En 2001, le Cheikh Raed Saleh a fait quelque chose qui était jusque-là sans précédent dans le monde musulman : Il a volontairement renoncé au pouvoir.

Depuis 1989, il était le maire de la deuxième plus grande ville arabe en Israël : Umm al-Fahm. Lui et son organisation – la branche nord du Mouvement islamique, qui est depuis devenue hors-la-loi – ont transformé la ville qui, d’ancien bastion communiste, est devenu le centre de la vie islamiste au sein de l’Etat juif.

Mais, avait-il dit à ce moment-là, il était temps qu’il s’éloigne de la politique et qu’il consacre son énergie à un seul but particulier – la défense de la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem face à un prétendu programme de destruction ourdi par Israël.

Mardi matin, Saleh a été placé en détention provisoire par la police, soupçonné d’incitations. Des politiciens juifs israéliens de tout l’échiquier politique se sont réjouis de cette initiative, rejetée par ailleurs par les Arabes israéliens. S’il reste derrière les barreaux, ce sera son quatrième séjour dans une prison israélienne et sa troisième condamnation pour incitations.

En 2015, son mouvement a été déclaré illégal en raison de ce qu’Israël a qualifié de « campagne fallacieuse d’incitations sous le titre ‘Al-Aqsa est en danger’ « .

Sheikh Raed Saleh, au centre, sourit à son arrivée à la cour israélienne des magistrats de Rishon Lezion, le 15 août 2017 (Crédit : JACK GUEZ/AFP)

Sheikh Raed Saleh, au centre, sourit à son arrivée à la cour israélienne des magistrats de Rishon Lezion, le 15 août 2017 (Crédit : JACK GUEZ/AFP)

Et pourtant, selon un expert, depuis 2015, Saleh n’a cessé de gagner en popularité parmi les Arabes israéliens. Plus les services de sécurité ont donné l’impression de le persécuter, plus il a été perçu comme un martyr sacrifiant sa liberté pour le symbole national religieux le plus puissant existant entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée.

Qu’il ait été mis hors-la-loi ou non, son Mouvement continue à mener presque toutes ses activités en pleine lumière, et simplement sous des appellations différentes, ajoute l’expert.

Israël dément que la mosquée Al-Aqsa, située sur le mont du Temple, ait besoin d’être défendue. Plutôt que de prévoir de détruire ou de prendre le contrôle de la mosquée, Jérusalem affirme défendre vigoureusement le statu-quo sur le site, qui interdit à tous les non-musulmans d’y prier – notamment aux Juifs, même si le mont du Temple reste le lieu le plus saint du judaïsme dans le monde. En 1967, Israël a conquis le mont pour immédiatement céder son contrôle à la Jordanie afin d’éviter un embrasement plus important avec le monde arabe.

Et pourtant, ces dernières années, l’idée qu’Al-Aqsa devait être défendue a été le mobile avancé pour de nombreux attentats terroristes commis contre les Israéliens et a mené des dizaines de milliers de Palestiniens à descendre dans les rues au mois de juillet pour protester contre l’installation de détecteurs de métaux et de caméras aux entrées du mont du Temple. Pour la majorité des Israéliens, ces nouvelles mesures de sécurité étaient une réponse logique apportée à une fusillade au cours de laquelle trois arabes israéliens avaient tué, le 14 juillet, deux policiers qui montaient la garde aux abords du complexe, avec des armes qu’ils avaient clandestinement introduites sur le site.

L’idée que « Al-Aqsa est en danger » n’est pas nouvelle – elle remonte aux années 1920 et continue à être répandue par tous les acteurs politiques majeurs du côté palestinien, notamment par le Hamas et le Fatah. Mais les spécialistes interviewés par le Times of Israël estiment que Saleh a fait bien davantage pour faire se propager cette idée et lui donner une légitimité, plus que n’importe quelle autre personnalité dans l’histoire.

Les écrits et les discours de Saleh se sont répandus dans les lieux musulmans d’études et de prière partout à l’international, y compris dans des pays non-musulmans comme l’Australie et la Thaïlande. Il est connu dans le monde sous le nom du « Cheikh Al-Aqsa ».

