Bien qu’Israël n’ait pas réussie pendant dix ans à réprimer l’industrie largement frauduleuse des options binaires, qui volerait 10 milliards de dollars par an à ses victimes dans le monde entier, Jason Roy, le président du nouveau groupe de travail consacré aux options binaires du Canada, demande au gouvernement israélien de fermer « immédiatement » les options binaires.

Dans l’année écoulée, les régulateurs du marché canadiens ont reçu plus de 800 plaintes de Canadiens sollicités ou arnaqués par des options binaires de « chaufferie », a déclaré cette semaine Roy au Times of Israël pendant un entretien téléphonique. Le terme chaufferie fait référence à une salle pleine de téléphones, où des vendeurs font pression sur leurs clients pour conclure une vente, souvent de produits questionnables ou douteux. En utilisant ce terme, Roy fait référence à l’utilisation de grandes équipes de vendeurs dans des centres d’appels par les entreprises d’options binaires pour vendre leurs « investissements ».

Ces Canadiens ont été appelés par des personnes qui donnaient de faux noms et de faux emplacements. Après enquête, Roy, enquêteur spécialiste des fraudes de la commission des titres de Manitoba, a découvert que la plupart de ces appels provenaient d’Israël.

« Je suis ravi d’apprendre que le gouvernement israélien et l’Autorité des titres d’Israël (ATI) tentent d’interdire les options binaires, pas seulement pour les citoyens israéliens, mais pour le reste du monde », a-t-il déclaré au Times of Israël, faisant référence à un projet de loi récemment présenté par l’ATI et le ministère de la Justice qui fermerait toute l’industrie. Il a cependant prévenu que des mesures devaient être prises pour arrêter immédiatement les fraudeurs.

« Ce sont des fraudes caractérisées. Etant donné que le gouvernement israélien a décidé de mettre en place cette nouvelle loi, je pense qu’il devrait y avoir immédiatement un moratoire sur toutes les options binaires. »

Fraude financière. Illustration. (Crédit : iStock)

Fraude financière. Illustration. (Crédit : iStock)

L’industrie israélienne des options binaires a commencé en 2007 – 2008, et le mois, le Times of Israël a détaillé la fraude massive des entreprises israéliennes d’options binaires, en commençant en mars par un article intitulé « Les loups de Tel Aviv », et a estimé que l’industrie représente plus de 100 entreprises en Israël, dont la plupart sont frauduleuses et emploient diverses ruses pour voler l’argent de leurs clients.

Ces compagnies trompent leurs victimes en leur faisant croire qu’elles proposent des investissements lucratifs à court terme, mais dans l’écrasante majorité des cas, les clients finissent par perdre tout leur argent, ou presque et ce du jour au lendemain. Des milliers d’Israéliens travaillent dans ce domaine, qui aurait arnaqué des milliards de dollars à des victimes du monde entier pendant la dernière décennie.

Le bureau du Premier ministre a condamné en octobre les « pratiques sans scrupule » de l’industrie, et a appelé à son interdiction dans le monde entier.

En janvier, le Times of Israël a annoncé que le Canadien Fred Turbide s’était suicidé après avoir perdu plus de 200 000 dollars canadiens à cause d’entre entreprise israélienne d’options binaires. Cette société a récupéré de l’argent sur la carte de crédit de Turbide même après sa mort. Sa veuve a voulu raconter la tragédie pour que « le monde sache qu’ils sont responsables de la mort de l’amour de ma vie. »

Fred Turbide et son épouse Maria Chaves-Turbide (Crédit : autorisation)

Fred Turbide et son épouse Maria Chaves-Turbide (Crédit : autorisation)

Le FBI a déclaré le mois dernier au Times of Israël qu’il enquêtait sur la fraude des options binaires dans le monde entier, et a invité les victimes et des informateurs à le contacter. En janvier, les régulateurs et les forces de l’ordre de 20 pays européens, ainsi que des Etats-Unis et du Canada, ont organisé un sommet d’urgence à La Haya, pour établir une stratégie de répression de ce crime, centré en Israël. Pendant cette réunion, des responsables ont estimé que l’industrie volait 10 milliards de dollars par an à ses victimes dans le monde entier.

Pendant une réunion du 28 février de la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset, l’ATI et le ministère de la Justice ont présenté un projet de loi qui permettrait de fermer totalement l’industrie frauduleuse des options binaires en Israël, citant les terribles nuisances que l’industrie cause à la réputation d’Israël et sa capacité à attiser l’antisémitisme dans le monde entier.

