Le leadership palestinien est lié au Conseil de sécurité des Nations unies, auquel il demandera une date butoir pour le retrait d’Israël de Cisjordanie.

Mais, étant donné le risque d’une prise de contrôle rapide du Hamas en Cisjordanie, un ancien responsable de la sécurité israélienne a mis en doute la sincérité de la demande palestinienne, en spéculant qu’elle peut aller contre son propre intérêt et qu’il s’agit juste de malmener Israël.

En abordant les pays donateurs lors d’une conférence pour la réhabilitation de Gaza la semaine dernière, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas n’a pas cité la date limite de novembre 2016, celle à laquelle les troupes israéliennes devraient quitter la Cisjordanie (comme indiqué dans le projet de résolution). Il n’a cependant pas insisté sur la nécessité de fixer un délai pour le retrait israélien.

« Notre peuple et la région dans son ensemble ne peuvent pas supporter beaucoup plus. La situation régionale est au bord de l’abîme, » a déclaré Abbas. « Par conséquent, nous demandons que la communauté internationale, plus qu’à tout autre moment, soutienne notre candidature à la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU fixant un délai pour la fin de l’occupation. »

Yaakov Amidror, qui a été conseiller à la sécurité nationale auprès du Premier ministre Benjamin Netanyahu jusqu’en novembre 2013 et qui travaille actuellement au Centre d’études stratégiques Begin-Sadate de l’université Bar-Ilan, a déclaré, pour sa part, que « la fin de l’occupation » deviendrait bientôt celle de l’Autorité palestinienne et de son chef, Mahmoud Abbas.

« Sans Israël, Abou Mazen (Abbas) et le Fatah ne peuvent pas survivre, même pas 10 minutes, » a déclaré Amidror au Times of Israel. « Le problème, c’est qu’ils ne peuvent pas le dire. Leur comportement manifeste – davantage conduit par l’émotion que par la logique – mènerait à la fin de leur régime si Israël devait se retirer, ce qu’il ne fera pas en raison de ses propres intérêts ».

La défaite du Fatah face au Hamas lors des élections nationales de 2006 – les dernières élections de l’AP – ainsi que le coup de force du Hamas de la bande de Gaza en 2007, prouvent le faible soutien dont Abbas et ses hommes jouissent sur ​​le terrain, explique Amidror.

« Il y a une différence entre l’image et la réalité »

La réalité qu’Abbas proclame publiquement est celle d’un repli israélien prudent avec les garanties internationales qui satisfont les deux parties.

Dans un discours télévisé lors d’une conférence israélienne en janvier, Abbas a déclaré qu’il accepterait un retrait israélien progressif sur trois ans, avec l’OTAN en remplaçant les forces de défense israéliennes en Cisjordanie. Abbas a indiqué que ce retrait serait dans l’intérêt des Palestiniens autant que dans celui des Israéliens.

Netanyahu, pour sa part, a rejeté la notion de forces de l’OTAN dans la vallée du Jourdain, tandis que les Palestiniens ont repoussé avec colère une proposition américaine selon laquelle l’armée israélienne resterait dans la vallée du Jourdain pendant dix ans suite à un accord.

« Ceux qui proposent 10 à 15 ans (avant le retrait) ne veulent pas de retrait du tout, » a déclaré Abbas dans son discours télévisé. « Nous n’avons aucun problème avec une tierce partie pendant et après le retrait d’Israël afin de rassurer les Israéliens, et nous aussi, pour que les choses se passent normalement. »

Que le retrait israélien soit rapide ou lent, Amidror assure que sans les bottes israéliennes sur le terrain, Abbas n’a aucun moyen réaliste de contrer un mouvement islamique palestinien prêt à renverser son régime.

« Abou Mazen et son peuple auront à faire face à plusieurs éléments islamiques extrémistes. Ils n’ont pas de capacités de renseignement et de sécurité réels pour résister à ces éléments, » a-t-il affirmé.

