Il y a deux semaines, je me trouvais dans les bureaux du ministère israélien de l’Intégration de Tel-Aviv pour présenter quelques documents. Je suis moi-même une immigrante américaine en Israël.

Dans la salle d’attente des bureaux, attendant patiemment d’être reçue pour mon rendez-vous avec le conseiller du gouvernement responsable de l’intégration des nouveaux arrivants, j’étais avec 10 autres personnes. Neuf d’entre elles étaient françaises.

7086 Juifs français ont fait leur alyah pour s’installer en Israël l’année dernière. Cela représente plus du double du nombre de personnes qui sont venus l’année d’avant. Ce chiffre en lui-même est encore plus exceptionnel lorsque l’on compare avec le chiffre de 2012 où 2 000 Juifs sont venus d’Israël pour s’installer en Israël.

Il reste plus d’un demi-million de Juifs en France, faisant ainsi de la France le pays où réside la troisième plus grande communauté juive du monde après Israël et les Etats-Unis, mais l’Agence juive s’attend à observer des chiffres records cette année aussi.

Donc, vendredi, lorsqu’un terroriste enragé est entré dans un supermarché cacher dans Paris et a établi un face à face avec la police qui a passionné le monde, la communauté juive française en Israël était secouée mais pas choquée. Ils l’avaient vu venir, affirment-ils avec conviction. La prédiction était depuis longtemps gravée dans la pierre.

Une juive française allumant une bougie  lors d'une cérémonie de commémoration à Tel Aviv le samedi 10 janvier 2015 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Une juive française allumant une bougie lors d’une cérémonie de commémoration à Tel Aviv le samedi 10 janvier 2015 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

« Nous nous attendions tous à ce que ce genre de choses arrivent », affirme Maud Gawsewitch, une parisienne qui a fait son alyah en 2005. « Nous savions que ça allait finir par arriver. »

Dimanche, les dirigeants français se sont engagés à créer une France unie et libre, des hordes de citoyens ont battu le pavé parisien pour affirmer leur rejet de l’extrémisme. Cela fait cinq jours que deux hommes armés ont faits irruption dans les bureaux de Charlie Hebdo, le journal satirique parisien connu pour ses caricatures qui jouent avec les limites de la liberté d’expression, et ont tués 12 personnes.

Cela fait deux jours que ces mêmes terroristes ont été localisés dans une entreprise d’imprimerie en dehors de Paris, où ils se sont barricadés avec un otage ; qu’un autre terroriste est entré dans un supermarché casher, a tué quatre Juifs et retenu une dizaine de clients qui faisaient leur course pour shabbat pour montrer de manière sanglante sa solidarité envers les frères Kouachi.

Alors même que le monde était en état de choc suite à cette série d’attaques – qui ont pris fin vendredi avec la mort des trois hommes armés éliminés par les forces de sécurité françaises – et les hashtags #JeSuisCharlie et #JeSuisJuifs ont commencé à prendre de l’ampleur dans la twittosphère, la peine des Juifs français étaient mêlée à une terrible résignation. C’était une semaine sanglante pour les Juifs de France, oui, mais les Juifs de France dénonçait depuis des années l’antisémitisme qui sévissait.

En 2012, des enfants ont été massacrés dans une école juive à Toulouse. Les hommes portant une kippa sont régulièrement agressés dans le métro ou dans la rue. Cet été, alors que la guerre faisait rage entre Israël et le Hamas et les autres groupes terroristes de Gaza pour tenter de mettre fin aux tirs de roquette contre les villes israéliennes et détruire les tunnels creusés sous la frontière, les manifestations contre la guerre en France ce sont transformées en une orgie de slogans antisémites et de haine.

La police assurant la sécurité lors de la Marche républicaine le 11 janvier 2015 (Crédit : AFP/THOMAS SAMSON)

La police assurant la sécurité lors de la Marche républicaine le 11 janvier 2015 (Crédit : AFP/THOMAS SAMSON)

« Le sentiment d’insécurité au sein de la communauté juive française est profond et l’un des éléments principaux est évidemment l’augmentation de l’antisémitisme ces dernières années, stimulé par l’attaque de Toulouse et l’attaque de Bruxelles de l’année dernière, mais aussi par le sentiment qui prévaut qu’il n’est pas possible d’être ouvertement Juif dans les rues de France », analyse Avi Mayer, le porte-parole de l’Agence juive.

L’atmosphère en France, associé en à une économie ralentie, a entrainé un intérêt pour l’immigration en Israël, poursuit Mayer. Les salons de l’alyah ne désemplissent pas. Les lignes téléphoniques de l’Agence juive sonnent tout le temps occupées, et on a ajouté des employés français pour pouvoir gérer cette augmentation des volumes d’appel.