Des centaines de musulmans prient devant la porte des Lions dans la Vieille ville de Jérusalem, refusant d'entrer sur le mont du Temple, le 25 juillet 2017. (Crédit : Dov Lieber /Times of Israel)

Des centaines de musulmans prient devant la porte des Lions dans la Vieille ville de Jérusalem, refusant d’entrer sur le mont du Temple, le 25 juillet 2017. (Crédit : Dov Lieber /Times of Israël)

Hors de la sphère politique, l’homme est parvenu à créer l’image d’un fonctionnaire rempli d’humilité. Il est considéré comme un homme au coeur pur et généreux que la politique n’a pas perverti, qui a su garder les mains propres, selon les spécialistes. Ceux qui le connaissent décrivent une personnalité au charisme considérable, un leader né. Lors des manifestations, on peut l’apercevoir, serein, les bras croisés, observant silencieusement les événements. Mais à une tribune, il se mue en un orateur féroce.

« Je me souviens qu’il y a toujours eu quelque chose de spécial en lui. Une qualité de leadership toute en force tranquille. Il n’a jamais été quelqu’un qui s’est saisi de la place du chef, c’est plutôt la place du chef qui lui revenait naturellement », explique Said Abu Sharka, un cousin de Saleh, dans un documentaire réalisé sur le prêcheur en 2012.

Hashem Abd al-Rahman, ancien maire d’Umm al-Fahm et ami proche de Saleh, évoque le prêcheur dans le même documentaire en disant : « Si vous prenez place à ses côtés pendant une heure ou deux, il ne parlera pas s’il n’a pas de raison de le faire ».

Le cheikh arabe israélien Raed Saleh, chef de la Branche nord du Mouvement islamique en Israël, un mouvement radical, avec ses partisans à Umm al-Fahm, après sa libération de prison, le 17 janvier 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Le cheikh arabe israélien Raed Saleh, chef de la Branche nord du Mouvement islamique en Israël, un mouvement radical, avec ses partisans à Umm al-Fahm, après sa libération de prison, le 17 janvier 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Saleh porte une tenue banale de religieux et durant l’hiver, endosse toujours le même manteau gris usé.

Même s’il est considéré comme l’une des plus grandes menaces à la sécurité d’Israël et qu’il se trouve à la tête d’un mouvement islamiste illégal, il vit d’une maigre pension gouvernementale dans une petite habitation d’Umm al-Fahm.

Une brève histoire de Saleh et de son mouvement

Saleh est né à Umm al-Fahm en 1958. Son père était un policier israélien et ses deux frères ont suivi les traces de leur père. Saleh, père de huit enfants, a choisi un chemin différent.

De 1977 à 1980, il a étudié la loi islamique à l’université de Hébron. Même si sa ville natale Umm al-Fahm était un fort bastion communiste – comme une grande partie de la société arabe israélienne de l’époque – il a rejoint le Mouvement islamique naissant, une ramification des Frères musulmans ressemblant au Hamas.

Après une période initiale de violence, le Mouvement islamique a opté pour une approche militante non-violente dans les années 1980, remplissant le vide institutionnel laissé par l’Etat et proposant écoles, cliniques de santé, mosquées et oeuvres caritatives. En 1989, Saleh est devenu l’un des cinq candidats du Mouvement à remporter un scrutin municipal.

L’ascension du Hamas à la fin des années 1980 et les accords d’Oslo dans les années 1990 ont mené à une scission au sein du Mouvement islamique.

Saleh, selon Israël, entretient des relations étroites avec le Hamas. Et en effet, en 2003, il a été emprisonné pendant deux ans après avoir été accusé d’avoir fait passer des millions de dollars au groupe terroriste de Gaza. Il a également été condamné pour les contacts qu’il avait noués avec Nabil Mahzomah, un Arabe israélien accusé d’être un agent iranien et qui vivait au Liban à ce moment-là.

Saleh s’était également opposé aux négociations de paix qui allaient mener à la création de l’Autorité palestinienne tandis que le fondateur du Mouvement islamique, Sheikh Abdullah Nimr Darwish, est resté pour sa part convaincu de la nécessité d’un règlement politique jusqu’à sa mort, au début de l’année.

Feu le président israélien Shimon Peres échange une poignée de main avec Sheikh Abdullah Nimr Darwish, à droite, pendant un repas de l'Iftar à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 9 septembre 2008 (Crédit : Anna Kaplan/Flash90)

Feu le président israélien Shimon Peres échange une poignée de main avec Sheikh Abdullah Nimr Darwish, à droite, pendant un repas de l’Iftar à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 9 septembre 2008 (Crédit : Anna Kaplan/Flash90)

La scission officielle a eu lieu en 1996, lorsque le Mouvement islamique s’est présenté aux élections nationales, une initiative que Saleh a estimé non-conciliable avec la loi islamique puisqu’elle signifiait participer à élaborer la règle séculaire du droit, selon un rapport du Brookings Institute.