Yanir Melech, à gauche, et Roni Rimon, soutiens des options binaires, et Nimrod Assif, à droite, avocat de victimes de l’industrie, pendant la réunion de la commission du Contrôle de l’Etat, à la Knesset, le 28 février 2017. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israël)

Yanir Melech, à gauche, et Roni Rimon, soutiens des options binaires, et Nimrod Assif, à droite, avocat de victimes de l’industrie, pendant la réunion de la commission du Contrôle de l’Etat, à la Knesset, le 28 février 2017. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israël)

Cependant, des sources internes au gouvernement israélien ont déclaré au Times of Israël que le projet de loi était combattu à la Knesset en raison des importants efforts de lobbying de l’industrie des options binaires. Pendant la commission de la Knesset et depuis, les lobbyistes ont affirmé que l’industrie employait des dizaines de milliers de personnes et devait être régulée plutôt que fermée totalement.

Quand il lui a été demandé s’il pensait que les options binaires pouvaient ou devaient être régulées plutôt qu’interdites, Roy a répondu que « je n’ai jamais vu une société d’options binaires légitime. Je n’en ai encore jamais vu une seule qui soit légitime. »

Jason Roy (Crédit : autorisation)

Jason Roy (Crédit : autorisation)

Pendant la commission du 28 février de la Knesset, Gabi Biton, commissaire de police, a déclaré que la police n’avait reçu que 52 plaintes depuis 2009 sur la fraude des options binaires, et qu’elle n’avait jusqu’à présent pas réalisé qu’il s’agissait d’un problème majeur. « Nous agissons à cause des reportages consacrés aux options binaires, a dit Biton, et non parce que ce serait justifié par le nombre de plaintes. »

Biton a expliqué que maintenant que la police avait ouvert les yeux, elle enquêtait activement sur les options binaires.
« Nous aborderons le sujet sous l’angle pénal, nous nous intéresserons au traitement des cartes de crédit, et si nous ne pouvons les coincer sous l’angle pénal, alors nous les coincerons sous l’angle régulatoire. Et si nous ne les coinçons pas comme ça, nous trouverons les sources de leur revenu. Et si nous ne trouvons pas ces sources, nous irons vers les autorités fiscales et nous les coincerons sur leur déclaration leurs revenus, a juré Biton. Nous les attaquerons dans toutes les directions. »

Depuis le Canada, Jason Roy a décrit le problème comme si important et si grave qu’il était « la première fraude aux investissements aujourd’hui au Canada ».

« Une majorité écrasante de sites sont truqués »

Dans un communiqué de presse annonçant la mise en ligne du site www.binaryoptionsfraud.ca, lancé la semaine dernière par le gouvernement canadien, les régulateurs du pays ont prévenu que « l’écrasante majorité des sites d’options binaires sont truqués pour séduire les victimes avec de faibles retours précoces. Dans de nombreux cas, aucune transaction n’a lieu, et toute l’interaction prend place dans l’objectif de voler de l’argent. Une fois que des sommes plus importantes sont investies, les pertes commencent à s’enchaîner, souvent par des transactions de cartes de crédit non autorisées et des demandes de transférer de l’argent à l’étranger vers une entreprise non enregistrée. Une fois que la victime a perdu son argent, il est presque impossible de le récupérer. »

Le site et le groupe de travail sur les options binaires ont été lancés le 2 mars, pour réprimer le problème « de plus en plus intense » de l’arnaque des options binaires au Canada, pour informer et pour protéger les Canadiens. Le groupe de travail ciblera également les publicités et les processus de paiements des sites d’options binaires.

Le site internet traite d’un problème rencontré par de nombreuses victimes des options binaires, quand leur « courtier » disparait et que la victime ne sait absolument pas qui a pris son argent.

Le nouveau site du gouvernement canadien de lutte contre la fraude aux options binaires, le 6 mars 2017. (Crédit : capture d'écran)

Le nouveau site du gouvernement canadien de lutte contre la fraude aux options binaires, le 6 mars 2017. (Crédit : capture d’écran)

« Le fait est que vous ne savez jamais avec qui vous traitez, explique le site internet. Ces criminels ciblent agressivement les Canadiens et d’autres personnes dans le monde entier, volant de milliards de dollars. Les victimes ont été dépouillées de leurs économies de toute une vie, de leur plan de retraite, et de l’argent mis de côté pour des études supérieures. »

Ces dernières semaines, plusieurs entreprises israéliennes d’options binaires ont fermé ou auraient fermé. Certaines ont déplacé leurs centres d’appels à l’étranger, vers des pays comme la Bulgarie, la Roumanie, le Panama et l’Afrique du Sud. La semaine dernière, la première entreprise d’options binaires, AnyOption, fondée en 2008 par des individus liés à l’importante fraude aux cartes de crédit ICC-Cal, aurait fermé son centre d’appels en Israël, licenciant une centaine d’employés. AnyOption est l’une des entreprises qui ont fait l’objet de plainte auprès des régulateurs canadiens, a indiqué Roy.

