La détermination froide dont a fait preuve le tireur du Musée juif en Belgique pour tuer quatre personnes a choqué beaucoup de Belges. Mais les dirigeants juifs locaux avaient depuis longtemps anticipé la possibilité d’une telle attaque contre leur communauté.

Le tireur, qui est entré dans le Musée juif de Belgique samedi dans le centre de Bruxelles, s’est « approché calmement de chaque victime, visant uniquement la tête sans dire un mot, d’une manière choquante en raison du niveau de formation que cela suggère », a déclaré Mischael Modrikamen, dirigeant juif du petit parti centriste belge : le Parti populaire.

« Malheureusement, l’attaque à proprement dit n’est pas une surprise pour nous après avoir vécu des années dans une atmosphère antisémitisme rampant qui conduit souvent à la violence », a-t-il ajouté.

Dans les heures qui ont suivi l’attaque, la communauté juive locale et le Centre de sécurité et de crise du Congrès juif européen basé à Bruxelles ont mis en place une opération de gestion de crise avec une ligne téléphonique et un site Web – la preuve d’années de préparations en vue d’une attaque terroriste sur l’une des communautés la plus à risque en Europe.

Le tireur, qui a pris la fuite avec un conducteur, a utilisé ce qui semblait être un AK-47 pour tuer les touristes israéliens Mira et Emanuel Riva et deux membres du personnel du musée, un homme dans la vingtaine et une femme bénévole, selon les autorités belges.

Une chasse à l’homme est en cours pour capturer les auteurs de l’attentat antisémite le plus meurtrier d’Europe depuis que l’islamiste français Mohamed Merah a tué quatre personnes dans une école juive à Toulouse en 2012.

En effet, les caractéristiques de l’attaque du musée de Bruxelles suivent le schéma observé à Toulouse, selon Claude Moniquet, un spécialiste antiterrorisme basé à Bruxelles.

« Il semble que nous ayons affaire à une petite cellule d’agents – islamistes ou non – avec une faible signature qui minimise le risque d’être attrapé », a-t-il expliqué.

Les Juifs belges ont l’expérience de telles violences depuis plus de 20 ans, avant même l’attaque de Toulouse. En 1989, un terroriste marocain a assassiné le président de la communauté de l’époque, Joseph Wybran. Une attaque armée à Bruxelles à la grande synagogue – qui est située à moins de 400 mètres du musée – a fait cinq blessés en 1982, trois ans après que 13 personnes ont été blessées dans une attaque à la grenade contre un avion d’El Al à l’aéroport de Bruxelles.

Certaines des pires attaques contre la communauté juive belge sont arrivées entre 1979 et 1981, lorsque des terroristes arabes ont tué quatre personnes dans une série d’explosions, dont une à la voiture piégée, et des tirs dirigés contre des cibles juives dans le quartier des diamants d’Anvers.

« Ces antécédents démontrent que personne ne pensait cela ne pourrait pas arriver ici », a déclaré Joël Rubinfeld, président de la Ligue belge contre l’antisémitisme et ancien dirigeant des Juifs belges francophones. « En fait, la plupart d’entre nous savaient que cela pourrait arriver et arriverait, en particulier au cours de ces dernières années. Donc, je suis choqué, mais pas le moins du monde surpris ».

Le niveau de menace a augmenté après la deuxième intifada palestinienne, lorsque la Belgique a commencé à avoir des dizaines d’attaques antisémites chaque année pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ces dernières années ont connu une autre évolution, non seulement en raison de Merah – qui a inspiré un grand nombre d’attaques antisémites dans le monde francophone – mais à cause de « l’arrivée sur la scène de nouveaux patrons de l’antisémitisme dans le monde francophone », explique Rubinfeld, en référence à Dieudonné M’bala M’bala, l’humoriste français dont l’antisémitisme flagrant a enhardi les antisémites.

Plus tôt ce mois-ci, les autorités belges ont interdit une conférence organisée à Bruxelles par plusieurs individus qui, par le passé, avaient fait la promotion de l’antisémitisme, comme Dieudonné, le militant français Alain Soral et le législateur belge Laurent Louis.

Mais Rubinfeld affirme que les autorités belges ont généralement eu « une attitude plus laxiste » envers l’antisémitisme que leurs homologues français. L’interdiction de la conférence plus tôt ce mois-ci « a été le premier cas de ce genre au cours de ces dernières années, où nous avons vu une position ferme », a-t-il ajouté.

Modrikamen a noté que la police n’a pas maintenu une présence permanente à l’extérieur du Musée juif de Belgique. « Même lorsque la police place sous protection, cela signifie deux flics dans une voiture garée à l’extérieur d’un bâtiment et cela n’a rien de comparable au dispositif prévu en France », a-t-il expliqué.

Mais Arie Zuckerman, un exécutif au Congrès juif européen qui a dirigé les préparatifs de crise des communautés juives après Toulouse, explique que le problème n’est pas local.

«Lorsque les gouvernements perçoivent une menace, ils savent comment coopérer étroitement et y consacrent des ressources énormes et nous voyons cela dans la guerre contre la drogue, par exemple », analyse-t-il.

« Malheureusement, aucune reconnaissance paneuropéenne n’a vu le jour sur la nécessité de protéger les institutions juives, qui doivent souvent porter le fardeau du coût de leur sécurité. Nous l’avons vu à Bruxelles, où les terroristes ont probablement recueilli des informations sans être détectés, mais cela pourrait se produire dans de nombreux autres endroits. La tragédie est en Belgique, mais le problème est en
Europe ».