Le mouvement de Saleh s’est donc scindé en deux et est devenu connu sous le nom de Mouvement islamique du nord. Et il a presque immédiatement commencé à exploiter la force incendiaire de la mosquée Al-Aqsa pour réunir du soutien pour son Mouvement.

Fabrication du mantra ‘Al-Aqsa est en danger’

Le mouvement islamique du nord de Saleh a tenu son premier rassemblement autour de sa thématique-phare, « Al-Aqsa est en danger », en 1996.

Des milliers de personnes ont participé à cette manifestation organisée à Umm al-Fahm. Seulement un an plus tard, des émeutes meurtrières ont éclaté lorsque les Palestiniens ont accusé Israël de tenter de détruire le complexe Al-Aqsa (mont du Temple) après l’ouverture d’une deuxième sortie depuis les tunnels du mur Occidental dans le quartier chrétien de la Vieille Ville. Vingt-cinq soldats israéliens et presque 100 Palestiniens ont été tués durant ces troubles. Saleh a organisé son deuxième rassemblement « Al-Aqsa est en danger » immédiatement après que les émeutes se sont apaisées.

Et Saleh a continué à mettre en place ces mobilisations année après année, toujours autour de l’idée qu’Israël avait l’intention de détruire le troisième site le plus saint de l’islam, attirant parfois jusqu’à 70 000 personnes jusqu’à ce que son Mouvement ait été déclaré illégal en 2015.

Le Professeur Yitzhak Reiter (Autorisation)

Le Professeur Yitzhak Reiter (Autorisation)

Avec la question d’Al-Aqsa, Saleh a trouvé « un vide et l’a occupé. C’est une question qui n’était prise en charge par aucun autre groupe islamique », explique le professeur Yitzhak Reiter, spécialiste des conflits politiques dans les lieux saints, en particulier au mont du Temple, et du mouvement islamiste israélien.

Le docteur Nohad Ali, sociologue au Collège de Galilée occidentale, chef du projet « Etat Juif Arabe » à l’institut Samuel Neaman du Technion et spécialiste du mouvement islamiste en Israël, confie que les succès remportés par Saleh émanent du fait qu’il est parvenu à transformer Al-Aqsa en symbole « à la fois national et religieux ».

Le docteur Nohad Ali, sociologue au Collège de Galilée occidentale, chef du projet "Etat Juif Arabe" à l'institut Samuel Neaman du Technion et spécialiste du mouvement islamiste en Israël (Autorisation)

Le docteur Nohad Ali, sociologue au Collège de Galilée occidentale, chef du projet « Etat Juif Arabe » à l’institut Samuel Neaman du Technion et spécialiste du mouvement islamiste en Israël (Autorisation)

De 1996 à 1998, Saleh et son mouvement ont joué un rôle central dans l’établissement de deux mosquées sur le mont du Temple : l’une dans l’espace souterrain connu sous le nom des Etables de Salomon, à l’angle sud-est du mont, et l’autre sous la mosquée Al-Aqsa (ou « ancienne Al-Aqsa »).

Saleh a mobilisé la communauté arabe israélienne pour ces projets de construction. Les bénévoles les ont menés à bien grâce à des matériaux qui avaient été offerts et l’argent du projet a été réuni à travers des dons.

« Tout le monde a identifié ces mosquées à Saleh. Il est devenu un héros », dit Reiter, qui est professeur d’études islamiques et moyen-orientales au Collège universitaire d’Ashkelon et qui est chercheur à l’institut de Jérusalem de politique et de recherche.

Saleh a été considéré comme celui qui empêchait l’établissement d’une synagogue juive dans ces lieux vides et vastes qui accueillent maintenant des milliers de fidèles musulmans chaque semaine.

