Dans un communiqué exclusif envoyé au Times of Israel, le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a appelé vendredi à une interdiction globale des négociations sur les options binaires, une industrie centrée sur Israël, touchée par les fraudes et qui, depuis des années, a fait perdre à un nombre immense de victimes d’importantes sommes d’argent.

En réponse aux articles parus des mois durant dans le Times of Israel qui ont mis en lumière la fraude largement répandue dans l’industrie des négociations d’options binaires – qui emploie des milliers d’Israéliens et draine des millions, sinon des milliards, de dollars – le bureau du Premier ministre a condamné les pratiques sans scrupule de l’industrie et demandé aux pays du monde entier de les rendre hors-la-loi.

Le communiqué ne mentionne pas les autres éventuelles sanctions qui pourraient être prises à l’encontre de l’industrie par Israël.

Le Times of Israel n’a cessé d’exposer depuis le mois de mars cette industrie frauduleuse dans une série d’articles, dont le premier était intitulé « Les loups de Tel Aviv, la vaste arnaque du Forex dévoilée ».

Le Times of Israel a pu estimer le nombre de ces industries dans le pays à plus de cent, parmi lesquelles un grand nombre d’entre elles se rendent coupables de fraude et emploient toute une variété de ruses visant à dérober l’argent de leurs clients.

Les entreprises frauduleuses trompent leurs victimes en leur faisant croire qu’elles seront en mesure d’effectuer des investissements lucratifs à court-terme, mais dans la très grande majorité des cas, les clients finiront par perdre une grande partie ou la totalité de leur argent.

Emis par le directeur-général du cabinet du Premier ministre, Eli Groner, ce communiqué sans précédent commence par noter que l’Autorité israélienne de réglementation des marchés financiers a interdit à toutes les entreprises d’options binaires de cibler les Israéliens dans leur démarchages.

Cette initiative a été prise, indique Groner, “parce que prendre pour proie des innocents qui sont inconscients des risques qu’ils prennent est une pratique sans scrupules”. Les autres pays ont dorénavant besoin de suivre le mouvement, dit le communiqué.

Ce communiqué souligne que les négociations d’options binaires sont de loin plus insidieuses que le jeu dans la mesure où le joueur est conscient de sa prise de risque tandis que les vendeurs d’options binaires mentent sur ce qu’ils offrent aux clients et leur expliquent à tort qu’il s’agit d’une sorte d’investissement.

Le communiqué ajoute : « Lorsque un individu se rend dans un casino, il sait qu’il vient y jouer. Mais bien trop souvent, des gens innocents perdent leurs économies parce qu’ils sont induits en erreur face au marché des options binaires, qui leur est présenté par téléphone, sans information sur les risques financiers auxquels ils vont se trouver exposés”.

Le communiqué dit que les autorités israéliennes “n’ont pas de contrôle sur ce qu’il se passe dans les autres pays”, mais conclut par une demande aux autres pays de suivre l’exemple d’Israël en rendant, à leur tour, illégales les négociations sur les options binaires : “J’espère que dans les autres pays, on nous emboîtera le pas et que l’on décidera de l’illégalité de ce marché binaire”. Depuis août dernier, la Belgique est devenue le premier pays européen à interdire cette industrie.

La mairie et le centre de la vieille ville de Bruxelles, en Belgique, le 9 décembre 2005. (Crédit : Jean-Pol Grandmont/CC-BY/WikiCommons)

La mairie et le centre de la vieille ville de Bruxelles, en Belgique, le 9 décembre 2005. (Crédit : Jean-Pol Grandmont/CC-BY/WikiCommons)

Le communiqué a été transmis au Times of Israel dans le sillage de requêtes continues auprès du Cabinet de Netanyahu, lui demandant de répondre aux allégations largement propagées de fraudes menées depuis des années par les entreprises d’options binaires situées en Israël, comme cela est mis en exergue sur notre site, et, de façon croissante, dans des publications parues dans le monde entier.

De nombreux pays, dont les Etats-Unis, le Canada et la France, enquêtent actuellement sur les fraudes liées aux options binaires au nom de leurs citoyens floués.

Cela fait des mois que certains professionels des investissements liés à Israël réclament que soient prises des actions fermes pour empêcher les entreprises frauduleuses du pays d’escroquer des victimes à l’étranger, et qu’ils mettent en garde contre les dommages que les activités de ces sociétés font courir à la réputation financière mondiale d’Israël.

De nombreuses victimes partout dans le monde – particulièrement aux Etats-Unis, en Europe de l’Ouest et de l’Est, et dans les pays arabes – ont contacté le Times of Israel ces derniers mois pour détailler la manière dont ils ont été floués, amenés à investir de vastes sommes auprès de vendeurs basés en Israël qui, pour leur part, déformaient la réalité de leur activité, mentaient sur leur localisation et la nature des transactions offertes.

Le Times of Israel a, pour sa part, eu écho de suicides, de crises familiales et de nombreux récits de difficultés financières extrêmes causés aux victimes de ces entreprises frauduleuses israéliennes.

Le professeur Shmuel Hauser, président de l'Autorité des titres israélienne, à la commission des Finances de la Knesset. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le professeur Shmuel Hauser, président de l’Autorité des titres israélienne, à la commission des Finances de la Knesset. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le président de l’Autorité israélienne de réglementation des marchés financiers (ISA), Shmuel Hauser, avait demandé, la semaine dernière, au procureur-général de lui accorder le pouvoir de fermer toutes les industries relatives aux options binaires dans le pays – en d’autres mots d’accorder à son bureau juridique les moyens légaux d’interdire à ces mêmes entreprises d’approcher qui que ce soit dans n’importe quel pays, et pas seulement aux entreprises israéliennes de démarcher les Israéliens.

Hauser considérait cette industrie frauduleuse des options binaires en Israël comme étant « un phénomène atroce qui nuit à des innocents et malheureusement attise les flammes des perceptions négatives d’Israël ».

Hauser avait expliqué au Times of Israel au mois d’août que “en tant que régulateur, en tant que sioniste, en tant que père”, “l’industrie frauduleuse a pour moi un visage atroce ».

Il avait qualifié les industries en Israël de “dégoûtantes” et avait indiqué qu’elles étaient un problème de signification nationale, souhaitant rassembler toutes les branches de l’état de droit pour en venir à bout.

Le président de l'Agence juive, Natan Sharansky (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le président de l’Agence juive, Natan Sharansky (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Cet été également, Natan Sharansky avait dit au Times of Israel que cette industrie des options binaires était “répugnante”, “immorale” et qu’elle faisait beaucoup de mal au pays.

Il avait vivement recommandé aux régulateurs israéliens de faire tout ce qui était en leur pouvoir pour les faire fermer. Sharansky, qui dirige l’Agence juive, la première organisation responsable pour l’immigration et la diaspora juive en Israël, avait déclaré que l’Agence alertait tous les migrants et autres employés potentiels de se tenir éloignés de cette industrie “qui utilise des méthodes immorales pour séduire des victimes innocentes”.

Les Etats-Unis ont interdit aux entreprises de négociation d’options binaires de cibler leurs citoyens.

Alors que toutes les entreprises susceptibles d’offrir des options binaires ne sont pas pour autant frauduleuses, nombreuses sont celles qui, sous couvert d’orienter leurs clients à réaliser des investissements lucratifs à long terme, utilisent en fait des ruses variées, dont la mauvaise présentation de leur activité, l’utilisation de plateformes de négociation prétendument manipulées, et le refus catégorique du remboursement des dépôts pour voler l’argent de leurs clients.