Aujourd’hui, plus de 90 % des arrestations de membres du Hamas en Cisjordanie sont effectuées par Israël, pas par l’Autorité palestinienne, note Amidror. Les forces de sécurité palestiniennes sont principalement chargées de maintenir l’ordre. Dans le cadre des accords d’Oslo, ils sont interdits de posséder des armes lourdes qu’Israël utilise habituellement en Cisjordanie.

« Il est manifestement clair que si Israël quitte le territoire, leur capacité d’action sera très limitée ».

Mais Abbas a, en fait, parlé il y a peu, du risque potentiel face au Hamas. Après avoir obtenu des informations du renseignement israélien par le chef du Shin Bet, Yoram Cohen en août relatives à ​​un complot du Hamas pour le renverser, Abbas aurait « craché le morceau » sur les intentions du mouvement islamique dans une réunion avec le leader du Qatar, Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani à Doha. Abbas aurait dit à son homologue qatari que le Hamas avait tenté de l’assassiner en 2006 qualifiant son chef politique Khaled Meshaal de « menteur ».

Mahmoud Abbas avec l'émir du Qatar Sheikh Tamim Bin Hamad al-Thani et le leader du Hamas Khaled Meshaal à Doha le 21 août 2014 (Crédit : AFP PHOTO/ PPO / THAER GHANEM)

Mahmoud Abbas avec l’émir du Qatar Sheikh Tamim Bin Hamad al-Thani et le leader du Hamas Khaled Meshaal à Doha le 21 août 2014 (Crédit : AFP PHOTO/ PPO / THAER GHANEM)

« Depuis la création de l’AP, ils [le Hamas] ont essayé de saper notre régime et de le renverser, » a déclaré Abbas. « Ils émettent des décrets religieux à leur convenance et utilisent la religion pour servir leurs fins. »

Alors qu’Amidror et ses anciens collègues de l’establishment sécuritaire peuvent voir les preuves qu’Abbas a besoin d’Israël, les responsables palestiniens prennent cela comme une offense.

Depuis la signature d’un accord de réconciliation entre le Fatah et le Hamas, cet été, le mouvement islamique ne représente plus une menace existentielle pour l’Autorité palestinienne, a déclaré Abdallah Abdallah, membre du Conseil révolutionnaire du Fatah et directeur-adjoint de la commission des relations internationales. Même si c’était le cas, a-t-il ajouté, cela ne regarde pas Israël.

« Ne vous inquiétez pas, laissez-nous le Hamas, » a déclaré Abdallah au Times of Israel, dans une interview téléphonique. « Occupons-nous avec le Hamas. Cela n’a aucun sens pour vous (Israël) de nous aider à cet égard ».

Abdallah a déclaré que loin de garantir la stabilité palestinienne, la guerre de cet été à Gaza provenait aussi de la stratégie de refuser à la bande de Gaza et à la Cisjordanie de devenir une entité politique unique. Abdallah s’est dit convaincu que le Hamas ne tenterait pas de répéter la violente prise de contrôle de Gaza de 2007 en Cisjordanie.

« Israël veut que la scission perdure, » a-t-il soutenu. « Mais s’il s’agit de penser rationnellement, il apprécierait le mouvement énorme de la direction palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas, qui a fait rentrer le Hamas dans le giron politique palestinien. Mais malheureusement, Israël agit uniquement sur sa propre cupidité ».

À l’heure actuelle, l’Autorité palestinienne est en consultation avec les groupes régionaux de l’ONU sur une date quant à un vote du Conseil de sécurité mettant fin à la présence israélienne en Cisjordanie dans les trois ans.

« Notre principe est que l’occupation israélienne ne peut pas s’exercer éternellement sur notre terre, empêchant notre peuple de réaliser ses droits, » fait-il savoir. « Cette occupation doit se terminer tranquillement si possible. »