Des Musulmans prient à Urvot Shlomo (Les Etables du roi Salomon) sur le mont du Temple, le 4 octobre 2002 (Crédit : Flash90)

Des Musulmans prient à Urvot Shlomo (Les Etables du roi Salomon) sur le mont du Temple, le 4 octobre 2002 (Crédit : Flash90)

Saleh a également voulu tenter de faire venir de l’eau depuis le puits sacré de Zamzam à la Mecque – eau à laquelle certains accordent des pouvoirs de guérison – dans les citernes d’Al-Aqsa. Cette démarche aurait renforcé l’importance d’al-Aqsa en tant que lieu de pèlerinage et le statut même de Saleh à travers tout le monde musulman.

A l’époque de la construction de ces mosquées sur le mont du Temple, Saleh disposait de son propre bureau au sein du complexe.

Les responsables du Waqf avaient confié à Reiter leur impuissance face aux plans de construction de Saleh.

Dans ses discours, Saleh a fait part de son espoir à long-terme de voir un jour Jérusalem, avec Al-Aqsa en son centre, devenir le coeur d’un futur califat islamique.

L’Etat juif, tout comme les Perses, les Romains, les Croisés et les Britanniques, seront « vomis » par la terre, disait Saleh.

Le groupe clandestin hors-la-loi oeuvre en pleine lumière

En 2015, l’agence de sécurité intérieure israélienne du Shin Bet a fait savoir qu’elle s’opposait à la mise hors-la-loi de la branche nord du Mouvement islamique. Le Shin Bet redoutait que le groupe islamiste, plutôt que de se dégrader, agirait plus simplement dans la clandestinité et qu’il serait plus difficile à traquer. Et c’est très précisément ce qu’il s’est passé.

« La majorité des activités du mouvement continuent à fonctionner », souligne Ali. « Il est encore présent quotidiennement dans les rues arabes », ajoute-t-il.

Pour chaque institution du Mouvement islamique qui a été interdite, dit Ali, il existe une institution alternative qui continue à assumer les mêmes fonctions. Ainsi, par exemple, le bulletin mensuel émis par le Mouvement islamique a cessé d’être publié et un autre est apparu sous un nom différent. Ali indique que l’Etat savait très bien que cela arriverait et qu’un « accord muet » existe entre la police et le Mouvement.

Dans chaque ville arabe, il existe encore des sessions hebdomadaires de Dawa ou de prosélytisme, ajoute Ali.

Le Mouvement envoie des douzaines de bus par semaine à Al-Aqsa, et les groupes illégaux Mourabitounes et Mourabitat – des musulmans et des musulmanes qui, selon Israël, étaient payés par le mouvement de Saleh pour initier des provocations sur le mont du Temple – continuent à visiter quotidiennement le lieu saint.

Des musulmanes palestiniennes du groupe des Mourabitounes crient et brandissent le Coran durant une manifestation contre les policiers israéliens qui les empêchent d'entrer sur le mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem le 17 septembre 2015 (Crédit : Miriam Alster/Flash90 )

Des musulmanes palestiniennes du groupe des Mourabitounes crient et brandissent le Coran durant une manifestation contre les policiers israéliens qui les empêchent d’entrer sur le mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem le 17 septembre 2015 (Crédit : Miriam Alster/Flash90 )

La seule différence dans ce groupe dorénavant illégal, selon Ali, est qu’il opère dorénavant plus « modestement », évitant les événements pompeux.

Saleh continue à prononcer des discours dans les mosquées et dans les événements publics dans les secteurs arabe et musulman. Au début du mois d’août, il s’est rendu sous la tente de deuil dressée pour un Arabe israélien qui a été tué à Jaffa.

Après l’attentat à l’arme à feu qui a eu lieu sur le mont du Temple, Saleh est immédiatement apparu à la tribune pour blâmer Israël pour la mort des deux terroristes, qu’il a appelé des « martyrs » et auxquels il a souhaité l’au-delà au paradis.

Ali, qui a interviewé Saleh régulièrement pour sa thèse, affirme toutefois que Saleh est connu chez les arabes israéliens comme étant un opposant à la violence.

« Je sais très certainement qu’il est défavorable à l’usage d’armes. Il sait que c’est contre les intérêts de la branche du nord du Mouvement islamique », explique Ali, qui ajoute que les tireurs ont davantage nui au mouvement de Saleh qu’ils ne l’ont représenté.

Si Ali ne peut se souvenir de déclarations contre la violence qui auraient été faites par Saleh, il note que le prêcheur a signé les déclarations condamnant cette dernière au nom du Haut-comité de suivi, organisation-cadre du leadership israélo-palestinien.

