La liste de centre gauche pour la Knesset le Camp sioniste a apporté jeudi sa signature à une initiative visant à empêcher la deputée arabe israélienne controversée Hanin Zoabi de se présenter aux élections en mars.

Zoabi, de la liste arabe unifiée, a déjà été sanctionnée par le passé pour des remarques qui avaient été jugées incendiaires. Une interdiction de six mois contre sa participation aux débats de la Knesset est arrivée jeudi dernier à expiration.

Dans un communiqué, le Camp sioniste, qui unit le parti travailliste dirigé par Isaac Herzog et Hatnua de Tzipi Livni, a déclaré qu’il demanderait également l’interdiction de la candidature l’activiste d’extrême droite Baruch Marzel.

« Le Camp sioniste a signé aujourd’hui la pétition de la coalition contre le racisme pour disqualifier la candidature de Baruch Marzel sur la liste Yahad pour la Knesset », a indiqué le communiqué.

« Le Camp sioniste annonce également qu’il soutiendra la disqualification de la deputée Hanin Zoabi. Les candidats en question sont des extrémistes, aux opposés du spectre politique, dont les activités [politiques] sont imprégnées d’incitation à la haine, de racisme, au point qu’elles menacent la démocratie ».

Zoabi, une opposante virulente au gouvernement israélien et à la société israélienne, a attiré sur elle les foudres une première fois pour avoir participé à la flottille du Mavi Marmara à Gaza en 2010.

Plus récemment, elle a refusé de qualifier de « terroristes » les hommes qui avaient enlevé les trois adolescents israéliens en Cisjordanie l’été dernier.

« Est-il étrange que les gens vivant sous occupation et vivant une vie impossible, dans une situation où Israël kidnappe de nouveaux prisonniers chaque jour, est-il étrange qu’ils capturent ? Ils ne sont pas des terroristes », a-t-elle dit dans une interview à la radio après l’enlèvement des adolescents, avant qu’il ne devienne évident qu’ils avaient été tués.

Elle a également été accusée d’incitation à la violence contre des policiers arabes lors d’une manifestation à Nazareth.

Les déclarations de Zoabi ont provoqué comme il était prévisible la colère de nombreux députés et ont abouti à ce que la commission d’éthique du parlement lui interdise de prendre la parole pendant six mois devant la Knesset et dans les commissions parlementaires. Sa tentative d’annuler la suspension par la Haute Cour de justice a échoué, le juge Salim Jubran, qui est l’actuel chef de la commission électorale, ayant dit à l’époque à Haaretz que les déclarations de Zoabi étaient « très difficiles ».

Marzel est un militant ultra-nationaliste notoire qui est candidat à la Knesset sur la liste Yahad de l’ancien ministre du Shas Eli Yishai. Il a souvent fait campagne pour la disqualification de Zoabi et d’autres membres arabes de la Knesset.

Le parti Meretz s’est prononcé contre l’annonce du Camp sioniste concernant l’interdiction de Zoabi.

Dans un communiqué, le parti de gauche a déclaré jeudi soir : « A notre grand regret, le Camp sioniste a rejoint le chœur strident des politiciens de droite voulant exclure Zoabi. Hanin Zoabi repousse les limites de la liberté d’expression avec des positions problématiques, et pourtant, le procureur général a conclu que de telles déclarations ne constituent pas un soutien au terrorisme et qu’il ne peut par conséquent soutenir sa disqualification. En règle générale, cela ne devrait oas être aux politiciens de se prononcer sur ces sujets, car ce sont de lourdes questions constitutionnelles. Il serait préférable de laisser la décision à la Haute Cour de Justice, et nous respecterons bien sûr toute décision de la Haute Cour sur la question ».

La semaine dernière, le député Alex Miller du parti de droite Yisrael Beytenu a fait valoir que l’interdiction de Zoabi était conforme à la Loi fondamentale constitutionnelle: La Knesset disqualifie les candidats qui rejettent Israël en tant qu’Etat juif et démocratique ou qui encouragent le terrorisme.

La demande a été soutenue par le reste de Yisrael Beytenu, ainsi que par les partis Likud et Shas, qui travaillent ensemble pour empêcher la candidature de Zoabi.

« Je suis heureux d’annoncer l’accord qui a été conclu par des groupes parlementaires du camp nationaliste pour disqualifier la députée Zoabi, qui passe son temps à s’exprimer contre l’armée et Israël, et qui soutient les plus grands ennemis de l’État d’Israël », a déclaré Miller.

Jeudi, la commission électorale des élections a donné à Yisrael Beytenu et à son chef, le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, moins d’une semaine pour répondre aux allégations de Meretz selon lesquelles leur dernière campagne électorale était raciste.

Le deputé Meretz Issawi Freij avait demandé à la commission d’interdire la campagne, en disant qu’elle violait les lois contre le racisme d’Israël en appelant à la révocation de la citoyenneté pour des Israéliens en se fondant sur leur race et leur nationalité.

Liberman a longtemps préconisé un plan controversé d’échange de territoires dans lequel les villes de la région « du Triangle » au Sud-Est de Haifa – y compris des villes arabes densément peuplées – feraient partie d’un Etat palestinien dans tout accord de paix, et que leurs habitants perdraient leur citoyenneté israélienne et deiendraient citoyens de la Palestine, en échange des blocs d’implantations juives de Cisjordanie.

Le slogan électoral du parti est « Ariel à Israël, Umm al-Fahm à la Palestine », en référence respectivement à la ville juive en Cisjordanie et à la ville arabe du Nord d’Israël.

Jubran, le président de la commission éléctorale, a répondu jeudi à la requête, en demandant à Yisrael Beytenu sa réaction aux allégations de Freij d’ici le 10 février.

Dans un communiqué, Freij, lui-même Arabe israélien, a déclaré : « Liberman prétend être le seigneur du pays, avec le pouvoir de décider qui mérite d’être citoyen et qui ne le mérite pas, mais la nationalité des Arabes israéliens ne dépend ni de lui ni des membres de son parti ».

Yisrael Beytenu a présenté le mois dernier sa campagne pour l’échange de terres et la citoyenneté. La proposition pourrait affecter environ 300 000 Arabes israéliens.