Quand il lui a été demandé si la fermeture des entreprises israéliennes d’options binaires résoudrait le problème pour les Canadiens, puisque que beaucoup de centres d’appels ne feront qu’aller dans un autre pays, Roy a répondu que « cela ne met pas fin à cette menace. Nous anticipons leur déplacement, mais qu’elles soient toutes localisées dans un même pays et autorisées à opérer librement et voler de l’argent aux Canadiens est une préoccupation. »

Il a ajouté que « nous sommes heureux qu’Israël ait reconnu qu’il y avait un problème et qu’il fasse quelque chose pour le corriger, et mon espoir est qu’il le corrige plutôt tôt que tard. Tous les jours où elles continuent à agir, il y a de plus en plus de victimes canadiennes.

Le quartier de la bourse du diamant à Ramat Gan, où sont situées de nombreuses entreprises d'options binaires, le 23 juin 2015. Illustration. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le quartier de la bourse du diamant à Ramat Gan, où sont situées de nombreuses entreprises d’options binaires, le 23 juin 2015. Illustration. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Qui bloquerait une loi pour interdire les criminels ?

Pendant ce temps, le projet de loi israélien pour fermer l’industrie des options binaires fait face à des efforts de lobbying largement financés pour qu’il soit réécrit et/ou repoussé, a appris le Times of Israël de sources internes au gouvernement.

Le Times of Israël a consulté le Dr Ronen Bar-el, qui enseigne l’économie à l’université ouverte d’Israël, pour tenter de comprendre comment un secteur si criminel est capable de mettre un place un lobbying à la Knesset qui pourrait bloquer ou même empêcher les efforts des forces de l’ordre pour le fermer.

Ronen Bar-El (Crédit : Facebook)

Ronen Bar-El (Crédit : Facebook)

« Les options binaires, comme le trafic de drogue, est un exemple assez évident de quelque chose qui doit être interdit, a déclaré Bar-el. Il ne devrait y avoir aucune discussion. La Knesset pourrait voter cela en trois jours si elle le voulait. »

Une explication malheureusement plausible à l’incapacité de la Knesset et de la police à ce jour à arrêter une arnaque à 10 milliards de dollars par an serait la corruption, a-t-il indiqué.

« Ecoutez, Israël compte 30 000 policiers. Et il y a assez de crimes pour qu’ils soient tous très occupés. Alors peut-être est-ce simplement un manque de personnel, et ils ne peuvent pas tout faire. Mais si le crime organisé en Israël est devenu assez puissant, alors l’autre possibilité est que certains policiers reçoivent deux salaires pour regarder dans une direction, et pas dans une autre. »

En ce qui concerne un député qui contrecarrerait les efforts de répression des options binaires, Bar-el a supposé que certains pourraient également avoir des incitations financières pour agir ainsi.

« Aux Etats-Unis, vous avez des campagnes de contribution, et en échange, vous passez un accord avec le législateur. En Israël, les grandes compagnes de contribution sont interdites. Il est difficile d’imaginer quelle influence peuvent avoir les lobbyistes, à moins d’imaginer que des députés ne reçoivent pas de contributions de campagne, mais des contributions personnelles. »

Si cela était le cas, ce serait illégal, et Bar-el se désespère que peut-être « le marécage de la corruption israélienne est déjà trop toxique. »

Si l’industrie n’est pas interdite, des pays pourraient prendre des sanctions économiques contre Israël, qui ne met pas fin au crime contre leurs citoyens, a-t-il déclaré.

« La chose la plus saine qu’Israël pourrait faire maintenant serait de rendre la vie très difficile et déplaisante aux organisations criminelles. Un moyen d’empêcher le crime organisé d’infiltrer la Knesset, et j’espère que ce n’est pas trop tard, est simplement de déclarer que toute activité d’options binaires est illégale, point final », a-t-il déclaré.

« N’attendez pas que les autres pays prennent des sanctions contre nous. N’attendez pas que le monde entier soit en colère, a-t-il ajouté. Cette industrie ne devrait pas exister et quiconque arnaque des personnes à l’étranger depuis Israël devrait savoir qu’il en paiera le prix. »