Mais de puissants ministres israéliens ont été prompts à attribuer à Saleh la responsabilité de l’attentat du mont du Temple du mois de juillet. Avigdor Liberman, ministre de la Défense, qui a mis hors-la-loi le Mouvement, Yisrael Katz, ministre des Renseignements et du Transport, et Yoav Galant, ministre du Logement, ont immédiatement réclamé son arrestation.

L’attentat commis le 14 juillet au sein du complexe du mont du Temple « a été très exactement ce que redoutait le Shin Bet », affirme Reiter.

Les tireurs sont venus de la ville natale de Saleh et ont indiqué avoir perpétré l’attaque au nom de la défense d’Al-Aqsa.

Muhammad Hamad Abdel Latif Jabarin, 19 ans, le plus jeune des trois meurtriers, avait publié un certain nombre de posts sur sa page Facebook qui montraient qu’il était intéressé par le mouvement de « libération » de la mosquée Al-Aqsa.

L’un des posts de Jabarin, datant du mois de juillet 2016, montrait une photo de Saleh près du mont du Temple. Le post disait : « Chaque année qui passe rapproche la mosquée Al-Aqsa de la liberté ».

Comment contenir Saleh ? C’est le casse-tête qu’ont dû gérer les services de sécurité israéliens depuis le début des années 2000.

Reiter indique qu’il a été consulté en 2003 par le Shin Bet sur le Mouvement de Saleh. A cette époque, il explique que c’est le Shin Bet qui voulait mettre hors-la-loi la branche du nord du Mouvement islamique, une initiative à laquelle la police était opposée.

Raed Saleh, à droite, chef de la Branche nord du Mouvement islamique, et l'ancien député arabe Mohammad Barakeh pendant une manifestation à Sakhnin, le 13 octobre 2015. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Raed Saleh, à droite, chef de la Branche nord du Mouvement islamique, et l’ancien député arabe Mohammad Barakeh pendant une manifestation à Sakhnin, le 13 octobre 2015. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Ali indique que ses recherches les plus récentes, qui n’ont pas encore été publiées par ailleurs, montrent que Saleh n’est devenu que plus populaire depuis que son Mouvement est passé dans l’illégalité.

La moitié des Arabes israéliens s’identifient au Mouvement islamique ainsi qu’un tiers des chrétiens, dit Ali, notant que le Mouvement islamique offre des services à la communauté arabe toute entière, et offre son aide pour restaurer les églises.

Reiter estime que le Shin Bet agit actuellement de manière similaire au FBI face à Al Capone, patron de la pègre de Chicago tristement célèbre, et « rassemble lentement des preuves dans tous les domaines où les agents le peuvent ».

Saleh réunit ‘intentionnellement’ les opinions minoritaires et la politique gouvernementale

Au début de la Seconde Intifada, en octobre 2000, 12 Arabes israéliens, un Palestinien et un Juif israélien avaient été tués durant des affrontements opposant la police israélienne et des manifestants arabes.

Pour enquêter sur ces événements, le gouvernement israélien avait désigné une commission – la Commission Or – présidée par le magistrat à la Cour suprême Theodor Or.

La Commission, qui comprenait également l’ancien juge de la Cour de district de Nazareth Hashem Khatib, avait souligné que la discrimination institutionnelle israélienne contre les citoyens arabes était l’une des causes de la violence à long-terme.

Toutefois, comme cause immédiate de la violence, la Commission avait pointé du doigt Saleh et son Mouvement.

Des Arabes israéliens défilent dans la ville de Sakhnin le samedi 1er octobre 2016 pour commémorer la mort de 13 personnes décédées lors d'affrontements avec la police au cours de la seconde Intifada (Capture d'écran)

Des Arabes israéliens défilent dans la ville de Sakhnin le samedi 1er octobre 2016 pour commémorer la mort de 13 personnes décédées lors d’affrontements avec la police au cours de la seconde Intifada (Capture d’écran)

« Dans les activités du Mouvement islamique [en ce qui concerne le mont du Temple], plus que dans les autres domaines, sa stratégie émerge clairement : Faire escalader le conflit, le militantisme sur le terrain et provoquer le public. Le mouvement a accordé à Al-Aqsa sa priorité en tant que point central sensible permettant d’unir les Musulmans en Israël et de créer une passerelle au sein de la société palestinienne dans les territoires et qui s’étend dans le monde islamique dans son ensemble, » avait écrit la Commission.

