Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a vivement fustigé deux députés du Likud, qui se sont disputés avec les familles de soldats morts au combat pendant une audition d’une commission de la Knesset organisée mercredi, a annoncé la Deuxième chaîne.

Les députés du Likud David Bitan, qui est aussi président de la coalition, et Miki Zohar se sont comportés de manière « inutile », et ont « nui aux tentatives » d’impliquer les parents endeuillés dans le débat public sur la gestion gouvernementale de la guerre de 2014 dans la bande de Gaza, a dit à la Deuxième chaîne une source interne au bureau du Premier ministre.

Cette critique faisait suite à des scènes sans précédent qui se sont déroulées mercredi, pendant une réunion spéciale de la commission du Contrôle de l’Etat de la Knesset, à laquelle assistait Netanyahu, pour un débat sur le rapport accablant du contrôleur de l’Etat Yossef Shapira publié en février dernier.

Le rapport a conclu à de nombreux échecs de l’armée et du gouvernement dans la préparation et pendant le conflit de 50 jours, appelé opération Bordure protectrice en Israël.

Pendant l’audience, des parents de soldats qui sont morts pendant l’opération ont critiqué avec émotion le gouvernement et son chef. Les deux députés du Likud ont répliqué en criant, Bitan allant même jusqu’à traiter de « menteur » l’un des parents.

La confrontation a fait la Une des médias pendant plusieurs heures, et le journal télévisé le plus regardé du pays, celui de la Deuxième chaîne, s’est ouvert avec cette phrase : « Aujourd’hui, la législature a brisé une loi non écrite de la gouvernance publique de l’Etat d’Israël : vous n’entrez pas en conflit avec des parents endeuillés. »

Ilan Sagi, le père d'un soldat mort au combat, lors d'une réunion de la commission du Contrôle de l'Etat sur le rapport établi sur l'opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Ilan Sagi, le père d’un soldat mort au combat, lors d’une réunion de la commission du Contrôle de l’Etat sur le rapport établi sur l’opération Bordure protectrice, à la Knesset, le 19 avril 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

En parlant de Bitan, Ilan Sagi, dont le fils Erez a été tué quand des terroristes sont sortis d’un tunnel et ont attaqué son co-équipier près de Nahal Oz, a raconté qu’il était devant les bureaux du Premier ministre avec une pancarte demandant une enquête sur les échecs de la guerre dans la bande de Gaza.

« Ce grand type sage est venu, celui qui parle le plus [Bitan], et il me dit ‘va-t-en, ça ne servira à rien.’ Vous avez dit ça ! », s’est exclamé Sagi en regardant Bitan.

« Vous êtes un menteur ! Je ne vous ai jamais parlé ! », a répliqué Bitan en plein milieu de la réunion. « Arrêtez d’exploiter ceci pour mentir ici ! »

Pendant un autre moment tendu, Lea Goldin, dont le corps du fils Hadar est toujours entre les mains du Hamas, comme celui de son camarade Oron Shaul, a accusé Netanyahu d’avoir transformé les familles en « ennemis du peuple […]. Vous avez transformé le problème du retour des garçons en problème des familles », a-t-elle dit.

Miki Zohar lui a rétorqué qu’elle exagérait.

« Ne me répondez pas, quel culot ! », a crié Goldin en jetant un verre en plastique vers lui. « Je ne connais même pas votre nom », a-t-elle ajouté.

Bitan a ensuite déclaré que « quand un homme me dit des choses que je n’ai pas dites, pour me nuire, je l’ai vu comme quelque chose que je ne pouvais pas ignorer. »

Il a cependant concédé que « je suis peut-être allé trop loin ».

A la fin de la réunion, Bitan a été vu avec Sagi. « Je devais répondre. Après nous nous sommes réconciliés. Nous nous sommes excusés mutuellement et tout va bien », a-t-il déclaré selon la Dixième chaîne.

Miki Zohar, député du Likud, pendant le vote du budget de l'Etat en commission des Finances de la Knesset, le 19 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Miki Zohar, député du Likud, pendant le vote du budget de l’Etat en commission des Finances de la Knesset, le 19 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Zohar a dit à la radio militaire qu’il ne s’attendait pas à une réaction si critique à ses propos.

« Je dois dire que Mme Goldin a payé le prix le plus élevé qu’un citoyen peut payer à ce pays, elle a perdu son fils, a-t-il déclaré à Ynet. Je la [Lea Goldin] respecte et je m’excuse si elle a été offensée par ce que j’ai dit. »