A Paris, le Salon de l’alyah de dimanche, qui a été organisé des semaines auparavant, a connu des centaines de participants.

Dans le même temps, souligne Mayer, l’Agence juive a créé un fond pour aider à augmenter la sécurité sur les sites juifs à travers la France. L’objectif, explique-t-il – dans les commentaires repris par le président de l’Agence Juive Nathan Sharansky plus tôt dimanche – n’est pas de vider la France de ses Juifs et de tous les amener en Israël. Il est d’aider la communauté juive française à prospérer, et de promouvoir également Israël comme la patrie qui attend toujours, si les Juifs choisissent de rejoindre Israël.

« C’est une position de principe », précise-t-il. Nous sommes persuadé que la vie juive devrait être forte dans le monde entier, et les gens doivent venir [en Israël] dans une position de force .»

Des centaines de personnes au salon de l'alyah dimanche 11 janvier 2015 (Crédit : Eliaou Zenou  pour l'Agence juive)

Des centaines de personnes au salon de l’alyah dimanche 11 janvier 2015 (Crédit : Eliaou Zenou pour l’Agence juive)

Mais Stéphane Halimi, 38 ans qui a grandi à Paris et qui a fait son alyah en 2013 avec son fils de 10 ans, affirme qu’il est trop tard pour parler de position de force. Il vit maintenant à Netanya et gère une firme de comptable. Il gère aussi plusieurs pages Facebook pour la communauté française en Israël. Sa page la plus populaire, « Olim Hadashim Francophone » compte plus de 9 000 membres.

« Le gouvernement [de France] a été trop indulgent pendant bien trop d’année, et a laissé les Juifs de France en danger face à l’augmentation de l’antisémitisme des musulmans », assène-il. « Le plus grand danger ne vient pas de l’extrême droite, mais des musulmans. J’espère vraiment que les Juifs de France ouvriront leurs yeux et verront que notre futur est ici en Israël, avec un gouvernement qui protège son peuple. »

Halimi n’a presque plus de famille en France, mise à part un cousin qu’il encourage vivement à venir s’installer rapidement en Israël. Le reste de sa famille a aussi fait l’alyah. Lorsqu’il a entendu parler de l’attaque du supermarché, lui non plus n’a pas été choqué.

« Je sais depuis la fusillade de l’école à Toulouse que la communauté juive de France ne sera jamais en sécurité », explique-t-il. Il ajoute que ce sont les attaques de 2012 qu’il l’ont poussé à considérer à faire son alyah pour la sécurité de son fils. « Je n’ai pas été surpris. La question que l’on doit se poser c’est ‘quand sera la prochaine attaque ?’ »

Les personnes tenant des panneaux lors de la cérémonie de commémoration à la mairie de Jérusalem ( Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les personnes tenant des panneaux lors de la cérémonie de commémoration à la mairie de Jérusalem ( Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mendel Frankel, un étudiant en biologie marine qui vit à Hadera, a fait son alyah deux ans auparavant. Il n’a pas de famille. Ses parents et sa sœur sont encore à Nice, sa ville natale, et sa sœur ne souhaite pas s’installer en Israël. Ses parents voudraient venir, mais à leur âge – fin cinquantaine, avec des affaires bien établies, aucune connaissance de l’hébreu et un fort entourage composé d’amis et de voisins avec qui ils s’entendent bien – déménager dans un nouveau pays est une chose très difficile.

Frankel se remémore ses années de lycée avec tristesse. Il raconte les insultes régulières et les menaces d’Arabes dans les rues, les bagarres occasionnels et le doute constant. Les Juifs de France doivent changer les choses, poursuit-il. Il encourage ceux qui veulent quitter la France pour le rejoindre en Israël, mais il est aussi persuadé que certains ont besoin de rester au front et de continuer à lutter contre cette vague déferlante de l’extrémisme.

« C’est facile de venir en Israël et de quitter le problème », indique-t-il. Mais il y a des gens qui sont Juifs, qui aiment la France et qui veulent y rester. Ils doivent changer les choses, mais ils ont besoin que la communauté française, au sens large, les aide ».

Gawsewitch souligne que ceux qui pensent que le problème du fondamentalisme islamiste est uniquement le problème des Juifs se leurrent. « Regardez ce qui se passe », exhorte-t-elle. Regardez à Sydney. Regardez en Europe. Ce n’est pas que les Juifs. On doit lutter contre ces terroristes. »

Au sujet de sa famille et de ses amis qui sont encore en France, elle affirme, elle aussi, qu’elle aimerait qu’ils viennent en Israël mais elle respecte leur choix de rester en France.

« Nous ne devrions pas avoir peur de vivre dans notre pays. Je ne pense pas que cela soit la bonne solution de venir en Israël parce que vous avez peur de quelque chose. Vous devriez être prêt à venir en Israël pour les bonnes raisons ».