Hemla, qui aiderait les familles pauvres et réhabiliterait les filles de foyers brisés ou en danger de conversion.

Haaretz a rapporté que Hemla a reçu 600 000 à 700,000 shekels par an de financement de l’État, soit environ la moitié de son budget annuel de fonctionnement.

Les Israéliens profondément perturbés par les activités de Lehava se réjouissent des arrestations et ont l’espoir que Gopstein et les autres militants de Lehava seront condamnés.

« J’espère qu’ils seront mis hors d’état de nuire pendant une longue période », déclare Emanuel Miller, un étudiant de 27 ans originaire de Jérusalem, qui a affronté quelques
« voyous » de Lehava avec des amis d’un groupe d’étudiants sioniste qui avaient organisé un rassemblement pacifique contre les attaques de vengeance Kikar Tsion à Jérusalem le 2 juillet.

Le soir précédant, des membres de Lehava faisaient partie d’une foule ayant attaqué des Arabes et des agents de police, entraînant l’arrestation de 47 personnes pour conduite tapageuse.

«Je suis un Juif religieux. Cependant, pour moi leur approche va totalement à l’encontre des voies pacifiques de la Torah. Mes amis religieux et moi condamnons unanimement ces extrémistes », clame Emanuel Miller.

Beruria Steinmetz-Silber, 27 ans, également étudiante à Jérusalem, raconte que des amis ont reçu des bouteilles de verre jetées par des militants Lehava, alors qu’ils manifestaient pacifiquement contre les attaques de représailles dans le centre-ville cet été.

Elle a été témoin personnellement d’un groupe d’enfants âgés de huit à quatorze ans, qui portaient des tee-shirts avec des slogans kahanistes, tabasser un jeune homme présumé arabe. (Meir Kahane était un leader juif ultranationaliste assassiné en 1990, et dont le parti Kach est interdit en Israël.)

« Il y avait un couple assis sur un banc dans le centre-ville. J’ai vu des enfants aller vers eux et je les ai entendus demander à la femme si elle était juive et à l’homme s’il était arabe. Je n’ai pas pu entendre les réponses du couple, mais les enfants ont commencé à frapper le gars. Il s’est levé et a essayé de s’éloigner, mais le groupe les a encerclés et l’un des enfants a téléphoné à quelqu’un », dit Steinmetz-Silber, qui a rapporté ce qu’elle avait observé à un agent de police.

« Je suis assez sûre que c’était un cas de Lehava envoyant les enfants faire le sale boulot.»

Des manifestants de Lehava près de Tel Aviv le17 août 2014 (Crédit : Flash 90)

Des manifestants de Lehava près de Tel Aviv le17 août 2014 (Crédit : Flash 90)

Pendant ce temps, les parents qui envoient leurs enfants dans des écoles mixtes judéo-arabes ne laisseront pas Gopstein et ses disciples les dissuader d’élever leurs enfants dans une atmosphère où la coexistence est la norme.

Maya Norton, qui travaille à l’Institut du Néguev de stratégies de paix et de développement, estime qu’envoyer ses deux enfants à l’école mixte Hagar de Beer Sheva est un geste important à un moment où des extrémistes de droite oeuvrent pour injecter la haine et le racisme dans la société israélienne.

Norton est fermement convaincue que la vie en Israël doit être une vie de diversité culturelle et sociale. Elle veut que ses enfants parlent couramment l’arabe, ainsi que l’hébreu, et considèrent leur identité juive comme un facteur, mais pas comme la caractéristique déterminante de ce qu’ils sont – et surtout pas comme quelque chose qui les sépare des Arabes résidant en Israël.

L’école Hagar était la cible d’apposition d’étiquettes anti-arabes par des militants Lehava (Gopstein a revendiqué dans le documentaire le fait d’imprimer des autocollants et de les donner à des gens, mais dit n’être pas responsable de ce qu’ils en font), mais Norton n’a pas parlé à son fils de six ans de ce sujet. Elle ne lui a pas non plus parlé de l’incendie criminel à l’école de Jérusalem.

« Comment pourrais-je même lui expliquer une telle chose ? »

La semaine dernière, Gopstein a publié une déclaration disant qu’il refusait de condamner les militants de Lehava accusés de l’incendie de l’école, et qu’il commandait aux militants de Lehava de ne pas parler aux médias.

Gopstein n’a pas répondu (avant son arrestation) à une demande de commentaire pour cet article, de même que l’associé de Gopstein, l’ancien député d’extrême droite Michael Ben-Ari. En outre, les partisans de Lehava contactés par Times of Israel ont refusé de publier leurs déclarations sur le groupe.

[Le chef de l’organisation, Benzi Gopstein a été libéré et assigné à résidence avec deux autres membres de Lehava. Sept autres militants arrêtés le 16 décembre ont également été libérés.]