Le Caire entend préserver ses relations avec son allié saoudien malgré le blocage par la justice égyptienne de la rétrocession à Ryad de deux îlots inhabités mais cherche également d’autres soutiens, selon des experts.

Depuis plusieurs mois, Ryad et Le Caire ne cachent plus leurs divergences sur plusieurs dossiers régionaux, notamment le conflit syrien.

Le royaume saoudien a pourtant déboursé des milliards de dollars pour soutenir le président Abdel Fattah al-Sissi, l’ex-chef de l’armée confronté à une situation économique désastreuse dans son pays.

Lundi, les autorités du Caire se sont une nouvelle fois retrouvées embarrassées face à Ryad : la Haute cour administrative égyptienne a confirmé un verdict précédent annulant la rétrocession à l’Arabie saoudite des îles de Tiran et Sanafir en Mer rouge.

Le gouvernement égyptien cherche à concrétiser cet accord annoncé en avril lors d’une visite du roi Salmane mais la justice bloque le projet.

Aucun des deux pays n’a pour l’heure commenté la décision judiciaire mais, selon des experts, Le Caire va chercher à apaiser les tensions avec Ryad et essayer de faire en sorte que la rétrocession ait lieu.

« Le gouvernement utilisera tous les moyens juridiques disponibles pour (appliquer l’accord), que ce soit avec la Cour constitutionnelle ou le Parlement », estime ainsi Mustafa Kamel Al-Sayyed, professeur de Sciences politiques à l’Université du Caire.

Le gouvernement, qui ne cesse de répéter que les deux îlots appartiennent à l’Arabie saoudite et que Ryad avait demandé en 1950 au Caire d’en assurer la protection, a d’ailleurs déjà envoyé l’accord au Parlement, dans l’espoir de le faire entériner.

Pour le député Samir Ghattas, les autorités égyptiennes vont maintenant « tenter de calmer la situation et empêcher toute escalade » avec l’Arabie saoudite.

Interrogé par la presse étatique avant le verdit de lundi au sujet des tensions avec Ryad, le président Sissi avait plaidé pour la « compréhension » et « l’union » avec le royaume saoudien.

Trouver une alternative?

Car l’Arabie saoudite est l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Egypte et tout refroidissement des relations représente « un défi économique difficile » pour Le Caire, estime un responsable gouvernemental sous le couvert de l’anonymat.

En avril, d’importants accords économiques avaient ainsi été annoncés à l’occasion de la visite du roi Salmane. Si ces investissements étaient gelés par Ryad, « l’Egypte pourrait-elle « leur trouver une alternative ? », s’interroge ce responsable.

Les autorités égyptiennes sont pourtant conscientes qu’elles doivent diversifier leurs soutiens, assure l’économiste Ibrahim al-Ghitani, qui affirme que « l’idée selon laquelle on peut compter sur l’Arabie saoudite comme partenaire économique commence à reculer en Egypte ».

Sans donner d’explication, Ryad avait en effet suspendu en octobre la fourniture à l’Egypte de centaines de milliers de tonnes de pétrole.

« Le gouvernement égyptien a alors commencé à chercher une alternative : un accord a été trouvé avec le Koweït et les négociations avec l’Irak sont très avancées », souligne M. Al-Ghitani.

Cette volte-face est intervenue au moment où Le Caire et Ryad adoptaient des positions diamétralement opposées sur le conflit en Syrie : le pouvoir égyptien s’est rapproché de la Russie, alliée du président Bachar al-Assad, tandis que Ryad soutient les rebelles.

Et en décembre, la visite d’une délégation saoudienne sur un immense barrage hydro-électrique en construction sur le Nil en Ethiopie avait été vue d’un mauvais oeil par Le Caire. L’Egypte s’inquiète de ce projet puisque ce fleuve lui fournit 90% de son eau.

Mais le rédacteur en chef du quotidien saoudien Arab News, Faisal Abbas, balayait ces inquiétudes mardi dans un éditorial, rappelant que l’Arabie « restait l’un des plus importants alliés de l’Egypte ». « La question de Tiran et Sanafir sera réglée tôt ou tard, » assurait-il.