L’avocat d’Abdelkader Merah, Me Eric Dupond-Moretti, a dénoncé jeudi devant la cour d’assises de Paris une lettre anonyme proférant des menaces de mort contre ses enfants.

« J’ai reçu ce matin une lettre qui me met dans un état particulier parce qu’on promet une balle dans la tête à chacun de mes enfants », a déclaré le ténor du barreau, en assurant ne s’être « jamais senti aussi avocat ».

Abdelkader Merah est jugé depuis lundi pour « complicité » dans les crimes de son frère Mohamed, qui avait assassiné au nom du jihad sept personnes, dont trois enfants juifs, en 2012 à Toulouse et Montauban.

« Je connais mieux que personne le fait que l’avocat soit regardé comme celui qu’il défend. Mais c’est mon honneur de défendre Abdelkader Merah », a ajouté Me Dupond-Moretti, expliquant : « je ne défends pas une cause mais un homme ».

« Je ne suis pas payé par Daech (acronyme arabe du groupe jihadiste Etat islamique) ni par les Etats du Golfe et je n’ai pas demandé un centime pour assurer sa défense », a poursuivi l’avocat qui a indiqué recevoir de nombreuses lettres anonymes, comme avant lui, pour d’autres affaires, ses confrères Jacques Isorni, Robert Badinder ou Henri Leclerc.

« Je ne vais pas demander de garde du corps. Je vais remettre à la cour ces lettres remises par des distraits qui ont oublié de signer », a-t-il ironisé en livrant un peu de son contenu.

Il est notamment écrit : « Dupond-Moretti, tu vas manger si Merah sort. Tes enfants vont avoir la même chose que les enfants de l’école Ozar Hatorah, une balle dans la tête ».

« Je comprends ce que disent les victimes mais personne ne peut remettre en cause l’idée que l’on puisse défendre un homme », a lancé Eric Dupond-Moretti. « Pardonnez-moi mais cela suscite en moi une certaine émotion ».

Les avocats de la partie civile ont manifesté leur solidarité avec leur confrère, de même que le président Franck Zientara.

« Cette cour s’associe à la condamnation de ce courrier. Elle condamne ce type de comportement et de menaces pénalement répréhensibles, cette absence de sérénité à l’extérieur », a déclaré le magistrat en rappelant une nouvelle fois qu’Abdelkader Merah était pour l’heure « présumé innocent ».

« Cette audience doit être empreinte de dignité, de respect de la parole des autres. Sachez qu’on est à vos côtés », a ajouté le président, se disant convaincu que des poursuites seront diligentées.