La Commission avait noté que Saleh et ses fidèles pouvaient nourrir des inquiétudes sincères, avec différents rabbins et politiciens esquissant les plans de construction d’une synagogue sur le lieu saint et avec des « groupes extrémistes » qui s’engageaient dans des actes symboliques d’accomplissement de la vision de la reconstruction du Temple juif.

Mais elle avait affirmé que « Raed Saleh est allé beaucoup plus loin, dans la mesure où il a agi de façon à émouvoir l’opinion publique arabe contre une intention supposée du gouvernement israélien de remplacer les mosquées Al-Aqsa par un temple juif – une intention qui n’a aucun lien quel qu’il soit avec la réalité ».

Nadav Shragai, journaliste israélien et auteur d’un court texte intitulé « La calomnie ‘Al-Aqsa est en danger’ : l’histoire d’un mensonge », partage le même point de vue dans un entretien accordé au Times of Israël.

« Cette diffamation [‘Al-Aqsa est en danger’ ] n’est pas dirigée contre l’institut du mont du Temple ou Yehuda Etzion », un groupe militant prônant la souveraineté juive sur le lieu saint.

« Elle désigne directement l’état israélien lui-même, l’état qui a fait tout ce qu’il pouvait au cours des années pour protéger la mosquée Al-Aqsa même si cela impliquait de nuire aux droits des Juifs sur le site », explique-t-il.

« Une crainte sincère »

Nashat Aqtash, professeur des médias à l’université Bir Zeit de Ramallah, a la certitude qu’Al-Aqsa est en danger.

« De nombreux responsables du gouvernement, les partisans du mouvement pro-implantation, tous les groupes terroristes juifs disent quotidiennement qu’il est temps de détruire la mosquée Al-Aqsa et de construire le temple », a-t-il déclaré récemment au Times of Israël.

Les forces israéliennes montent la garde devant le Dôme du rocher au sein du complexe du mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem le 27 juillet 2017 (Crédit : AHMAD GHARABLI/AFP PHOTO)

Les forces israéliennes montent la garde devant le Dôme du rocher au sein du complexe du mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem le 27 juillet 2017 (Crédit : AHMAD GHARABLI/AFP PHOTO)

Les propos d’Aqtash reflètent ceux de la majorité de l’opinion publique palestinienne. Dans un sondage réalisé en 2016, plus de la moitié des Palestiniens affirmaient penser qu’Israël prévoyait de détruire la mosquée Al-Aqsa pour la remplacer par un temple juif, avec seulement 9 % qui disaient croire qu’Israël avait l’intention de préserver le statu-quo.

Sari Nusseibeh, professeur palestinien de philosophie et ancien président de l’université Al-Quds à Jérusalem a indiqué par courriel au Times of Israël qu’il était difficile d’expliquer la raison pour laquelle une majorité de Palestiniens pensaient que la mosquée Al-Aqsa était en danger.

Il a attribué cette croyance aux « rumeurs constantes et croissantes et aux pratiques qui soulignent le désir de reconstruire le temple ».

Il a fourni un exemple pris dans les médias sociaux arabes. Dans une vidéo populaire, de jeunes étudiants ultra-orthodoxes, répondant aux questions d’un enseignant, déclarent à l’unisson qu’un troisième temple sera construit et que la mosquée Al-Aqsa sera détruite.

Nusseibeh a indiqué croire que le conflit sur le mont du Temple s’achèvera lorsqu’ « il y aura un accord de paix et que chaque partie pourra apaiser ses craintes de l’autre ».

Reiter affirme pour sa part que la transparence pourra aider Israël à soulager les peurs des musulmans.

« Nous devons créer un système permettant de travailler sur la manière de mettre en place des informations précises et la transparence pour changer ces fausses certitudes dans le monde arabe », dit-il.

Reiter critique également les politiciens de la droite de l’échiquier qui, ces dernières années, ont pu faire des déclarations publiques et mener des actions qui ont pu apporter du crédit à la campagne menée par Saleh.

« Le ministre de l’Agriculture Uri Ariel a dirigé la bénédiction religieuse sur le mont du Temple et l’a diffusée en public. Que doivent penser les musulmans en voyant un membre du cabinet agir de cette façon ? », s’interroge-t-il.

« La situation actuelle est très compliquée. Et cela ne joue pas en notre faveur. Nous devons nous montrer plus avisés dans nos actions futures », dit-il.